Les trois erreurs capitales de François Hollande.

Le gouvernement de la France était de gauche entre 2012 et 2017 mais il a profondément dégoûté les Français, au point de voir s’effondrer le Parti socialiste au profit du mouvement plus radical de La France insoumise. Pourquoi un tel détournement ? Selon moi, François Hollande est coupable.

Il est vrai que j’avais fait l’éloge du candidat Hollande en 2012, puis encore une fois l’éloge du président Hollande en 2014 car j’aimais son style débonnaire sans faste inutile. Mais ce n’était qu’un éloge d’apparence, une appréciation de style, de comportement médiatique. Je ne disais rien des décisions politiques prises par le président socialiste. Aujourd’hui, à l’aube des élections de 2022, je voudrais faire le bilan de son action politique qui me paraît globalement négative. Hollande aurait pu laisser une image positive et sauver au moins l’espoir à gauche s’il n’avait pas commis trois erreurs. Je vais les exposer par ordre croissant de gravité. La première n’est qu’une erreur de calendrier qui s’est transformée en erreur stratégique. La deuxième est une erreur de politique économique. La troisième est une faute morale qui a mené à la désolation d’une région entière et qui est à la base de l’effondrement actuel de la gauche française.

  1. Le mariage pour tous. Il fallait lancer le projet de loi pour la légalisation du mariage des homosexuels dès la victoire aux élections. La loi ayant été promulguée en mai 2013, elle a donné un an de discussions qui ont permis à la droite de se regrouper autour des valeurs de la famille et de se trouver un ennemi commun, en la figure de la « théorie du genre ». Un an plus tôt, les Français de droite étaient largement indifférents à cette question, du moins ceux qui se voulaient modernes et libéraux. Cette lenteur de la part de François Hollande était une erreur qui a redonné de la vigueur aux courants réactionnaires et pris en otage les gens de gauche pour qui le mariage homosexuel était un sujet secondaire. Il aurait fallu dire dès l’été 2012 : ce n’est pas un débat, on vote ce droit comme une évidence et on passe à autre chose.
  2. La loi Travail, dite « loi El Khomri ». Une loi d’inspiration néolibérale qui n’avait d’autre objectif que de déréguler le marché de l’emploi et de précariser les travailleurs français au profit des actionnaires. Il fallait laisser ce type de mesure à un gouvernement de droite. Quand vous êtes de gauche, vous avez l’occasion d’exercer le pouvoir une fois tous les dix ou vingt ans, il est absurde de gâcher ce moment avec des politiques que mèneront de toute façon les gouvernements soutenus par la finance internationale. Le mouvement social du printemps 2016, ainsi que le phénomène sous-estimé que fut Nuit debout, ont donné l’occasion à la gauche radicale de se refonder et de trouver en Jean-Luc Mélenchon un leader qui allait aspirer les socialistes déçus par le mandat de François Hollande. Résultat, une chute phénoménale du Parti socialiste lors des élections de 2017, chute dont il ne s’est pas relevé en 2022.
  3. L’abandon des haut fourneaux de la sidérurgie française. Selon moi, ce moment est d’un tragique qui continue de blesser le coeur des Français. C’est le péché capital de François Hollande qui ne pourra plus jamais se relever de cette mauvaise décision. La défense de ce patrimoine à la fois industriel, géographique et culturel était le marqueur absolu d’une politique patriotique. Rappelez-vous, les intérêts financiers d’un grand groupe décidaient de fermer les usines et haut fourneaux de Lorraine. Le scandale de cette décision n’est pas seulement le chômage de milliers de travailleurs. Le scandale profond est que cette industrie était compétitive, productive et autosuffisante. Selon les rapports de l’époque, et même les rapports internes d’Arcelor-Mittal, le site était « le plus rentable d’Europe ». Notre industrie produisait des métaux d’une qualité exceptionnelle et la France ne perdait pas un centime en laissant travailler ces gens et ces usines. Le gouvernement de François Hollande aurait dû se dresser contre les spéculations financières de certains et nationaliser temporairement ladite industrie comme les États-Unis venaient de le faire avec son industrie automobile. Cette option était viable, elle était défendue par toute la gauche, une bonne partie de la droite et de l’extrême-droite, et même par le ministre de ce gouvernement en charge du dossier. Ce n’était pas une rêverie d’utopiste, c’était le bon sens patriotique. Le président de la république a décidé d’arbitrer en faveur de l’abandon de la sidérurgie. Hollande a signé là son arrêt de mort politique.

François Hollande avait promis aux ouvriers de Lorraine que l’on pourrait nationaliser cette industrie si nécessaire. C’était devenu nécessaire et il a trahi ses engagements. Son ministre de l’époque affirme : « On aurait pu le faire, la solution était prête. On avait techniquement réglé le problème, on avait trouvé le financement. » (Voir cette vidéo à partir de 49:25). Il ne manquait que le courage politique, la volonté simple d’être pour les intérêts des Français. En lâchant l’affaire, Hollande a donné le grand Est aux partis d’extrême-droite. Si Marine Le Pen est si élevée dans les sondages d’opinion, c’est en grande partie à cause de ce qui s’est passé en 2012 dans cette grande région blessée, meurtrie, et finalement sacrifiée pour rien.

