Hu Jia, sa femme et le prix Sakharov

On pourrait commencer tous les articles d’un blog par : « Ce que j’aime, chez… » 

Ce que j’aime chez Hu Jia, c’est le côté glamour que lui apporte sa situation maritale. Toujours lié, sur les photos, à sa jeune femme Zeng Jingyan, il dépasse la simple figure du combattant pour les droits de l’homme. Il incarne, sans le savoir peut-être, probablement sans le vouloir, une certaine idée du couple, une belle histoire d’amour où la famille se mêle à l’engagement politique et social.

Il y a un an, au début de l’année universitaire, j’avais commencé un cours de « Lecture de presse », avec les étudiants de quatrième année de français, à l’université Fudan, par un article du « Monde » sur ce couple. Personne ne les connaissait dans la classe. Hu Jia n’avait pas encore été emprisonné et le couple était peint comme de sympathiques Chinois qui luttent pour le droit des Chinois à se faire soigner, à se faire respecter. Il n’y avait rien de provocateur dans mon cours, rien d’anti-chinois. Au contraire, je croyais sincèrement, et je crois encore fermement que la jeunesse chinoise pourrait prendre des gens comme cela pour des héros modernes. Ils sont jeunes, ils sont profondément patriotes, ils veulent aider la Chine à se développer, ils sont célèbres dans le monde entier, ils sont photogéniques, ils ont des valeurs, ils s’aiment… Ce sont des héros de film, ils ont tout pour eux. Quel dommage que les jeunes Chinois ne les connaissent pas, ou les connaissent si peu!

 

Dans ma classe, il n’y avait pas eu une seule réaction négative face à l’article. Je me souviens que le titre était « Les enfants de Tienanmen » et que mes étudiants avaient mis quelques minutes pour saisir à quel événement ce titre faisait allusion. Au début, ils croyaient que Tienanmen symbolisait l’histoire de Mao, ou le Parti communiste lui-même. La mémoire de 1989 est difficile à faire vivre, beaucoup d’étrangers pensent être plus intelligents que les autres en n’en parlant jamais, d’autres se croient autoriser à donner des leçons d’histoire blessantes…

L’équilibre est difficile à trouver, mais il est nécessaire de le chercher, il est nécessaire de ne pas se taire, tout en cherchant à respecter le sentiment des Chinois. Il y a un travail infini à faire sur l’usage des mots pour parler d’actualité et des événements historiques. Alors, il ne faut pas jeter à la figure des Chinois les mots de « dissident », « critique du régime », « opposant », « pro-indépendantiste » à propos de Hu Jia et de Zeng Jingyan. Au contraire, il convient de montrer qu’en les soutenant, on soutient tous les Chinois, on soutient une image moderne et ouverte de la Chine, on soutient des Chinois qui luttent pour d’autres Chinois.

Les députés européens viennent d’attribuer le prix Sakharov à Hu Jia. D’emblée, les autorités chinoises ont fait part de leur mécontentement. J’espère qu’on ne se lancera pas dans une nouvelle démonstration de folie médiatique comme on en a vu cet été. J’espère qu’on saura rester calme et constamment parler avec les Chinois en leur disant que c’est par amour pour la Chine qu’on soutient un grand patriote chinois, que le pouvoir en place en soit content ou non. Cela a toute les caractéristiques d’une gageure, et c’est pourtant ce fragile équilibre que je crois indispensable de chercher.

2 commentaires sur “Hu Jia, sa femme et le prix Sakharov

  1. Bonjour Guillaume

    Vous en faites une approche tout à fait positive.. et sage.
    Il me semble que vous avez été écouté.
    Je trouve même qu’on en a trop peu parlé.
    Que deviennent , et que deviendront Hu Jia, Zeng Jingyan et leur enfant ?

    Entre temps Strauss Kahn est devenu tellement « important »…

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  2. Merci Jeanne. Oui, c’est peut-être un peu préoccupant, même, de voir le peu d’écho que cela a provoqué. Il est possible que tout le monde s’en fiche, au fond, de Hu Jia et de la situation des libertés en Chine. Les Européens semblent préférer des causes qu’ils comprennent encore moins, comme la question du Tibet.

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