J’ai épousé une maçonne

Mon épouse en plein travail, hiver 2022

Dans la vie on épouse des gens sur des critères flous. Les précaires, souvent, ne jugent leur moitié que sur des qualités de beauté physique, de gentillesse d’âme et d’humour bien balancé. Les gens mieux établis songent à la fortune, aux héritages et au prestige de leur promis.es.

Les travaux que nous entreprenons dans notre appartement cévenol ont révélé des natures et des talents. Mon épouse, par exemple, s’avère une excellente maçonne. Je l’ai vue un jour s’amuser à faire une mosaïque de cailloux sur un mur extérieur avec des restes de ciment qui traînaient sur le chantier.

Mon premier mouvement fut de me moquer d’elle amoureusement. Regardez-là, elle et ses lubies. Comme elle est mignonne avec ses jeux d’enfant sérieux.

Puis en la regardant plus longtemps, je me suis aperçu qu’elle maniait la spatule avec une certaine expertise. Elle savait quelle force exercer pour faire tenir du mortier sur le mur. Je ne sais pas, elle avait l’intuition du bon geste de maçon.

Cela s’est poursuivi dans l’appartement, où elle boucha des trous et traita des murs pour les rendre aptes à être peints.

Elle ne s’arrêta pas en si bon chemin. Cela fait maintenant deux ou trois mois qu’elle dirige les travaux de carrelage et de faïence. Elle n’a peur de rien. Elle me dit que faire pour couper les carreaux et pour mélanger les enduits, et elle suit son inspiration guidée par le génie de ses mains.

Nous faisons des kilomètres pour acquérir des éléments de carrelage qui conviennent au goût de mon épouse et j’en porte des tonnes jusqu’à notre terrasse. Nous n’en achetons jamais dans les magasins. Nous nous débrouillons pour trouver des chutes, des restes, des trucs d’occasion ou abandonnés. Ou alors nous portons nos pas chez Emmaüs qui reçoit chaque semaine de nouveaux arrivages de carrelage et de faïence plus ou moins neuf qu’il brade pour presque rien.

Et c’est ainsi que nous devenons maçons, carreleurs et architectes d’intérieur sans avoir jamais rien appris en la matière.

Assez parlé de politique. Que retirer de ces élections ?

On a suffisamment parlé de politique. Les élections sont passées, la sagesse précaire a fait sa part, elle ne pouvait pas faire davantage. La gauche aussi a fait ce qu’elle a pu, elle a fait son devoir, elle peut être satisfaite du devoir accompli : elle a réussi à se réunir derrière un nom et un sigle, se trouver un programme minimum de gouvernement, s’accorder sur un chef, être très active dans les quartiers et les réseaux sociaux. Dans une France vieillissante qui penche de plus en plus vers l’extrême droite, où la jeunesse se fiche complètement de la politique, on peut dire que la gauche a été impressionnante et a connu une sorte de succès.

Pour preuve de ce que j’avance, regardez le parti de Marine Le Pen. Un parti composé d’incapables qui parlent au hasard, d’une directrice absente et autoritaire, de cadres qui foutent le camp régulièrement. Le pire et le plus drôle de cette galerie de racistes en goguette, ce sont ces gens du Rassemblement National qui trahissent leur patronne et partent rejoindre le sinistre Éric Zemmour au moment même où ils auraient pu obtenir une place au soleil, grassement payés à ne rien faire, s’ils avaient seulement fermé leur gueule fait preuve de patience. Ce parti n’a rien fait pour gagner et il a triomphé. Il a gagné d’une manière que j’ai toujours admirée : le non-agir taoïste. J’avais déjà exprimé cette idée à propos de François Hollande, en rappelant Tolstoï et son personnage historique Kutuzov.

