Faut-il défendre Hassan Iquioussen ?

J’ai regardé plusieurs vidéos de l’imam que le ministre de l’intérieur veut expulser hors de France, au motif de discours de haine contre la France et les juifs. Gérald Darmanin, ledit ministre, accuse aussi M. Iquioussen d’être homophobe et contre l’égalité entre les hommes et les femmes.

Il ressort de ces vidéos que l’imam en question est injustement accusé. Il est religieux et conservateur mais plutôt moins rétrograde que le ministre lui-même et beaucoup plus ouvert et tolérant que nos politiciens et polémistes de droite.

Le but est donc d’instrumentaliser l’islam pour faire peur aux braves gens et se faire passer pour un redresseur de tort. Darmanin, violeur de femmes et menteur public, se fait aider par la presse raciste qui cite des propos de l’imam de manière à lui faire dire ce qu’il n’a pas dit.

Alors attention braves gens. Un jour ils sont venus chercher les juifs mais vous n’avez rien dit car vous n’êtes pas juifs. Puis ils sont venus chercher les communistes mais vous n’avez rien dit car vous n’êtes pas communiste. Ils ont ensuite discrédité les feministes, les gays et les progressistes en les accusant de wokisme mais vous préférez laisser faire car vous êtes hors de tout cela. Aujourd’hui ils cherchent des musulmans au prétexte de discours de haine, et vous ne dites rien car vous n’êtes pas musulman. Quand ils viendront vous chercher, il risque de n’y avoir plus personne pour vous défendre.

Ma mère a 80 ans

C’est l’anniversaire de ma mère. Elle est née en août 1942, en pleine France occupée et déprimée. L’été 42 était très chaud et très pauvre, les Français n’avaient pas encore l’espoir de voir les Allemands perdre la guerre mondiale qui faisait rage dans le Pacifique. Au contraire, c’est en juin de cette année que Pierre Laval, le premier ministre du gouvernement de Pétain, déclara dans un discours devenu célèbre : « je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que sans elle le bolchevisme s’installerait partout ». Ma grand-mère était enceinte jusqu’aux dents et, probablement, pensait que sa fille à venir grandirait dans une nation dominée par le fascisme et le racisme le plus assumé.

Le pire est que ce racisme n’était même pas le fait des seuls imbéciles nationaux ; il nous était imposé par la puissance occupante qui, par dessus le marché, affamait les Français en confisquant les récoltes pour nourrir les Allemands. Tout le monde souffrait de cette tyrannie et pourtant les Français ont eu l’envie de se reproduire. Cela fait penser à une pensée de Chamfort (1740-1794) :

Comment se fait-il que sous le despotisme le plus affreux, on puisse se résoudre à se reproduire ? C’est que la Nature a ses lois plus douces, mais plus impérieuses que celle des tyrans ; c’est que l’enfant sourit à sa mère sous Domitien comme sous Titus. 

Chamfort, Maximes et Pensées, DVI.

En 1942, ma mère bébé sourit à Hélène Margueritte, bien que gouvernée par Hitler et Pétain. Cet été-là, on voyait s’intensifier la terreur nazie sur le territoire du Troisième Reich, par des persécutions et des déportations de nos frères juifs. Ma mère est née quelques semaines après la « rafle du Vél’ d’Hiv » de sinistre mémoire, et quelques semaines avant les « grandes rafles » des 26 et 30 août opérées dans des villes de la « zone libre ». Et pourtant c’est dans cette obscure infamie que le Baby Boom a commencé en France. C’est à partir de 1942 que la natalité de la nation est repartie à la hausse.

Pour fêter les 80 ans de ma mère, nous choisissons de nous réunir autour d’elle, non dans sa Normandie natale, mais dans une terre connue pour son rôle joué dans la résistance à l’occupation nazie : les Cévennes. Nous célébrons l’anniversaire de la femme qui nous a donné la vie autour de la ville du Vigan, où le chef Marceau tomba le jour de l’assaut que ses hommes lancèrent pour la libérer. Nous mangeons à quelques pas des lieux de mémoire du maquis Aigoual-Cévennes.

Bonne anniversaire à toutes les mères précaires.

Des volets de chêne doré

Ce n’était pas mon idée de faire faire des volets sur mesure, en bois, à l’ancienne. Moi, je me serais satisfait des vieux volets qui étaient en place lors de l’achat de notre appartement.

Maintenant qu’ils sont là et que nous les avons traités avec une lasure de couleur « chêne doré », je ne peux qu’applaudir. Non seulement ils protègent des grosses chaleurs de l’été, mais ils procurent chez le précaire que je suis un sentiment étrange de bourgeois repus.

Faisons quelques pas en arrière et considérons la maison dans son ensemble. À part notre voisine de palier, la jolie centenaire Mme Serrenne, nous sommes les seuls à avoir des volets en bois. Aux deuxième et troisième étages, nos chers voisins ont opté pour des saloperies en PVC blanc ou même pour pas de volets du tout, moyennant quoi nous offrons la meilleure apparence de toute la maison.

