Mes votes (4) : Les années Sarkozy ou le sentiment de l’impuissance politique

Suite de notre série de l’été 2026 qui vous suivra aussi longtemps que nos forêts françaises brûleront. Mes votes disséqués et racontés. Aujourd’hui, les années Sarkozy.

En 2007, je vis en Chine depuis trois ans.

Une dizaine d’années plus tôt, j’avais quitté la France pour m’installer en Irlande. Quand mon niveau d’anglais s’est avéré suffisant pour les usages que j’en faisais, c’est mon niveau de chinois qui me parut beaucoup trop limité.

Deux ans à Nankin, puis deux ans à Shanghai. On n’imagine pas combien la France était populaire au début du siècle. Les Chinois adoraient Jacques Chirac, grâce à l’intérêt qu’il portait pour les cultures asiatiques. Et son refus d’accompagner les Américains lors de la guerre du Golfe de 2003 a inspiré un grand respect aux peuples en développement.

C’est depuis la Chine que j’ai assisté à la campagne présidentielle de 2007. À l’université Fudan de Shanghai, j’avais des cours à enseigner qui étaient en lien avec la politique, la presse et les sciences sociales. Cette élection était pour mes étudiants et moi un terrain d’observation privilégié du système politique français.

Le sarkozysme à Shanghai, de bon matin

La Précarité du sage, 2007

Avec les étudiants, on a étudié tous les candidats, leur programme et leurs atouts, puis on a organisé une élection au sein de l’université. Mes partenaires du consulat de France à Shanghai n’aimaient pas trop cela car ils pensaient qu’il valait mieux ne jamais évoquer la démocratie, les droits de l’homme, la république et les élections.

C’était des abrutis, trop étroits d’esprit pour le monde tel qu’il va. Ils prennent l’autocensure pour de la prudence, et la couardise pour de la sagesse. Le sage précaire avait confiance dans l’intelligence des Chinois, plus que dans celle du monde diplomatique français. Mes étudiants ont voté en masse pour Sarkozy. Un de mes collègues aimait beaucoup son nez allongé : pour un asiatique, les nez longs ont quelque chose de séduisant…

J’ai voté pour Ségolène Royal aux deux tours.

Je crois que le traumatisme du 21 avril 2002 explique en grande partie ce choix. Cinq ans plus tôt, la gauche avait appris qu’aucune élection n’était acquise. Cette fois, il fallait éviter toute dispersion.

Je n’ai pourtant jamais pensé que la campagne de Ségolène Royal était une réussite. Mes amis anglais et irlandais m’ont souvent reproché ce jugement de ma part. À leurs yeux, critiquer sa campagne revenait à révéler une forme de sexisme très français. Or mon jugement n’avait rien à voir avec le fait qu’elle soit une femme.

Je trouvais simplement que son programme manquait de clarté et de cohérence. D’une certaine manière, le problème était déjà le même en 2002 avec Lionel Jospin avec en plus la honte de voir une classe politique se contenter de slogans. « Désir d’avenir », « La France présidente », « l’ordre juste », toutes ces conneries étaient censées suffire. La gauche centriste semblait avoir renoncé à proposer une véritable vision du monde.

Elle donnait parfois l’impression de ne vouloir qu’une seule chose : rassurer. Rassurer les marchés. Rassurer les acteurs économiques. Rassurer tous ceux qui craignaient un changement trop important : les épargnants, les retraités, les propriétaires, les fonctionnaires, les salariés, les cadres…

Mais une campagne électorale ne peut pas se limiter à une gestion raisonnable des affaires courantes. Il faut aussi donner envie.

Pendant ce temps, une personnalité occupait tout l’espace médiatique : Nicolas Sarkozy. Je me souviens des émeutes urbaines de 2005. J’étais déjà professeur en Chine. Mes étudiants voyaient à la télévision les images d’une France en flammes et me posaient des questions auxquelles il n’était pas facile de répondre.

Je ne disposais pas d’une grande diversité de sources d’information. Je suivais les événements de loin, avec le sentiment de regarder mon propre pays à travers un miroir déformant. C’est aussi à cette époque que j’ai commencé à écrire mon blog.