Ces élections ont surtout permis de clarifier les positions des uns et des autres. Tous ceux qui rejettent la gauche, par exemple, sortent enfin du bois et se révèlent. Je ne vais citer que quelques noms : BHL, Caroline Fourest, Raphaël Einthoven, Michel Onfray, et bien des politiciens. Tous désignent l’Union Populaire comme « l’extrême gauche », alors que tout montre qu’il s’agit d’une gauche modérée. Chacun à sa manière cherche à discréditer la gauche, la salir, et c’est une bonne nouvelle pour la vérité.

Le meilleur exemple est le philosophe Michel Onfray qui passe maintenant plus de temps à défendre Marine Le Pen qu’à proposer des idées progressistes. J’avais annoncé qu’il était à deux doigts d’un désastre obscur, je crois qu’il a passé le Rubicon, en effet, et qu’un effondrement intérieur est imminent.

Une nouvelle page va devoir s’écrire à partir de maintenant, difficile à écrire pour la gauche. L’extrême droite, elle, va digérer ses bons scores électoraux et va se déchirer tranquillement, comme toujours. Ce sera le spectacle le plus voyeuriste que la politique française va nous offrir ses prochaines années.

Quant à la sagesse précaire, elle va se tourner dorénavant sur des sujets de rêverie plus éternels : les travaux de la matière, l’habitat, le logement et les gestes augustes du travail manuel.

Législatives 2022 deuxième tour. Appel à mes amis d’extrême-droite.

Mosaïque des années 1920 dans la Grande Mosquée de Paris.

Chers amis racistes, vous me connaissez. Vous savez combien j’aime la France, tout autant que vous. C’est depuis cet amour de la nation que je vous encourage à voter pour les candidats de l’union de la gauche, dite NUPES, dimanche prochain, même si vous ne vous sentez pas de gauche vous-mêmes. Moi non plus je ne suis pas de gauche mais il y a des moments dans la vie où on choisit d’élire nos adversaires. D’ailleurs, chers amis fachos, écoutez comment le parti au pouvoir qualifie l’union de la gauche NUPES : « conspirationniste », « antisémite », « nauséabond ». Exactement les mots employés pour vous désigner. Cela devrait vous rapprocher de cette gauche.

Mes amis nationalistes, vous pouvez voter comme moi car vous savez combien j’ai toujours oeuvré pour la protection et la diffusion de la culture française. Laissez-moi vous donner quelques exemples de mon engagement patriotique : de nombreuses personnes nous conseillent de publier en anglais car c’est la langue de la recherche internationale. Moi, je passe pour un étroit nationaliste car je tiens à publier fréquemment en français dans des revues françaises. Combien de fois ne m’a-t-on pas accusé d’être un franchouillard passé de mode, chauvin et rétif ? C’est que je refuse d’abdiquer. Je continue de croire que chaque langue devrait se développer dans la recherche aussi, pas seulement dans la sphère familiale. Comme vous, chers amis identitaires, je suis contre le grand remplacement qui voit la langue anglaise s’imposer, alors même que j’aime la langue anglaise et la pratique tous les jours.

Je vous écris pour vous demander de voter pour l’Union populaire dite NUPES dimanche prochain, au cas où vous auriez le choix entre la gauche et la droite. Si votre candidat de prédilection s’est fait éliminer au premier tour, le meilleur remplaçant serait un député du programme de gauche car il défendrait davantage l’éducation nationale et la culture française.

Pourtant ce vote n’est pas dans mon intérêt. D’un strict point de vue égoïste, je suis beaucoup plus proche d’un banquier comme Emmanuel Macron que de ces « anarchistes d’extrême-gauche » que décrit judicieusement la ministre Amélie de Montchalin pour désigner les candidats NUPES. Comme Macron, je suis libéral ; comme lui je suis international et profite à fond de la mondialisation ; comme lui je suis en faveur de l’esclavage la réduction du coût du travail et je trouve détestable mais avantageuse l’idée de faire travailler gratuitement les pauvres, les sans-dents, les allocataires du RSA. Comme Macron, je suis un beau garçon qui cherche à dissimuler sa calvitie. Comme lui, j’ai été amoureux de ma prof de théâtre. Non, ça c’est une connerie, je n’ai jamais eu de prof de théâtre.