Voilà. François Hollande aurait pu être un bon président. Personne ne lui demandait d’être génial, ni de prévoir l’imprévisible, ni de régler des problèmes trop compliqués pour tout le monde. Il avait simplement à être logique, rationnel et conséquent dans ses actes.

Les mémoires de ma grand-mère

Les mémoires non signés et non datés de la mère de mon père, autour de 1985

Née en 1912, Simone Thouroude, née Pelhâte, a décidé d’écrire ses souvenirs d’enfance quand elle avait 73 ans. Elle écrivait à la main des pages d’une clarté extraordinaire dans des cahiers d’écolier aux feuilles quadrillées. Une enfance normande dans une France en guerre, une enfance de petite fille pauvre, dans le village de Gordes. Une fillette de père inconnue, élevée par sa grand-mère et ses tantes.

Je lis cela avec une grande émotion. Peu de gens, contrairement à ce qu’on dit, écrivent leurs souvenirs d’enfance. Il faut de la patience pour cela, et une réelle discipline. Je ne sais où ma grand-mère a trouvé cette discipline intellectuelle, elle qui a quitté l’école avant l’âge de quinze ans.

Ce qui me charme le plus est l’amour de cette fille pour la nature, les animaux, les fleurs et toutes les choses qui sentent bon. Il y a chez ma grand-mère une grande sensualité. Curieuse de savoir comment les animaux s’accouplent, elle observe les jeunes gens « caresser » les belles blondes, elle évoque les risques de viols, elle tombe volontiers amoureuse. Ni le plaisir ni les peurs du sexe, chez elle, n’avaient à être réprimés.

Restent gravés dans ma mémoire les deux extrêmes du village, la forge et la blanchisserie, le feu et l’eau, l’obscurité et la blancheur. La fillette était fascinée par les étincelles autant que par les étoffes amidonnées. Extrait n° 1 :

Que de fois nous y sommes allées dans cette forge ! Nous avions la permission de tirer sur la poignée du grand soufflet. Nous étions émerveillées par les jets de flammes ! Nous restions des heures à regarder le forgeron frapper sur l’enclume pour modeler les fers qui sortaient du four.

L’extrait n° 2 se déroule au contraire dans la blancheur humide de Marie Digne, la blanchisseuse-repasseuse :

C’était un plaisir d’entrer dans son atelier : le fer à repasser trônait sur la cloche à charbon. Les jupons amidonnés côtoyaient les robes de mousseline et les voiles en tulle des premières communions.

Son rapport à la religion est aussi extrêmement positif. Pour ma grand-mère, les cérémonies religieuses sont de formidables occasions de chanter, de réciter, de s’habiller proprement, de voir des tenues et des dentelles de toute beauté. Il n’y a rien que de beau, de frais, d’enthousiasmant dans la religion.

Ce que j’aimais bien c’était les processions du Saint Sacrement. dans le centre du bourg, on tendait de grands draps blancs ornés de fleurs. On installait des chapelles-reposoirs magnifiquement décorées. C’était beau. Ça sentait bon. Nous allions dans les champs cueillir des marguerites que nous effeuillions ensuite au passage du Saint Sacrement.

Ce qui me fascine dans ce petit texte d’une centaine de pages, c’est l’intelligence qui a conduit mon ancêtre à parler des métiers et des personnalités qui composaient le village. Elle n’oublie personne, ni le curé, ni les institutrices, ni les célibataires un peu fous, ni les filles sans mari. Elle donne aussi la recette du « sirop d’escargot » qui guérissait de tout et surtout de la coqueluche.

On dirait qu’elle a rencontré des folkloristes anthropologues qui lui ont dit que tous les détails de sa mémoire étaient d’une réelle importance historique. Elle décrit par le menu les trois jours que duraient les « grandes lessives », comme dans les beaux traités de sciences sociales. Elle n’hésite pas à retranscrire le patois parlé dans sa famille.

Arrête de fumer tes saloperies, tu verras, cha ti f’ra mouri.

Laisse-li donc boucaner, tint pine pour li, li verra bi.

Elle n’oublie pas des détails scabreux comme les histoires de constipation de telle tante, le pot de chambre du grand-père, l’ivrognerie et la méchanceté du même, les relations sexuelles hors mariage des unes et des autres.

Elle entre dans des détails très fins sur le sens qu’une enfant prête aux mots des adultes :

Madame Ollivier avait deux fils : Fernand et Maurice. J’avais un peu le béguin pour Maurice. Un jour, il est tombé malade. Le médecin est venu très souvent pendant plusieurs semaines. On lui faisait des piqûres et on lui posait des ventouses scarifiées. Il fallait lui inciser la peau avant de poser la ventouse. Pour moi scarifier signifiait sacrifier – crucifier. C’était terrible. J’imaginais ce pauvre Maurice mort ou presque.