Je me suis alors retrouvé dans une situation étrange : j’essayais d’expliquer aux autres pourquoi je ne voulais pas voter pour Nicolas Sarkozy, et par l’écriture je tachais surtout de me l’expliquer à moi-même, c’est-à-dire de trouver les arguments les plus singuliers, les plus forts.

Je n’étais pas convaincu par l’accusation d’ultralibéralisme que beaucoup formulaient à son encontre. Ce n’était pas là que se situait, selon moi, le véritable problème. Ce qui me dérangeait profondément, c’était son rapport à l’autorité. Je me souviens notamment de ses déclarations sur l’école et sur la nécessité de rétablir l’autorité. J’avais le sentiment que le savoir, la connaissance et la culture occupaient une place secondaire dans sa vision du monde.

La discipline et l’ordre me semblaient devenir une fin en soi, ce qui était l’opposé de l’autorité, au sens philosophique du terme.

Je percevais chez lui une forme de mépris pour la culture. Quelques mois après son élection, son discours de Dakar a confirmé mon malaise. Entendre le président de la République déclarer que l’homme africain n’était pas suffisamment entré dans l’histoire m’a profondément choqué. Je n’y voyais pas une simple maladresse mais une faute politique et morale, donc une faute historique. Les débats faisaient rage sur mon blog.

Les années qui ont suivi n’ont fait que renforcer mon rejet.

Au fond, ce qui me gênait le plus n’était ni son programme économique ni ses réformes. C’était son manque de cohérence et son incarnation de la fonction présidentielle.

Comme beaucoup de Français, j’avais le sentiment de ne plus reconnaître mon pays dans cette manière d’exercer le pouvoir. Il y avait quelque chose de nerveux, d’agressif, de vulgaire, qui me semblait incompatible avec l’idée que je me faisais d’un représentant de la France.

Pendant ces années, j’ai commencé à éprouver un sentiment nouveau : l’impression que les élections françaises ne décidaient plus vraiment du cours de l’histoire. Nous suivions presque autant la politique américaine que la politique française. George W. Bush, la guerre en Irak, les grands bouleversements géopolitiques : tout semblait se jouer ailleurs.

La France, elle, était rentrée dans le rang, et redevenait un vassal soumis à l’Otan et aux États-Unis.

Avec le recul, les affaires judiciaires qui ont ensuite éclaté autour de Nicolas Sarkozy ont confirmé certaines intuitions que beaucoup d’entre nous avaient déjà à l’époque. Un sentiment de vivre dans un climat de corruption et de gabegie sans limite.

À partir de cette période, j’ai commencé à voter pour limiter les dégâts. Et à la fin du quinquennat de Sarkozy, j’étais content de voir Strauss-Khan écarté de la course, car ses frasques nous auraient plombé le moral encore davantage.

François Hollande et son caractère transparent était tout ce que je désirais pour mon pays fatigué, vieillissant et énervé.

Un terrain commun entre les Chinois et les Arabes

C’est le titre de l’exposition en cours à cheval entre 2025 et 2026 à Riyad, capitale de l’Arabie Saoudite : Common Ground. Le titre arabe dit autre chose : « Entre deux cultures », c’est-à-dire entre la Chine et l’Arabie.

Pour ceux qui connaissent ma vie, on pourrait croire que ce « terrain commun » entre les cultures chinoise et arabe n’est autre que le Sage Précaire lui-même. En effet, peu de gens ont aussi longtemps que moi labouré et brassé ces deux espaces anthropologiques, paysagers, spirituels et charnels.

Le mandarin et l’arabe sont les deux langues que j’ai le plus apprises et travaillées, sans jamais parvenir à les maîtriser. Or s’il y a un point de partage entre ces deux civilisations, c’est précisément la calligraphie, l’art d’écrire pour faire de leur langue une œuvre d’art.

En règle générale, il me semble que, de notre point de vue occidental, l’Empire du Milieu d’un côté et l’Umma arabo-musulmane de l’autre constituent deux réalités étanches et radicalement opposées.

Or ces deux systèmes travaillent beaucoup à se rapprocher et à explorer leurs ressemblances, leurs points de contacts, en un mot leur « terrain commun ».