Bref, je suis un peu comme Macron, toute chose égale par ailleurs. À titre personnel, donc, je suis plutôt pour l’application du programme de la droite, car cela me permettrait d’obtenir des ouvriers presque gratuitement pour la rénovation de mon appartement. La retraite à 65 ans ne me poserait aucun problème puisque j’ai travaillé beaucoup d’années à l’étranger et ne serai jamais capable de faire valoir assez de cotisations pour bénéficier d’une quelconque retraite. Du coup, plus l’âge de la retraite augmente, plus les autres vont souffrir, mais pas moi qui dois me débrouiller. Or si le malheur des uns fait le bonheur des autres, alors la souffrance des travailleurs français devrait en toute logique participer au bonheur des sages précaires qui n’ont presque aucun droit aux avantages du système social français.

En dépit de tout cela, je vous le dis, chers amis qui avez voté pour Le Pen ou Zemmour : je voterai NUPES car c’est le vote le plus proche de l’intérêt du pays. Malheureusement pour moi, qui sacrifie mon intérêt personnel, c’est le bulletin NUPES qu’il vous faut glisser dans l’urne dimanche 19 juin 2022.

Législatives 2022 premier tour. Mes consignes de vote

Cette année le sage précaire votera pour l’union populaire dite NUPES. Voici les raisons de ce choix.

1. Les gouvernements sous Emmanuel Macron ont trop favorisé une minorité de gens fortunés qui thésaurisent au lieu d’investir. Il existe un risque de sécession. Le libéral que je suis ne peut cautionner les situations de monopole ni l’accaparement excessif des richesses de la nation.

2. L’union de la gauche n’a rien de révolutionnaire ni rien d’extrême. Elle propose un programme de gauche modérée.

3. Il ne faut pas avoir peur des individualités, ni leur faire spécialement confiance. La personnalité de Mélanchon, qui rebute des gens, m’est indifférente.

4. Il est bon que ceux qui ont commencé à travailler tôt, quand ils ont cotisé 40 annuités, ce qui n’est pas le cas des sages précaires, puissent prendre leur retraite à 60 ans et ne pas attendre des années de plus.

5. Il faut investir massivement sur des énergies qui nous rendront autonomes dans un futur proche. La gauche est la seule qui propose cela.

Coming out : le sage précaire est de droite

Image sans rapport direct avec le contenu du billet. Photo de Quang Nguyen Vinh sur Pexels.com

D’abord il faut reconnaître que le sage précaire est un individualiste qui ne croit pas aux bienfaits de l’État centralisé, qui méprise le salariat, qui accepte l’inégalité entre les hommes, qui trouve normal de perdre son emploi, qui apprécie de vivre dans un monde sans pitié. Le sage précaire vit dans un monde précaire, où chacun se débrouille.

Pour résumer ma position politique fondamentale en un mot : je suis anarchiste. Je l’ai toujours été et ne vois pas de modèle idéal plus proche de mes affects primitifs. Les hommes ne sont pas sur terre pour obéir à des supérieurs, pour compter leurs points de retraite, pour attendre des vacances, pour rembourser des emprunts, pour endurer le stress au travail, pour chercher un emploi ni pour se laisser enfermer dans un système social.

Beaucoup de gens qui s’autoproclament de gauche ont dit de moi que je n’étais pas de gauche. Dont acte. Si vous le pensez, c’est que c’est vrai. Je ne ferai rien pour essayer de prouver que je le suis et cela seul me distingue de ces personnalités qui continuent de se réclamer de la gauche sans avoir jamais la moindre pensée pour les plus humbles d’entre nous.

Ceci est la première raison de mon coming out : je suis de droite, car je ne veux pas faire les efforts qu’il faut pour être de gauche.

Deuxième argument.