Le livre se termine par la rencontre qu’elle fit avec mon grand-père, un homme que je n’ai pas connu. Elle parle sans pudeur de son amour naissant pour lui et de la commotion que provoquaient en elle « ses grands yeux bleus ». Elle prétend avoir porté le jour de son mariage un « magnifique voile » sur la tête, mais la photo qui illustre le texte montre une étoffe peu impressionnante.

Le mariage de mon grand-père Jules Thouroude, avec ma grand-mère Simone Pelhâte, 19 mars 1933.

Après avoir publié ici même, sur ce blog, les mémoires fragmentaires de mon père, je tombe avec délice sur celles de la mère de mon père. Avec votre serviteur en bout de course, cela fait une belle brochette de mémorialistes précaires et braves.

Ma mosquée préférée en Oman : Shawadhna, à Nizwa

Naima Benkari a écrit de belles pages sur cette mosquée dans son monumental ouvrage sur les mosquées ibadites, et c’est elle, Naima, qui m’a expliqué où se trouvaient les mosquées les plus intéressantes de Nizwa.

Je m’y suis essayé à plusieurs reprises pour trouver la mosquée Shawadhna. Personne de notre connaissance n’avait eu vent de vieilles mosquées intéressantes. Les livres du genre guides touristiques n’en touchaient pas un mot.

Pas un mot. À croire que les touristes et les voyageurs ne peuvent pas être musulmans. Ou que les musulmans ne peuvent pas être touchés par l’histoire, la culture et l’architecture anciennes. Sur internet, rien non plus à part un un site spécialisé dans la culture et l’architecture islamiques, qui présente des photos ravissantes et une description écrite en anglais. Cela n’est pas encourageant car il semblerait qu’aucun visiteur lambda, aucun blogueur, aucun influenceur quelconque n’a jamais parlé de la mosquée Shawadhna, alors que les photos et les commentaires abondent à propos des grandes mosquées de Mascate.

Rien n’indique de l’extérieur qu’il s’agit d’une mosquée. Vous marchez dans une ruelle de la vieille ville, vous êtes environné de maisons dont beaucoup sont en ruine, et vous ne voyez nulle trace de bâtiment religieux. À force d’efforts, on l’a trouvée grâce à un concours de circonstance.

Je parcourais la ruelle en question avec Hajer lorsqu’un Omanais passa près de nous avec une assez grosse clé. Nous eûmes l’intuition qu’il était imam. En effet, il nous expliqua que pour entrer dans la mosquée il fallait ouvrir cette porte qui menait à un escalier. Cachée dans le tissu urbain, nichée dans une maison anonyme, en haut de cet escalier étroit, se trouvait la plus belle mosquée qui m’ait été donné de voir. Ce monsieur, Cheikh Mohammed, nous fit le plaisir d’ouvrir la porte pour que nous puissions prier et visiter.

Nous sommes d’abord passés par la salle d’eau pour faire nos ablutions. Pour s’assurer de ne rien salir et d’être au plus près d’un état possible de pureté, nous nous lavâmes les mains, la bouche, le nez, le visage, les oreilles, la tête, les avant-bras et les pieds.

Cheikh Mohammed nous accompagna et nous assura que la Masjid al Shawadhna datait du septième siècle de l’hégire. D’après mes recherches, et notamment celles de Naima Benkari, elle daterait plutôt du dixième siècle de l’hégire, c’est-à-dire du XVIe siècle de notre ère. Ce n’est pas la plus ancienne mosquée d’Oman, loin de là, mais celle dont la décoration est la plus extraordinaire. Quatre large colonnes basses soutiennent le plafond partiellement voûté de la salle de prière.

La salle de prière est assez petite, je dirais 30 m2, ce qui contraste avec la mode actuelle du gigantisme architectural.

Les portes d’entrée font face aux fenêtres qui donnent sur la ruelle. Quand vous entrez, le mur sur votre gauche est le mur de la Qibla (celui qui indique la direction de la Mecque). Ce mur est de toute beauté, c’est vers lui que nous nous sommes d’emblée dirigés, émerveillés et frappés de surprise. Je n’imaginais pas trouver dans un vieux quartier en ruine de Nizwa un joyaux aussi bien préservé.

Le mur de la Qibla est sculpté dans la pierre de motifs géométriques et de motifs végétaux. Cet art des entrelacs me fit penser aux décorations celtes du Book of Kells d’Irlande, ou aux enluminures chrétiennes des évangéliaires médiévaux. Les couleurs ont presque disparu mais on perçoit encore le bleu-vert des céramiques incrustées et des ocres rougeoyants des peintures persistantes. Tout cela donne une patine magnifique.