Regardez ce cartel d’exposition : pas d’anglais, sauf à télécharger le texte à l’aide d’un code QR. On vous parle en chinois, en arabe, et tant pis pour ceux qui ne maîtrisent pas ces langues. C’est un signal fort qui nous invite à tourner définitivement la page de la centralité occidentale. La traduction ne passe plus par l’anglais comme point de référence internationale, mais se fait directement de langue à langue du « Sud global ». C’est en tout cas le sens qu’on cherche à donner à cet événement.

L’exposition est d’ailleurs très belle et bien pensée. Des œuvres d’art contemporain de haute tenue sélectionnées par un commissaire qui sait de quoi il parle. C’est une promenade qui clôt intelligemment l’année 2025 et qui invite le Sage précaire à deux mouvements contradictoires : se plonger dans l’étude des langues, et se retirer dans la montagne.

Les artistes saoudiens choisis sont très bien choisis, il y en a même que je ne connaissais pas. Plusieurs incontournables n’ont pas été contournés, comme cette œuvre d’Ahmed Mater qui écrit les mots « paix » ou « rêve » avec des munitions d’armes pour enfants fabriqués en Chine.

Comme toujours avec Mater, on retrouve les ingrédients de l’art contemporain qu’on aime : élégance, économie de moyens, plurivocité des discours, efficacité visuelle.

Common Ground n’est pas très facile à trouver dans la ville cependant. Le taxi vous pose à un endroit dont vous savez que ce n’est pas le bon. Il faut marcher, se perdre et s’énerver, jusqu’à ce que vous rencontrez des Chinois qui, à force de se perdre dans le quartier, vous escortent jusqu’au centre culturel qui n’a pas encore été enregistré dans les plans routiers des applications de géographie urbaine.

J’ai communiqué en mandarin avec ces deux jeunes gens et cela ne les a pas étonnés le moins du monde. Pourquoi un Européen voyageant en Arabie ne parlerait-il pas chinois ?

26 juin 2025 — Vingt ans de blog

Le sage précaire en promenade au bord d’un lac de Bavière. Photo Hajer Nahdi, 2025.

Aujourd’hui est une date un peu spéciale pour moi. Il y a exactement vingt ans, jour pour jour, je publiais mon tout premier billet de blog. C’était le 26 juin 2005, sur un blog qui n’est plus trop actif, que j’avais intitulé Nankin en douce. Comme son nom l’indique, j’habitais alors à Nankin, en Chine, depuis un an. Et ce jour-là, je devenais blogueur.

Cela faisait déjà quelques années que je lisais des blogs, que je m’intéressais à cette forme d’écriture et de publication. Et ce 26 juin, je me suis lancé. Un an plus tard, j’ai quitté Nankin pour Shanghai, et le blog ne pouvant changer de titre, j’ai monté un deuxième blog : Chines avec un S, une tentative un peu plus vaste, d’englober un pays dans ses contradictions et ses diversités. Puis, à l’annonce d’un départ proche de Chine, j’ai senti le besoin d’ouvrir un espace qui ne soit plus ancré dans un territoire en particulier. C’est alors que j’ai fondé ce troisième blog, en reprenant le titre d’un billet ancien : La précarité du sage. Un titre auquel je tiens toujours.

Ce blog, né aussi quelque part entre 2005 et 2007, est devenu un fil conducteur de ma vie d’écriture. Une colonne vertébrale. Je ne saurais dire combien de billets j’ai écrits depuis vingt ans — je ferai le compte un jour — mais je sais qu’écrire ici m’a permis d’écrire, tout simplement. Beaucoup, régulièrement, avec joie.

Je voudrais dire à tous ceux qui hésitent à écrire, ou qui rêvent de se lancer : le blog ne m’a jamais empêché d’écrire ailleurs. Il ne m’a pas freiné dans mes publications papier. Il ne m’a pas fermé de portes. Je ne crois pas qu’un éditeur ait jamais refusé un manuscrit en raison d’un blog. D’ailleurs, je doute qu’ils aillent jusque-là. Je crois que les éditeurs, comme tout le monde, font ce qu’ils peuvent, et que l’édition reste un monde saturé.