De nombreuses personnes me paraissent toxiques et devraient faire leur coming out aussi, comme moi. Des gens qui disent être de gauche et qui rejettent toute espèce de progrès pour les plus pauvres, les plus discriminés, les plus fragiles de la société. Qui sont ces gens ? Vous voulez des exemples ? Ils ne manquent pas : dans le monde politique, Manuel Valls et tous les socialistes qui ne sont pas gênés par la parole de Manuel Valls ; dans le monde de la télévision Caroline Fourest et Éric Nauleau ; dans le monde de la presse Philippe Val.

Sur le même sujet, lire Philippe Val, ou la trahison de la satire

La Précarité du sage, 18 avril 2009.

Ils emploient des mots qui avaient un contenu progressiste depuis les Lumières, mais qui sont devenus suspects au tournant de ce siècle, puis carrément réactionnaires aujourd’hui. Écoutons-les : « Je suis pour une gauche républicaine, laïque et universaliste. »

« Républicaine » : avant, cela signifiait un régime contestant l’arbitraire de la monarchie et la tyrannie du monarque absolu. Aujourd’hui cela envoie un signe d’uniformité et de nationalisme.

Laïque : avant, c’était une arme contre la toute-puissance de l’église catholique, son emprise sur les consciences et son influence politique. Aujourd’hui, ‘laïc » s’emploie pour lutter contre la religion pratiquée par les plus pauvres du pays. Une religion qui ne peut et ne veut rien imposer à la population majoritaire. Une « gauche laïque », c’est donc une gauche qui méprise les plus humbles, non une gauche courageuse qui se dresse contre une puissance.

Universaliste : avant, cela voulait dire que les hommes étaient égaux et qu’on ne devait pas considérer différemment les hommes de la classe dirigeante et ceux du Tiers-État. Aujourd’hui, on se dit universaliste pour contrer les minorités dans leur volonté de s’émanciper.

Alors, me direz-vous, pourquoi ne pas faire ce que font les gens de gauche ? Ils passent leur temps à dénoncer ces faux-jetons en disant d’eux qu’ils ne sont pas de gauche. Je refuse d’entrer dans ce genre de discussion. Qu’en ai-je à faire, moi, si des réactionnaires tiennent à se voir en « hommes de gauche » ?

Ceci est donc mon deuxième argument. Je suis de droite pour m’éloigner de tous ces racistes qui se disent de gauche, mais d’une gauche républicaine et laïque. Quand ils se diront de droite ou, comme on le dit en Amérique, « néoconservateurs », alors je reviendrai sur ma parole.

Troisième argument.

Les intellectuels de gauche sont brillants et j’aime les écouter. La palme revient à François Bégaudeau qui se révèle depuis des années comme un incroyable orateur. S’il n’est pas bon romancier, il est un excellent essayiste. Il répète et démontre qu' »il n’y a de gauche que radicale », et qu’ils sont eux de la « vraie gauche ». Je ne veux pas mouiller la sagesse précaire dans des arguties de ce niveau. Le sage précaire est trop précaire pour se sentir appartenir à la « vraie » gauche.

Sur le même sujet, lire Contre François Bégaudeau

La Précarité du sage, 19 septembre 2008.

Voilà, je conclus de tout cela que se dire de droite est une bonne combine pour se désengager de débats interminables, se délier les mains, et annoncer ses préférences politiques sur chaque sujet sans aucun automatisme ni dogmatisme.

Un mois de mai pour la rénovation et la recherche

Photo de Iva Muu0161kiu0107 sur Pexels.com

Ce mois de mai va passer entièrement sans que j’écrive le moindre billet original sur les jours que nous vivons. C’est que je suis extrêmement pris et n’ai ni le temps de me poser pour écrire, ni la disponibilité mentale pour le faire.

Je mets toute mon énergie dans deux projets qui doivent être terminés fin mai : la rénovation de mon appartement et la rédaction d’un article de recherche. L’un prend tout mon corps, l’autre tout mon esprit.