Tout en haut du mur de la Qibla, des lettres arabes sculptées que j’essayais en vain de déchiffrer. Hajer vint m’aider : il s’agit de la profession de foi, la Chahada : « Il n’y a pas de Dieu autre que Dieu, Mohammed est messager de Dieu. » Le nom du prophète, au centre exact de la ligne, est comme entouré d’une auréole.

On entendait en contrebas les gens passer dans la ruelle. Ils ne nous voyaient pas, même quand on se penchait dehors, car la salle de prière est à l’étage. Sensation d’isolement sans être séparé du monde. C’est l’endroit le plus adéquat pour se reposer et méditer. Je pourrais rester ici le restant de mes jours.

Pourquoi tant d’acharnement contre Jean-Luc Mélenchon ?

J.-L. Mélenchon : « Je pense à ces milliers d’hommes venus de si loin pour libérer la France des nazis. Des troupes des différentes colonies, et beaucoup, beaucoup, beaucoup sont morts dans la prise de la colline. » Marseille, mai 2021.

On peut se demander ce qui leur prend, à tous, de taper si fort sur Jean-Luc Mélenchon. Le seul qui ait subi une telle animosité contre lui dans l’histoire récente fut Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 et 1990. Moi-même, j’avoue que j’avais peur de Le Pen à l’époque.

Cette unanimité fait réfléchir. Mélenchon doit faire peur, mais pourquoi fait-il peur ? Pourquoi lui préférer François Ruffin, Adrien Quatennens ou tout autre figure de la gauche ? Pourquoi tant de gens ont peur d’un vieil homme littéraire qui n’a pas de bons sondages, qui n’a pas commis d’autres crimes que de hausser la voix quand des hommes lui interdisaient d’entrer dans ses propres locaux, un vieil homme franc-maçon, ancien professeur, député de la nation ?

Que peut-on craindre d’un homme comme lui ? Au point pour le philosophe Raphael Einthoven d’aller dire que Le Pen lui est préférable ? Au point pour l’autre philosophe (Ô ma France, pays des intellectuels) Michel Onfray de le traiter d’homme malade et « condensé de pathologies » ? Au point pour le pouvoir en place de le traiter d' »ennemi de la République »…

Je ne sais pas si Mélenchon ferait un bon président et je ne sais pas si je voterai pour lui. D’ailleurs, je ne sais plus pour qui j’ai voté au premier tour de la présidentielle de 2017. Et le sage précaire n’a que peu d’appétence pour l’Assemblée constituante voulue par la France insoumise ; pas davantage pour l’usine à gaz que sera sans doute la sixième république. Mais la sagesse précaire n’a pas peur de Jean-Luc Mélenchon, ceci est une chose certaine. La sagesse précaire n’appelle pas à voter, la sagesse précaire s’en fout, mais elle aime bien écouter les gens qui ont quelque chose à dire, à droite, à gauche, au centre, et parmi toutes les religions. La sagesse précaire a plus peur des racistes, des suprématistes, des délinquants, des voleurs, des évadés fiscaux, des prédateurs économiques, que des populistes lyriques qui appellent à la réconciliation nationale.

Alors voici mon hypothèse. Mélenchon fait peur car il est le seul en France à posséder un art rhétorique capable de faire vibrer une corde sensible chez des populations très variées. Si ces populations se mettaient soudain à voter, et personne ne peut être sûr qu’elles ne le feront pas, cela ferait bouger les lignes de manière irréversible.

Jean-Luc Mélenchon est le seul orateur capable de se faire entendre par des ouvriers, des chômeurs, des profs, des fonctionnaires, des intellectuels et surtout aussi des immigrés, des musulmans et des gens originaires d’Afrique. Personne d’autre ne sait faire cela aujourd’hui en France. Et tout ce petit monde mis bout à bout fait largement 50 % de Français.

Alors il est certain que si l’on pouvait « se débarrasser » de Mélenchon « le plus vite possible » (dixit une ancienne ministre de François Hollande), il y aurait moins de risque qu’une jonction apparaisse entre les différents mouvements sociaux, les différentes luttes pour le respect et la reconnaissance, les différents combats des pauvres gens et les différentes soifs de dignité.

Rapports anciens de l’islam avec la France. Comment Zemmour prend nos ancêtres pour des cons

Cordoue européenne et islamique, Photo de Rafael Albaladejo sur Pexels.com

La France est inséparable de ses voisins et les historiens qui pensent qu’autrefois les peuples étaient clos sur eux-mêmes font fausse route. Les origines de la France, par exemple, sont en lien assez direct avec l’histoire européenne de l’islam : la littérature française n’avait pas commencé à exister que l’Espagne et le Portugal parlaient déjà arabe, que des régions françaises avaient déjà été islamisées et que les seigneurs francs avaient mené des batailles contre tous les voisins, dont des chefs de guerre de musulmans. On a passé aussi des alliances avec des chefs de guerre musulmans, que ces derniers fussent arabes, berbères ou européens.