Si la joie du bourgeois se reconnaît au sentiment ressenti d’une supériorité matérielle sur les autres, alors c’est bien une jouissance de gros con qui m’anime depuis que nous avons installé nos volets en chêne doré. Je sens mon ventre s’arrondir.

Sage plaquiste

Tout le monde parle du « placo ». On ne peut plus faire de travaux tranquillement sans entendre ce mot dix fois par jour. De mon temps on n’en parlait jamais.

Il s’agit de monter des cloisons sans briques, sans béton, sans bois, sans rien qui coûte cher. Les plaques de plâtre sont à la fois simples à poser, faciles à découper, à percer, à trouer, à manipuler, à visser. Grâce à ces cloisons en plâtre, on peut isoler son logement en glissant de la laine de verre entre elles et les murs. On peut enfin faire passer les câbles électriques, les tuyaux d’eau et tout ce qui nous déplaît derrière la cloison en « placo ».

Or je ne savais pas faire ce travail de plaquiste et cela me frustrait.

J’ai fini par acheter le matériel et essayer avec les moyens du bord.

Un beau mois de juillet

Hannah Arendt sur le chantier de notre appartement

Ces vacances d’été n’ont de vacances que le nom.

Le sage précaire passe un mois de juillet 2022 extrêmement laborieux et studieux. Quand il ne travaille pas dans son appartement, il écrit des conférences et des articles. Quand sa femme ne fait pas de la maçonnerie, elle travaille sa thèse. Quand ils ne se rendent pas au café pour avoir de l’internet, le sage précaire et son épouse décapent, vissent, scient, posent, font du carrelage, plaquent, consolident, assemblent, peignent, vernissent, construisent, gondent et dégondent, bref apprennent les métiers du bâtiment.

Non seulement le sage et son épouse partagent les travaux du même appartement, mais en outre, ils écrivent sur un sujet assez proches et en viennent à lire des sources voisines. En conséquence, il leur arrive de discuter sur Hannah Arendt le matin, de se disputer sur des étagères l’après-midi, de se réconcilier pour faire la sieste et de relancer une discussion au soir tombé sur l’opposition entre « désolation » et « isolement ».

Pourquoi aller sur une plage ?

Histoire de l’aid : une mosaïque inattendue

Je vais vous raconter une histoire qui ne pouvait nous arriver que le jour de l’Aid. Fête musulmane majeure.

Tout commence il y a deux jours. Nous achetons pour une poignée d’euros des carreaux de vieilles faïences. Dieu sait ce que mon épouse planifiait de faire avec ces carreaux.

Arrivés à la maison nous jetons un œil sur la faïence et réalisons que c’est une sorte de puzzle. Il y a des motifs et nous essayons de composer des fleurs, des détails architecturaux et des lignes qui semblent être des tiges.

Petit à petit nous voyons apparaître un tableau charmant. Une porte orientale sous un ciel étoilé. J’y vois, personnellement, une porte de mosquée. À l’intérieur, plutôt que des jets d’eau qui servent aux ablutions, un jaillissement de végétaux et de fleurs.

Chemin faisant, nous vîmes que les carreaux étaient made in Tunisia.

C’était notre cadeau de l’Aid. Un Signe envoyé par le tout-miséricordieux pour nous encourager dans nos efforts de rénovation.

Notre joie fut intense et durable. Joyeux aïd à tous. Que votre vie soit pleine de surprises et de trésors inattendus.

Que dire de la guerre ? Jonathan Littell le sait, mais peut-en encore lire Jonathan Littell ?

Je me demande comment font les gens pour avoir des opinions aussi fermes sur la Russie et l’Ukraine, sur Poutine et sur Biden, sur la guerre et sur l’importance d’une victoire de tel ou tel. Les belles âmes, surtout, semblent tellement sûres d’elles-mêmes, c’en est effrayant. Les gens comme Jonathan Littell, par exemple, sont tellement clairs avec eux-mêmes et avec le monde, qu’ils n’hésitent pas réclamer notre entrée en guerre pour écraser l’armée russe.

Prix Goncourt 2006, J. Littell est une belle âme professionnelle et un mauvais écrivain de langue française soutenu par une gauche ralliée au néo-conservatisme. Il parle comme BHL, on peine à voir une différence entre eux, et il publie des tribunes dans la presse dont voici quelques extraits. Tout y est : la paix nous rend faible, Poutine est comparé à Hitler, le désir de guerre totale, l’idée simpliste qu’il suffit de gagner une guerre, l’indifférence totale devant les difficultés économiques des pauvres gens.

La petite musique délétère monte de tous côtés.

Si nous n’avions pas été aussi impuissants, aussi timorés, aussi aveugles, si nous avions réarmé l’Ukraine dès 2015…

Poutine – qui ne comprend qu’une seule loi, celle du plus fort – …

Maintenant, nous pleurons parce que le prix à la pompe dépasse les 2 euros, et commençons déjà à chercher une porte de sortie. C’est une honte, c’est un scandale.