Écrire un billet de blog, je sais que ça n’a pas l’air difficile. Beaucoup de gens pensent que ça se fait sans effort, sans mise en forme, sans réflexion véritable. Il ne faut pas croire, mes billets m’ont toujours demandé beaucoup d’investissement mental, intellectuel et affectif. Ces temps-ci, j’étais à sec pour le blog, je n’ai même pas vu passer le joli mois de mai.

Rendez-vous compte, je n’ai même pas eu le temps de profiter des grosses chaleurs pour me baigner dans mes rivières et mes piscines naturelles.

Photo de Eric Smart sur Pexels.com

Saisi par l’urgence, mon corps me réveille fréquemment à trois heures du matin, ce qui permet à mon esprit de travailler l’article de cinq à sept. Puis la journée se passe à l’appartement qui demande des efforts physiques épuisants. Le soir, nous mangeons légèrement et tombons de fatigue.

Que cela ne soit pas trompeur. Ce que je décris ici me procure une profonde joie. Toute cette fatigue, tous ces efforts, donnent beaucoup de sens à notre vie. Nous voyons, sous nos mains, naître un lieu de vie qui nous ressemble. Parallèlement à cela, j’assiste à l’éclosion sous mes doigts de ce qui deviendra le deuxième volume de Traits chinois/Lignes francophones que je dirige avec mon amie Rosalind Silvester. Je suis déjà très en retard et elle fait preuve d’une patience d’ange.

Photo de RODNAE Productions sur Pexels.com

Aujourd’hui, c’est un grand jour car Hajer et moi serons à même de dormir enfin notre première nuit dans notre chez-nous. L’article lui aussi touche à sa fin. Ce matin, je vais pouvoir l’envoyer à Belfast pour que Ros. le relise. Toute une pression se relâche un peu, ce qui m’autorise à écrire ce petit billet.

Des différentes versions de Celestial Bodies, vainqueur du Man Booker Prize 2019

Le jour même où j’ai conduit Qods à l’aéroport de Mascate, l’écrivaine Jokha Al Harthi remportait le Man Booker Prize pour son roman traduit en anglais Celestial Bodies. Hajer le lisait en arabe tandis que je le lisais en anglais et nous comparions les versions qui divergeaient considérablement. Au terme de nos conversations comparatistes, il semblerait que la traductrice ait exercé une influence déterminante dans la clarification des intentions narratives de l’autrice. Je comprenais des choses qui avaient échappé à la sagacité d’Hajer, du fait notamment que chaque chapitre est intitulé par un nom de personnage dans la version anglaise, alors qu’en arabe le texte coule comme un long monologue intérieur, sans coupure ni titres d’aucune sorte.

Hajer et moi pensâmes quelques minutes que nous pourrions joindre nos forces pour traduire ce roman en français, en nous appuyant sur les deux versions connues, mais nous abandonnâmes l’idée quand des projets plus urgents se présentèrent à nous.

Au bord de l’eau

Dans cet article publié à Shanghai, je parle de mon émerveillement devant la vie des Nankinois au bord de l’eau. En particulier de ce qui se passe autour du Lac des Nuages Pourpres, dans la montagne de Nankin.
Paru en chinois dans l’hebdomadaire Oriental Outlook.
Regardez le nom chinois que j’ai l’honneur de porter. Un vrai poème à lui tout seul.

Lire à ce sujet, PLOUF

La Précarité du sage, 02 juillet 2008

Ce nom m’a été donné en 2004 quand je suis arrivé à Nankin pour y enseigner le français. J’avais demandé à une collègue chinoise de m’aider dans cette tâche. Elle avait décomposé mon prénom en trois sons : Guillaume – Gi Yao Mou. Puis elle a cherché les meilleurs idéogrammes se rapportant à ces sonorités, et enfin elle leur a donné un ordre qui lui paraissait plus joli.

记慕尧,Ji Mou Yao : L’homme qui admire l’empereur Yao.

Les articles d’Emmanuel Carrère

Appel à la solidarité.