En débat face à Jack Lang qui dirige l’Institut du Monde Arabe, Éric Zemmour se lance dans des contre-vérités crasses concernant la langue et la culture arabe. Il assène l’idée selon laquelle l’arabe est une « langue de chanson » mais pas une « langue de science et de culture ». Il mentionne l’historien Sylvain Gouguenheim qui avait écrit contre toute évidence que la culture européenne médiévale ne devait rien aux savants du monde islamique. Puis il cite Ernest Renan qui, au XIXe siècle, développait des idées d’un racisme épouvantable. Renan étant justement abondamment cité par l’historien français faute de références récentes (voir cet article de Guillaume Dye pour approfondir « l’affaire Gouguenheim »)

Tout ce petit monde, Renan, Gouguenheim et Zemmour, rejoint l’armée des xénophobes qui désirent ardemment que l’Europe fût autarcique et n’ait connu aucun échange avec la civilisation islamique qui était pourtant vibrante, là, juste à côté de chez nous, en Espagne, en Sicile, dans les Balkans. Tout indique que nous étions proches des musulmans, que nos sociétés étaient poreuses, pour des raisons géographiques et musicales, pour des raisons médicales ou des raisons de campagnes militaires. Car même nos guerres sont des signes de communauté de vie. Les musulmans et les chrétiens se faisaient la guerre, tranquilles, comme tous les voisins. Nos guerres contre les musulmans n’ont rien à envier aux guerres inlassables entre les Français et les Anglais, les Bourguignons et les Armagnac. D’ailleurs, en Espagne, les musulmans se faisaient aussi la guerre entre eux, et les chrétiens étaient fréquemment des alliés de tel ou tel chef musulman. Enfin, on partageait énormément de choses. Il n’est pas jusqu’à Denis de Rougemont qui, dans L’Amour et l’Occident, fait naître dans la poésie arabe la nouvelle façon de parler des Cathares qui mèneront les Occitans à créer le Fin’amor et l’amour courtois.

Ce qu’ils ont en commun, Renan, Goughenheim et Zemmour, est de n’être formé ni en arabe ni en islamologie, ni en histoire du monde islamique… À la lettre, ils n’y connaissent rien. Leur talent consiste à impressionner des shampouineuses abonnées à Valeurs Actuelles. Ils sont des idéologues qui nient la réalité simple que les Européens doivent beaucoup à la culture arabe. Se battre pour prouver le contraire est vraiment une perte de temps.

Basé sur des mensonges de pseudo-historiens, Zemmour dit que l’islam a permis la traduction de textes scientifiques et mathématiques mais qu’il refusait la philosophie grecque car le savoir philosophique « contesterait le Coran et le Dieu unique. » Certes, il faut être stupide pour penser de la sorte puisque le Coran est un texte ouvert à la science et à la réflexion personnelle, mais surtout, il faut vouloir à tout prix fermer les yeux sur le réel. Il faut n’avoir jamais ouvert un livre d’Averroès, d’Avicenne, d’Al Farabi, de Ghazali, et de centaines d’autres philosophes arabes qui commentaient notamment le De l’âme d’Aristote.

Bon, mais en quoi cela heurte-t-il le coeur d’un patriote français ? En ceci que lorsqu’on aime la France, on aime se représenter que les créateurs français ont eu l’intelligence de voir ce qui se faisait à côté de chez eux et ont eu le goût d’imiter les voisins pour acquérir de nouveaux savoir-faire. Cette aberration historique d’une culture européenne étanche à la culture islamique voisine n’est pas un signe d’amour de la culture européenne, bien au contraire. Pendant sept siècles, l’Espagne était musulmane et s’en portait bien, sept siècles de vie plus développée qu’en France, sept siècles de paix relative et de prospérité plus manifeste qu’en France. Et pendant ces sept siècles, nous n’aurions eu aucun échange avec nos voisins ibériques ? Nous n’aurions été au courant de rien, nous nous serions bouchés les oreilles et aurions tout fait pour rester dans l’obscurité qui était la nôtre ? Quelle fierté française en effet.

Nous savons que cela est faux, qu’il y a eu de nombreux échanges, mais même si nous ne le savions pas, ce serait méprisant pour l’esprit français que d’imaginer nos ancêtres vivant en contigüité avec une civilisation supérieure et n’en rien retirer, ne pas s’y intéresser, ne nourrir aucune curiosité à son égard. Quelle gloire y a-t-il à rester sourds et aveugles aux avancées culturelles, technologiques, architecturales et culturelles des voisins andalous ?