Ce qui est certain, c’est que le fait d’écrire ici presque tous les jours pendant vingt ans ne m’a pas empêché d’écrire des textes longs et exigeants. Il ne m’a pas empêché de soutenir une thèse de doctorat, ni de publier cinq livres à ce jour.

Le blog est une activité intéressante. C’est un espace pour faire ses gammes, pour aiguiser sa langue, pour entretenir son regard, pour mettre à jour son esprit. Il m’a accompagné dans mes cheminements intellectuels, mes voyages, mes doutes, mes enthousiasmes. Il m’a offert une opportunité rare d’échanger avec des lecteurs.

Aujourd’hui, je relis mes premiers billets avec une tendresse amusée. Le tout premier s’intitulait La Lune. J’y racontais nos ascensions nocturnes sur la montagne pour observer la lune avec des amis chinois, jeunes, brillants, pleins de charme et d’intelligence. C’était un moment de grâce, et j’en garde encore l’émotion.

Je vous cite le dernier paragraphe de ce premier article, vieux de vingt ans, qui raconte une scène vieille de huit mois. Je mets en ligne en juin une histoire qui eut lieu en septembre.

Nous étions quelques-uns uns sans famille, à Nankin, alors nous allâmes, Français, Belges et Chinois, à la Montagne Pourpre et Or pour manger et boire, et pour regarder la lune. Au sommet, nous escaladâmes des rochers et nous contemplâmes. Luluc et Mimic chantèrent La fameuse chanson : Yue Liang dai biao wo de xin. Elle dit à peu près cela : “Tu veux savoir combien je t’aime et la profondeur de mon amour ? Regarde la lune, elle représente à mon cœur.” Chez nous, cela voudrait dire que mon cœur est plein de tristesse, de froideur ou de douceur maladive. Ici, je ne sais pas vraiment ce que cela veut dire.

Nankin en douce, 2005

Je n’ai pas beaucoup changé en vingt ans. Il faut dire que j’étais déjà un vieil adolescent de 33 ans, je n’allais pas vraiment me métamorphoser à partir de cet âge-là.

Je ne voudrais pas fêter cet anniversaire de blogging sans adresser un immense merci aux lecteurs, et surtout aux commentateurs. Sans eux, je ne sais pas si j’aurais continué.

Aujourd’hui, les blogs ne sont plus à la mode. Les commentaires se font rares. Les réseaux sociaux ont pris le relais, avec leurs formats rapides, leurs vidéos, leurs algorithmes. Cette évolution me donne l’impression de jouer un vieil instrument de musique acoustique comme l’orgue portatif qu’on voyait dans les églises de villages. Ou encore le cymbalum. Avec cet instrument, on n’a pas accès aux médias, on ne fait jamais de tubes, mais on peut animer des soirées et faire la manche dans la rue.

Vingt ans de blogs, ça se fête ou pas

Juin 2025, dans la roseraie d’Aulas, Cévennes. Photo Hubert Thouroude.

Nous entrons dans le mois de juin. Et c’est en juin 2005 que j’ai commencé l’activité de blogueur. D’abord avec un blog sur la ville chinoise où j’habitais et où je trouvais beaucoup d’inspiration. Le blog s’appelait Nankin en douce. J’aurais dû penser un peu mieux les choses, car l’année suivante je me trouvais à Shanghai et ne pouvais plus me satisfaire d’un titre de blog qui mettait Nankin en exergue. J’ai ouvert un nouveau blog.

Mais je sentais que je n’allais pas faire un blog uniquement sur Shanghai, alors je me suis dit : je vais élargir, et j’ai appelé mon deuxième blog Chines avec un S. Chine au pluriel. Ce qui était une forme de provocation involontaire, car les Chinois tiennent à ce qu’on dise toujours « une seule Chine, deux systèmes ». Pour dire qu’on peut accepter qu’il y ait plusieurs façons de faire de l’économie, mais qu’il faut garder l’unité absolue de la Chine. Sous-entendu que le Tibet, que le Xinjiang, que Taïwan ou Hong Kong ne songent pas trop à se séparer de manière essentielle. Dans mon blog, le pluriel du mot Chines ne visait pas seulement ces questions-là. Je voulais parler des différents aspects de la Chine. Du fait que la Chine est plurielle en tant que telle. Mais pourquoi ai-je nommé mon deuxième blog de cette manière là ? Je n’avais pourtant pas l’intention de devenir un expert de la Chine, ni d’y rester toute ma vie, pourquoi m’être encore à ce point réduit à un pays ? À cette époque, personne ne pouvait imaginer qu’un blog durerait vingt ans et pourrait devenir une archive vivante.