J’aimerais lire les reportages qu’Emmanuel Carrère publie dans L’Obs. Je ne suis ni abonné ni désireux d’acheter l’hebdomadaire chaque semaine car je finance déjà assez d’organes de presse. Un homme seul ne peut pas s’abonner à tous les journaux. Il faut mutualiser nos abonnements.

Quelqu’un serait-il en capacité de partager avec moi les pdf des reportages de Carrère ? Je pense surtout à ses reportages qui couvrent le fameux procès « du Bataclan », ou « des attentats du 13 novembre ». En échange, je peux envoyer des articles des journaux dont je suis abonnés, et que je dévoilerai en privé, à la personne qui acceptera cet échange.

Dans un premier temps, je me dis que le procès du Bataclan recèle tout ce qui fait la spécificité des livres de l’écrivain : de l’épouvante produite par des gens ordinaires (L’Adversaire). Des portraits d’hommes et de femmes qui peuvent être attachants et qui se révèlent repoussants (Limonov). Un événement qui fait l’actualité nationale et internationales tout en ayant des répercussions sur la vie intime de l’auteur (D’autres vies que la mienne). Et surtout, un engagement religieux incompréhensible, une croyance qui peut mener à l’aberration, et qui est incompréhensible même à celui qui fut le jouet de ce fanatisme (Le Royaume). Je me plais à imaginer les pages qu’il va écrire.

Dans un second temps, je suis très curieux de savoir ce que Carrère va écrire sur l’islam. Il va certainement faire de sérieuses recherches sur la question. Il va sans aucun doute éviter l’écueil des donneurs de leçon et des spécialistes auto-proclamés. Il va faire une enquête, interviewer des gens, finir par se faire une opinion originale, probablement insoupçonnée. J’attends cela avec beaucoup d’impatience.

Naturellement, il n’est pas douteux que ces articles deviendront un livre l’année prochaine, ou dans deux ans, donc je pourrais attendre. Mais je suis impatient, comme vous le voyez, et d’ailleurs, je pense aussi qu’il y aura beaucoup de réécriture dans l’élaboration du roman à venir. Je désire donc avoir accès à la première version publiée de ces reportages, pour faire, le cas échéant, une comparaison avec le produit fini.

Or, comme on le sait tous, chez Emmanuel Carrère, le « produit » est toujours infini.

Regarde la poutre dans ton oeil

Une histoire de poutres. Dans mon vieil appartement, elles datent du XIXe siècle. Quand je l’ai acheté, elles étaient cachées sous des couches de plâtres et un coffrage en bois qui donnait l’impression qu’elles étaient massive. Parmi tous les artisans qui venaient faire des devis, personne ne savait si c’était du bois, du métal ou autre chose.

On me disait de ne rien toucher et de tout recouvrir par un faux plafond en « placo ».

N’écoutant que mon instinct, et après avoir vu l’appartement de ma voisine, j’ai décidé de les déshabiller de leur gangue de bois et de plâtre. Je les décape, les ponce et les fais revivre.

Nous découvrons des poutres blessées, scarifiées, martyrisées. Elles ont subi des entailles profondes pour fixer le plâtre. Elles sont pleines de cicatrices qui, à mes yeux, ne les rendent pas laides mais touchantes et héroïques.

En les décapant, je vais essayer de réduire la profondeur des cicatrices et, si possible, les leur donner une patine qui les réduira au rang de nobles rides. Dans tous les cas de figure, mes poutres donneront un visage buriné à l’appartement, un visage de vieil acteur pris en photo dans les studios des années 1950, date à laquelle les entrepreneurs cachaient les structures de bois et de pierres sous des faux murs et des faux plafonds pour faire plus propre, plus moderne et plus américain.

Les poutres, ce n’est pas seulement de jolies longueurs de bois. C’est aussi un témoignage poignant sur la résistance à la masse, à la gravitation, au poids de la matière.

Mon appartement sera plus qu’un autre un chant à la difficulté de (se) tenir debout.