Éric Zemmour, l’idéologue chéri de l’extrême-droite, est tellement obsédé par sa haine des Arabes qu’il est prêt à tous les mensonges et toutes les perversités rhétoriques pour les exclure du roman national. Il veut croire que Napoléon méprisait les Arabes lorsqu’il cherchait à se faire accepter d’eux, que François 1er n’aimait pas l’arabe au moment même où il ouvrait une chaire d’arabe au Collège de France. Il faut pourtant que les Français qui gardent un bon fond se méfient de ce prophète de malheur. Si vous aimez la France, ne la réduisez pas à un peuple sans ouverture d’esprit, sans capacité d’apprécier ce qui se fait à côté de lui. Aimer la France, c’est préférer imaginer les Français comme de fins observateurs plutôt que des autistes rejouant éternellement des farces racistes.

Si De Gaulle n’avait pas existé (3) : pas de guerres d’indépendance

La défaite de 1940 face à l’Allemagne nazie est moins grave, moins lourde de conséquences que les guerres d’indépendance que la France a menées en Afrique et en Asie. La preuve : nous nous sommes réconciliés avec l’Allemagne, mais nous ne parvenons pas à nous réconcilier avec nos frères africains.

Il aurait fallu donner l’indépendance à toutes les colonies françaises dès la fin de la deuxième guerre mondiale. Dès la capitulation de l’Allemagne, les gouvernements européens se tournent vers leurs frères d’armes africains et asiatiques et leur disent : « Vous vous êtes bien battus, nous nous sommes égarés dans des guerres qui ne vous concernaient pas, et pourtant vous avez tenu un rôle important dans nos rangs. Dorénavant, nous ne méritons plus de vous gouverner, soyez libres et souverains. Restons amis si vous le voulez, nous vous aiderons si vous en formulez le souhait. Une page est tournée et c’est à vous d’écrire la suivante. »

C’est le péché le plus grave de l’histoire de France : s’être accroché à notre empire colonial coûte que coûte, ne pas avoir compris que le monde avait changé, que le temps de la décolonisation était arrivé. Alors quand les Algériens sortirent leurs drapeaux à Sétif, dès 1945, certains Français pensèrent qu’il fallait écraser les velléités d’indépendance dans l’oeuf, alors qu’il était nécessaire de construire le monde d’après dans une Algérie algérienne et indépendante. Si l’on avait fait cela dès la sortie de la guerre, il n’y aurait eu aucune amertume entre nous, aucune problématique de type Harkis, aucune résistance de type Algérie française, aucun terrorisme. Cela est vrai pour le Vietnam aussi, aucune guerre d’Indochine, pas de Dien Bien Phu, etc.

Qu’est-ce qui nous empêchait de penser de la sorte, à part une limitation bien compréhensible de notre intelligence ? Le fait que les Français se croyaient des vainqueurs de la deuxième guerre mondiale, et qu’ils vivaient sur l’illusion qu’ils étaient souverains. Les gouvernements devaient donc gérer la pression des Français vivant dans les colonies qui exigeaient le retour de l’ordre ancien. Si le général de Gaulle n’avait pas existé, la France aurait regardé en face sa réalité de peuple dominé, dirigé par autrui, et n’aurait pas joué au grand dominateur.

Au contraire, si nous avions mis notre souveraineté entre les mains de l’empereur américain, ce qui fut fait après quelques décennies de déni, les diplomates yankees auraient fait comprendre aux Français des colonies que c’était fini, qu’ils pouvaient rester dans leur maison et sur leurs terres mais que dorénavant ils auraient la double nationalité, française/algérienne, française/indochinoise, etc. et qu’ils n’étaient plus les dirigeants. Les Américains auraient organisé les choses pour que les élites colonisées viennent se former en France et en Amérique, ils auraient fabriqué dès 1945 le néocolonialisme que nous connaissons aujourd’hui. Cela n’aurait pas été brillant à mon avis, mais surtout cela aurait évité les guerres d’indépendance qui ont été une calamité, une catastrophe pour tout le monde.

Si De Gaulle n’avait pas existé (2): fin de la souveraineté

1944, fin de la guerre en France, Paris libérée et un gouvernement est mis en place téléguidé par les États-Unis d’Amérique. Pas de général de Gaulle, donc les poches de résistance ne sont pas unifiées, elles sont elles aussi téléguidées par les Anglo-américains qui font ce qu’il faut pour évacuer les communistes et garder l’URSS aussi éloigné que possible de l’Europe de l’ouest.

La France est vaincue, comme l’Allemagne, et peut songer à se reconstruire économiquement sans se soucier de l’armée. Nous n’aurons pas la bombe atomique, nous ne siègerons pas au Conseil de sécurité, et nous pouvons nous consacrer au sport, au cinéma, à la gastronomie et à l’industrie grâce au plan Marshall.

Dès 1944, les Français savent qu’une page de leur histoire est tournée. Ils ne sont plus la grande nation qu’ils furent. Ils appartiennent à ce qu’on appelle le « monde libre » mais ils ne sont en rien souverains. Ils sont une annexe du bloc de l’ouest et ne cherchent pas à tenir tête au géant d’outre-Atlantique.