Quand l’idée m’est venue de quitter la Chine pour continuer mes aventures dans le monde, il a bien fallu que je change à nouveau de titre.

C’est pour cela que j’ai pensé à ce titre qui pouvait être suffisamment large : La précarité du sage, dans lequel je pouvais parler de tout. De la Chine, des pays où je me trouvais, de moi-même, et de toute autre chose. On pouvait y inclure à peu près tout.

Mais il m’a fallu deux blogs avant de réaliser cette évidence : qu’un blog est avant tout une sorte de journal personnel, un journal de bord. Et qu’il vaut mieux lui donner un titre accroché sur soi-même, plutôt que sur un territoire ou une activité.

Je voudrais donc célébrer le 20e anniversaire de blogging. Mais je ne sais toujours pas comment faire. Ma sœur Cécile suggéra que je produise un livre composé de vingt billets, un par an. Sur la proposition de mon frère Hubert, j’ai demandé à l’intelligence artificielle de procéder à une sélection d’articles pour confectionner ce livre à part que je pourrais offrir. Mais l’intelligence artificielle n’a pas su le faire, ou je n’ai pas su poser les bonnes questions. En tout cas, ça n’a pas marché, et je suis toujours sans rien pour célébrer ce vingtième anniversaire.

Marc Granier, dans son atelier d’imprimeur à Roquedur

Je suis allé voir un éditeur local, près de mes terres cévenoles, pour éventuellement lui demander de publier un de mes livres. Ce fut une rencontre éblouissante car ce monsieur est un véritable artiste, peintre, graveur, mais aussi typographe et imprimeur, mais il confectionne de très beaux livres d’art, avec peu de textes et des textes courts. Séduisant mais inadapté à la prose bavarde du sage précaire. Peut-être pour un autre projet de livre, porté par une autre écriture.

Je sens poindre, pour ce qui concerne les vingt ans de blogs, l’échec d’un anniversaire mal préparé.

Comment la Chine va récupérer Taiwan

La Chine va s’y prendre de la manière suivante. Elle va attendre que l’île de Formose ait perdu tout espoir, elle va la circonscrire par d’incessants carousels de ballets militaires et, un jour, fera tomber l’île comme un fruit trop mûr. La Chine va récupérer Taïwan sans coup férir.

Voir sur ce sujet un billet de blog que j’avais mis en ligne quand j’habitais en Chine : https://chines.over-blog.com/article-19864082.html

Comme vous le savez il y a deux partis principaux dans la vie démocratique de Taïwan : 1. Le parti nationaliste, qui veut un rattachement à la Chine mais pas la Chine communiste. Ces descendants de Tchang Kai Tchek veulent une Chine nationaliste et capitaliste (c’est ce qu’elle est devenue mais en passant par quelques décennies de communisme).

2. Un parti indépendantiste, qui voit Taïwan comme un pays de langue chinoise mais comme un pays indépendant de toute autre puissance. Il veut protéger les minorités ethniques, notamment les populations natives, les aborigènes non chinois

Pour réussir son coup d’une réunification harmonieuse, la Chine continentale n’a qu’à faire ce que j’ai déjà appelé de mes vœux dans les années 2005, quand le president s’appelait Hu Jintao et que je vivais en Chine :

Lire aussi : Projecteurs sur la Chine : l’ignorance et le rejet des Européens

La Précarité du sage, 2009

Autoriser sur le continent ces partis politiques et organiser des élections gagnées d’avance par le PCC. Le parti nationaliste ne serait là que comme vestige du passé.

Les autonomistes pourraient se réinventer sur le continent comme un parti centriste et libéral, proche des nombreuses minorités, à tendance écologiste et wokiste.

