
Pourquoi écrivait-on tant sur les parois de cette ancienne destination désertique ? À force de voir et de photographier des inscriptions antiques, dans une langue qui ne connaissaient pas encore l’alphabet arabe, j’en viens à me dire que nos ancêtres étaient de grands bavards.

Alors pourquoi écrivait-on il y a 2000 ans dans la région de Najran ? Pour Christian Robin, archéologue du CNRS, ces écritures gravées dans l’Arabia Petra sont à prendre comme des documents.
Ces documents commémorent des rituels et la fin de travaux de construction, déterminent des droits ou des limites, décrètent des lois, reproduisent des formules de protection, nomment des propriétaires de sépultures, etc.
Christian Julien Robin, Langues et Inscriptions, dans Routes d’Arabie, Musée du Louvre, 2010.
Mais Robin classifie deux ou trois types d’inscriptions, selon les articles qu’il a publiés. Il y a les « textes sophistiqués » et les « graffitis ». Entre les deux, dans certaines publications, il intercale une troisième catégorie de textes « incisés sur des bâtonnets de bois ». En revanche, prévient-il, il ne faut pas s’attendre à lire des romans :
Aucun texte littéraire n’a survécu à part la poésie arabe pré-islamique du VIe siècle.
Ibid.

Si j’en crois Robin, tout ce qui est écrit sur le site de Bir Hima, au nord de Najran, relève donc du graffitis. Admettons. Mais j’en doute et vous allez comprendre pourquoi.

Le texte qui précède et qui suit, que j’ai photographié début 2025, comporte des lignes nombreuses et remarquablement droites. Son texte n’est pas superficiel : c’est une chronique historique qui commémore le siège que le roi juif Joseph a fait subir au peuple chrétien de Najran en 522 après J.C. On n’est pas vraiment dans le domaine du graffiti, là.

Moi je garde la conviction qu’il reste beaucoup de choses à découvrir. D’ailleurs, Robin le dit lui-même quelque part, ces graffitis ne manquent pas d’intérêt pour l’honnête homme :
C’est la catégorie la plus originale et la plus surprenante. Ils se comptent en effet par centaines de milliers en Arabie Saoudite, principalement dans la région de Najran.
C. Robin, « Arabie : Archéologie et Histoire à la veille de l’islam », dans L’islam dans l’Antiquité tardive, Rabat, 2019.

Il n’en dira pas davantage mais ces deux adjectifs, « original » et « surprenant », sont assez excitants pour faire naître des vocations.







