Pas de cinquième république, le système politique mis en place par les Alliés est fait pour que le pouvoir soit aussi faible que possible, et décentralisé. La France n’essaie pas de faire croire à quiconque qu’elle est une grande puissance et, à l’ombre de l’OTAN, le pays s’américanise tranquillement. Le pays mâche un chewing gum, la nation se gave de musique rock et de feuilletons télé, la France n’a d’yeux que pour les nouveaux maîtres. C’est ce qui nous est arrivés de toute façon, mais si De Gaulle n’avait pas existé, on aurait pas joué une comédie qui cachait cette réalité pendant plusieurs décennies.

Comment on devient un « bullshitter »

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D’abord on ne s’en rend pas compte car on ne sait pas ce qu’est un bullshitter. Puis, quand on s’aperçoit qu’on raconte des bêtises, alors on commence à douter. Mais surtout, c’est en fréquentant d’autres bullshitters que les plus lucides d’entre nous peuvent vraiment faire leur examen de conscience.

Le bullshitter, c’est celui qui dit des choses avec assurance, mais sans en avoir la connaissance ni la compétence. Il y a donc plus de bullshitters chez les intellectuels, dans l’université et les médias, que dans les milieux où le savoir est moins considéré, s’il existe de tels milieux.

C’est aussi celui qui se vante d’aventures qu’il n’a pas vraiment vécues, d’amis qu’il ne connaît pas tout à fait. C’est aussi celui qui flatte ou qui dit ce que les gens veulent entendre. On m’a traité de bullshitter un jour, à Dublin, parce qu’à une femme qui me demandait si ses chaussettes étaient sexy, j’ai répondu : « Very sexy indeed. »

« What a bullshitter », a bougonné mon vieux copain Barra.

C’est lui le bullshitter. J’ai des amis qui sont de grands bullshitters.

Moi-même, je me trouve souvent dans la situation de faire le bullshitter et de m’en rendre compte après coup. C’est très troublant. C’était avec un couple d’amis qui avait de la famille en visite. Nous parlions de la promenade qu’ils voulaient faire dans les montagnes d’Irlande du nord. Je leur conseillais d’aller longer la crête où un très long mur court sur des dizaines de kilomètres. Je leur disais que ce mur avait été construit au XIXe siècle, à l’époque de la famine, pour donner du travail aux pauvres gens, ou pour s’en débarrasser (ce qui revient au même). J’avais lu quelque part que de nombreux ouvriers y étaient morts d’ailleurs, de faim, de froid et de fièvre.

Comme je suis un fameux orateur, les gens m’écoutaient avec des mines très expressives. Je me laissais griser par mes propres paroles, et je finissais par inventer, au début par déduction, puis par soucis de donner des frissons à mon auditoire. Plus tard, je me suis renseigné et j’ai découvert que j’avais raconté de grosses sottises. Le mur avait été construit de 1904 à 1922 pour protéger un immense lac artificiel des désagréments causés par des bêtes. Un demi-siècle après la grande famine. Heureusement, mes amis avaient déjà fait leur randonnée, et ont dû raconter à tout le monde, en leur montrant les photos, des histoires de « mur de la faim », de propriétaires terriens machiavéliques et d’Irlandais faméliques portant leurs pierres comme des Sisyphe hyperboréens.

Un week-end en Camargue

J’étais invité par une association de médecins à participer à un colloque en Camargue sur la question des « non-lieu » en voyage. Chaque année, ledit Collège international des voyages organise des périples au loin et des colloques de réflexion sur de nombreux thèmes qui recoupent les problématiques liées à la vie itinérante. Ces médecins de toutes disciplines se sont peu ou prou spécialisés dans les pathologies exotiques et se regroupent pour faire vivre une réflexion, pratique et théorique, sur la santé dans un contexte nomade et/ou touristique.

La sagesse précaire est honorée d’être conviée à ces agapes. Des personnalités de haut vol y sont invitées, et le sage précaire évolue dans cette ambiance avec le naturel d’un flamand rose.

Nous sommes logés dans un fabuleux hôtel, le Mas de Cacharel. Il s’agit du premier hôtel de la Camargue, construit dans les années 1940, à une époque où cette région de France était parfaitement inconnue de tous, et certainement pas encore touristique. Le soir de notre arrivée, on me montre ma chambre et je me rends en retard dans la salle à manger pour le dîner. Un homme captive déjà son auditoire en parlant de l’histoire de cet hôtel et de l’histoire de la région.

Il s’agit d’un homme proche de la retraite, fils du premier gérant de l’hôtel. Son père n’est pas n’importe qui, mais Denys Colomb de Daunant, le scénariste du film Crin blanc. Tout le monde semble se souvenir de Crin blanc, et toi-même lecteur de ce blog, tu te souviens sûrement des dernières images, où le cheval et l’enfant s’enfoncent dans la mer. Tout le monde, apparemment, a été marqué par  ce final.