Ainsi, la Chine deviendrait une démocratie illibérale comme la Russie, la Turquie et la Hongrie, et tout le monde verrait là un progrès et un espoir.

Jeux olympiques et sagesse précaire

J’ai voulu voir la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques pour des raisons professionnelles. Comme je travaille dans le domaine culturel, j’étais curieux de découvrir le travail de Thomas Joly, homme de théâtre, dans cette gigantesque performance.

Une petite voix en moi, il faut l’avouer, celle du patriotisme mou — une des dimensions de la sagesse précaire — espérait aussi ressentir une forme d’émotion patriotique.

Je me souviens combien les Chinois, en 2008, étaient excités et fervents à l’approche des JO et combien ils ont ressenti de fierté nationale lors de la cérémonie d’ouverture, cérémonie qui m’avait énormément impressionné. À vrai dire, c’est la seule dont je me souvienne.

Résultat des courses : peut-être que celle de Paris restera dans les mémoires à égalité avec celle de Pékin. Mais je fais cette hypothèse en me basant sur ce que la presse rapporte depuis la fin de la cérémonie, car moi, je n’ai pas été particulièrement impressionné.

Je suis allé voir cette cérémonie dans un café, mais la télévision n’avait pas de son. Quand j’ai vu Aya Nakamura, je ne savais pas ce qu’elle chantait. Quand j’ai vu Philippe Katerine, je ne savais pas quoi penser.

La pluie sur l’écran me paraissait plutôt attendrissante, et je me suis dit qu’ils n’avaient probablement pas prévu cela. Mais je ne ressentais rien, ni fierté nationale, ni émotion, ni dégoût, ni gêne. Peut-être était-ce à cause du son, mais je ne ressentais absolument rien.

Les gérants du café ont arrêté la diffusion bien avant la fin pour mettre une série d’un autre pays. J’ai été trop paresseux pour aller voir un autre café et la fin de la cérémonie. Donc, je n’ai rien vu de ce qui aurait pu émouvoir le peuple, comme la performance de Céline Dion. Je suis obligé de me fier aux avis des autres : les émus, les choqués, les éternels râleurs, et les professionnels de la critique.

La sagesse précaire, quoi qu’il en soit, apprécie l’utilisation du paysage urbain existant, plutôt que la construction d’un bâtiment spécialement pour ça. L’aspect sécuritaire et invivable pour les habitants était inévitable et ne mérite pas de critique durable. Les Parisiens des quartiers concernés étaient prévenus depuis longtemps et pouvaient s’organiser. Les effets sur la pollution sont les mêmes que pour tous les JO, et à moins d’interdire tous les événements internationaux, il n’y a pas grand-chose à reprocher aux organisateurs de Paris 2024. Me semble-t-il.

Conclusion : le sage précaire soutient les JO de manière modérée, comme il l’a fait pour le Mondial de football au Qatar. Et de même que pour le Qatar, le SP n’a reçu aucun pot de vin pour ce soutien public, tout corruptible qu’il se revendique.

L’aventure franco-chinoise continue. 25 ans d’amitié et de collaboration

MLO, Liverpool University Press, juin 2024

Ah, l’aventure des Franco-Chinois, quelle épopée.

En 2012, accompagné de mon amie inébranlable Rosalind Silvester, j’ai eu la joie de piloter un ouvrage intitulé Trais Chinois/Lignes francophones. Publié aux Presses universitaires de Montréal, ce livre était un véritable pont entre deux cultures, une ode à la francophonie sinisante, en quelque sorte. Et voilà qu’une décennie plus tard, Rosalind, toujours aussi passionnée et infatigable, me propose de remettre ça.

Nous voilà donc en 2019, Rosalind orchestre avec maestria un nouveau colloque international, écho de celui de 2009. Certains contributeurs font leur retour, prêts à embarquer pour cette nouvelle aventure littéraire et artistique . L’excitation est palpable, les idées fusent, et nous nous lançons avec ardeur dans la création de ce deuxième volume. Initialement prévu pour une parution en 2022, le sort en a voulu autrement, et c’est finalement aujourd’hui, en ce mois de juin 2024, que notre ouvrage voit le jour.

