Se faire fouiller par une queue charbonneuse. Quand Sylvain Tesson fait du Houellebecq

On ne se lasse pas des citations de ce prince des voyageurs, grand écrivain encensé par tous nos journaux et nos chaînes de télévision. Quand Sylvain Tesson écrivit S’abandonner à vivre, recueil de nouvelles paru en 2014, des critiques le louèrent avec clairvoyance. Florilège.

Réaliste, cynique, spirituel, clairvoyant. En deux mots : brillant et réjouissant. 

Rabanne

Je retiens de ce recueil une ode à la fraternité.

Bernie_29

On sent chez l’auteur (…) une volonté de pointer et dénoncer les inégalités de toutes sortes. 

Unhomosapiens

Dans S’abandonner à vivre, on peut relever des perles qu’il serait dommage de passer sous silence car elles démontrent l’humanisme et la finesse d’observation de Sylvain Tesson.

Dans la nouvelle L’exil, il raconte la migration d’un Africain qui tente sa chance à Paris. Le narrateur souligne courageusement que le pauvre réfugié est aidé par des bénévoles qui ne sont pas toujours motivés par les meilleures intentions :

«  L’association Droit au mouvement lui proposa gratuitement des leçons de français. On lui détailla les subtilités du système juridique où toutes les lois pouvaient se contourner. »

L’exil

Tesson est une conscience qui nous ouvre les yeux sur une réalité que, sans lui, nous serions incapables de percevoir. Il y aurait donc des associations qui, sous couvert d’aide humanitaire, grugent et contournent les lois ? Quelle puissance la littérature peut avoir, parfois.

L’écrivain réactionnaire ne s’arrête pas en si bon chemin. Il nous fait pénétrer à l’intérieur de ces associations malfaisantes qui prétendent aider les plus pauvres d’entre nous. Avec lucidité et sans concession, il n’hésite pas à tracer le portrait de femmes machiavéliques qui ont le mauvais goût de n’être ni riches, ni belles, ni jeunes, et de vouloir quand même aider leur prochain. Avec un talent rare et une prose précieuse, Tesson décrit le malaise que ressent le migrant vis-à-vis de ces bonnes Samaritaines islamo-gauchistes :

Des femmes blanches entre deux âges, légèrement bedonnantes, portant des lunettes rouges et des cheveux courts, parfois teints, l’aidaient du mieux qu’elles le pouvaient. Il ne les aimait pas beaucoup, elles se parlaient très sèchement mais se montraient extrêmement prévenantes avec lui. Elles tiraient fierté de l’aide qu’elles lui apportaient. Elles l’écoeuraient vaguement mais il n’osait rien dire.

L’exil

Quelle audace. Qu’il faut de courage pour faire preuve d’un esprit aussi incorrect politiquement. Une belle « ode à la fraternité » en effet, pour reprendre le commentaire cité en haut de cette page.

Tesson ne manque pas de courage, c’est même un homme téméraire qui affronte les affres de l’humanitaire. Pas du tout inspiré par des conversations de Café du commerce, le moraliste voyageur sonde la nature humaine pour débusquer les désirs cachés, les mobiles inconscients des personnages :

Lors des réunions elles balançaient entre l’affection maternelle à l’égard de ces jeunes exilés et le désir de se faire fouiller sur le coin de la table par l’une de ces queues charbonneuses.

L’exil

On dirait du Houellebecq.

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