Tout le monde, aussi, semble avoir chez soi un livre d’images sur Crin Blanc. Il n’y a que le sage précaire pour être complètement ignorant du film, de l’histoire, des images et de la mythologie du film. L’hôtel est plein de décorations rappelant Crin blanc, ainsi que des photos de chevaux de Camargue.

C’est à mon retour que j’ai visionné le film, primé à Cannes en 1953 et lauréat du prix Jean Vigo. Un court métrage de 40 minutes, très beau, où la blancheur des chevaux est réhaussée par les haillons et les cheveux blonds de l’enfant. L’histoire est simplissime, comme il convient aux récits mythiques : les gardians veulent dompter le roi des chevaux sauvages, Crin blanc, mais celui-ci résiste à toute domestication. Un enfant sauvage, qui vit dans les marais avec son grand-père, réussira, lui, à dompter la sublime bête, mais aucun des deux ne voudra appartenir au monde des hommes.

Avec mes nouveaux amis medecins, nous parlons de Crin blanc en tâchant de comprendre pourquoi un si petit film avait connu un tel retentissement, pendant des dizaines d’années. Un succès plus que foudroyant ; une popularité internationale et profonde. Pourquoi une banale histoire de pureté enfantine et de sauvagerie animale avait tant marqué les esprits, charmé les cinéphiles et enchanté les Français ? C’est bien sûr le surgissement d’un paysage désertique digne des westerns, tout en étant maritime et baigné de soleil. Les gardians, cavaliers en gilet et portant chapeaux, éleveurs de chevaux et de bovins, étaient nos cow boys à nous. Crin blanc, c’était l’Amérique chez nous. L’Amérique d’après-guerre nous abreuvait d’images, de films, de musique inouïe. Crin blanc répondait à ce désir de grands espaces sauvages, tout en montrant aux Français que leur pays était encore cette douce terre pleine de nature intouchée. Eux qui vivaient un des changements les plus troublants de leur histoire, qui se voyaient toujours paysans alors qu’ils devenaient un peuple de citadins, voyaient dans la Camargue rêvée et brutale du film un miroir rafraîchissant et rassurant du monde qu’ils étaient en train de perdre.

Le matin, tôt, je chaussais mes souliers de sport et courais entre les étangs. Des flamands roses profitaient des premiers rayons de soleil et les chevaux blancs broutaient paisiblement. Ah, elle avait bien changé la Camargue. Non seulement les chevaux n’étaient plus sauvages, mais même les oiseaux semblaient être domestiqués.

Nulle trace d’Ibn Battuta à Fès

Vous me croirez ou vous ne me croirez pas, je n’ai vu aucun vestige de la présence d’Ibn Battuta dans la bonne ville de Fès. Je ne savais pas trop ce que je cherchais, en réalité. Peut-être une plaque sur une vieille maison, sans doute une salle dans un musée municipal, à la rigueur une mention dans une mosquée ou une medersa. Certainement des gens passionnés et lettrés.

J’avais apporté mon micro-enregistreur pour commencer un reportage documentaire sur la vie et l’oeuvre du grand écrivain-voyageur. Plutôt que de le préparer en France, et de passer des heures sur internet ou au bout du fil, comme le font les journalistes fauchés, je suis allé directement sur place pour nouer des contacts et prendre des premiers sons. C’est la méthode dispendieuse de la sagesse précaire : les rédactions ne sont pas très chaudes pour ce genre de procédés, elles qui préfèrent qu’on prépare tout en amont avant de se déplacer. Le sage précaire, lui, est plus proche des reporters des années 30, qui partaient d’abord à l’autre bout du monde, et qui réfléchissaient après.

Mon repérage ne s’est pas avéré concluant. A part des sons de rues, des ambiances, des sons d’artisanats pétaradants, je n’ai pas enregistré grand chose. Je n’ai rencontré presque personne à qui parler d’Ibn Battuta. Ceux à qui je m’ouvrais de mon projet me promettaient un spécialiste de confiance, mais la forme que devait prendre notre entretien était celle d’une visite guidée culturelle de la Médina, à 20 euros de l’heure. Les chaînes de radio rémunérant déjà leurs reporters comme des chiens galeux (et ne remboursant pas les frais de voyage, d’où une raréfaction naturelle des émissions de reportage, au profit d’émissions de plateau, moins créatives et moins coûteuses), il n’était pas question de dépenser des mille et des cents pour une simple interview touristique.

Pourtant, tous les Marocains, tous les Algériens, tous les arabophones connaissent Ibn Battuta. Ils ne l’ont pas nécessairement tous lu dans le texte, mais ils connaissent son nom et sa réputation de grand voyageur. Dans la culture arabo-musulmane, il fait un peu figure de Marco Polo.

Il existe une « maison Ibn Khaldoun » par exemple, qui ne se visite pas, mais qui témoigne de  l’importance du grand géographe dans la ville. Ibn Khaldoun a d’ailleurs joué un rôle certain dans la dépréciation scientifique du récit d’Ibn Battuta.

Mais rien sur le grand voyageur.