Rosalind, qui a porté ce projet à bout de bras, mérite pleinement d’être la seule directrice mentionnée sur la couverture. J’ai insisté pour que son nom brille en solo, tant son implication a été sans faille. Néanmoins, j’ai le plaisir de co-signer l’introduction avec elle et de contribuer avec un article sur l’artiste franco-chinoise Chen Xuefeng, une histoire d’amitié et de passion artistique qui remonte à 2012.

Mon article sur l’artiste Chen Xuefeng, publié aujourd’hui

Ah, Chen Xuefeng.

Je me souviens encore de cette rencontre à la galerie Françoise Besson à Lyon, à l’occasion de l’exposition d’une artiste chinoise en France, dont les œuvres résonnaient harmonieusement avec notre premier livre. C’était l’été 2013, et cette rencontre a marqué le début d’une nouvelle recherche. Conférences, échanges culturels, médiations artistiques, tout était en place pour une collaboration fructueuse.

Françoise Besson, cette talentueuse galeriste, m’a même commandé un texte pour le catalogue de l’exposition, ce qui a donné naissance à mon premier écrit critique sur Chen Xuefeng en 2014 : « L’amoureuse. Le monde symbolique de Chen Xuefeng ». Depuis, je n’ai cessé de suivre son parcours artistique, de la Chine à la Bourgogne, où elle a travaillé en résidence parmi les vignes.

En 2019, lors du deuxième colloque organisé par Rosalind, Chen Xuefeng et moi avons animé une séance de conférence dialoguée. Plutôt que de lire un discours, nous avons échangé nos idées, mêlant nos voix pour offrir une interprétation vivante de ses œuvres.

Finalement, en 2021 ou 2022, j’ai proposé un texte sur la matérialité de son art pour le numéro spécial orchestré par Rosalind. Aujourd’hui, en ce jour du solstice d’été, nous célébrons la parution de ce nouveau volume, fruit de tant d’amitiés et de collaborations entre intellectuels et artistes de tous horizons. De la Chine à la France, en passant par l’Angleterre, la Suède, la Roumanie, les Etats-Unis et le Canada, cette publication est un témoignage vibrant de la vie chinoise de langue française.

Je donne donc dès à présent rendez-vous à Rosalind pour un troisième volume de Traits chinois/Lignes francophones autour de 2034, puis en 2044 et enfin en 2054, date à laquelle il sera raisonnable de mettre un terme à cette histoire.

Black Tea, d’Abderrahmane Sissako : film africain en chinois

On se souvient de notre livre collectif sur les Chinois francophones, publié en 2012. Un certain Benoît Carrot y avait participé en écrivant une réflexion sur la rencontre des Chinois et des Africains au sein de la francophonie.

Le cinéaste mauritanien Adberrahmane Sissako a décidé de raconter une histoire d’amour et de passion entre une femme venue d’Afrique et un homme chinois. Professeur Carrot interrogeait dans son article la possibilité et la richesse d’un « entre-trois » : Chine/Afrique/France. Or, dans ce film, l’histoire se déroule à Canton et tout le monde parle chinois. Exeunt le français, la France et l’Europe.

Accéder au livre entier en PDF : Traits chinois/Lignes francophones. Images, écritures, cultures.

Rosalind Silvestet et Guillaume Thouroude (dir.), Presses de l’Université de Montréal, 2012.

J’ai toujours vu des Africains vivre en Chine. Ils y vont pour suivre des études notamment. La plupart d’entre eux parlaient chinois, de même que les Chinois parlent le lingala ou le wolof, si l’on en croit maître Carrot et le cinéaste Sissako. Car pour eux (Asiatiques comme Africains) adopter la langue vernaculaire du pays où l’on vit est une évidence qui ne se discute même pas.

Il n’y a que nous, occidentaux, pour penser que le français et l’anglais sont suffisants pour se débrouiller partout.

Souvenir de 2006 : une conférence en chinois et en français

Le sage précaire en pleine action pédagogique

Ces photos m’ont été envoyées par une âme charitable, un ancien étudiant chinois de l’université Fudan, de Shanghai, où j’ai travaillé de 2006 à 2008.