Aujourd’hui, c’est 1939.

Comme avec le Troisième Reich de Hitler, le chemin vers la paix passera à terme par l’effondrement total du régime de Poutine.

En Europe, nos dirigeants, toujours engoncés dans leurs mythes, leur paresse intellectuelle et la faiblesse morale induite par une trop longue paix, semblent perpétuellement tentés par le compromis.

Seule une défaite militaire complète des forces russes en Ukraine pourra ramener un semblant de sécurité sur le continent.

Sans une victoire claire et nette de l’Ukraine, toute diplomatie ne sera que bavardage, ou capitulation.

Ce n’est pas à nous de présenter nos excuses, mais bien plutôt de lui infliger une bonne leçon et de le renvoyer à la place qui est la sienne.

Jonathan Littell, « La Russie doit perdre cette guerre », L’Obs, 7 juillet 2022.

Qui croit à des conneries pareilles ? Dans le monde réel, je veux dire, qui pense vraiment qu’on doit faire la guerre totale avec une puissance nucléaire capable de tout faire sauter ? Parmi les lecteurs de L’Obs, par exemple, j’en appelle aux lecteurs maintenant, y en a-t-il qui adhèrent vraiment ?

Choisissez les bons auteurs de voyage

A. Potoski et le sage précaire, juin 2022

Visite d’Antonin Potoski dans les Cévennes.

Il travaille beaucoup et vit toujours en voyage mais ne publie plus rien depuis bientôt dix ans. Il laisse toute la place aux écrivains-voyageurs qui se vautrent dans les poncifs sur les voyages et la liberté.

Je profite de cette visite pour rappeler une énième fois que la littérature des voyages n’est pas seulement représentée par les auteurs réacs et faussement cultivés du genre de ceux que je critique sur ce blog et dans mes publications scientifiques. La littérature géographique est aussi le théâtre de formidables courants d’écriture où l’on entend des voix singulières, puissantes et nouvelles.

Pour vos vacances d’été, oubliez les stars de l’esbroufe qui garnissent vos librairies innocentes, et jetez dans vos bagages les récits géniaux d’Antonin Potoski, de Bruce Bégout, de Philippe Vasset, ou des frères Rolin.

La cuisine en granit

Je suis très fier des travaux que nous faisons dans notre appartement, mais mon épouse en ras-le-bol de m’entendre faire des visites guidées. Je parle de notre chantier avec la même énergie qu’une exposition d’art dans un musée.

Mon épouse aimerait que je la mette en veilleuse car elle trouve que ma façon de parler s’apparente à de la vantardise. Elle a peur que ma forfanterie nous attire le mauvais œil.

Ce qu’elle ne comprend pas, c’est que c’est son talent à elle que je mets en avant, pas le mien, et certainement pas notre richesse matérielle.

Prenons l’exemple du plan de travail de la cuisine. Hajer voulait du marbre, au début, pour éviter les inconvénients du bois et des plans en aggloméré vendus dans les grandes enseignes. Or le marbre est trop cher. Elle a trouvé la solution en cherchant sur internet un couple de retraités qui vendait leur ancienne cuisine dont le plan était en granit.

Nous sommes allés chercher ces plaques de granit en Dordogne. Nous en avons profité pour visiter et dormir une nuit à Sarlat.

Nous avons ensuite pris contact avec le tailleur de pierre de Saint-Hyppolite-du-Fort pour qu’il nous creuse des trous adaptés aux plaques de cuisson et aux éviers. Ce tailleur de pierre nous a appris que notre granit était connu dans sa communauté : il vient d’Inde et s’appelle « Colonial White« . Il nous en a même montré des plaques entières qu’il entreposait.

Comment voulez-vous que je ne m’enthousiasme pas ? Tout est admirable et romanesque dans ce que je viens de décrire et tout est redevable du génie de ma femme. Tout est beau, et il faudrait que je me taise ?

Tout est beau dans ce que je viens de vous raconter. Tout. Le granit, le nom du granit, le nom du village où on a trouvée le tailleur de pierre.

Le fait même qu’on aille chez un tailleur de pierre. Quel roman. Qui savait que de tels métiers existaient encore ? Tailleur de pierre. Je me répète cette information avec émotion, en jouant au mec cool, indifférent, alors que je jubile à l’intérieur. « Nous sommes allés chez notre tailleur de pierre… »

Où cela ? Mais à Saint-Hyppolite-du-Fort, figurez-vous. Non loin de Saint-Bauzille-de-Putois.

Et vous savez comment on appelle ce granit ? C’est notre tailleur de pierre qui nous l’a dit.

Et tout cela nous à coûté moins cher qu’une cuisine bas de gamme achetée dans une grande enseigne. Alors je m’en vante, mais un truc de ouf.

Comment la jalousie s’est abattue sur moi

Avant l’âge de quarante ans, je ne crois pas avoir suscité de jalousie. Avant de travailler dans une université du sultanat d’Oman, je ne me suis jamais plaint de l’envie des gens. Or, ce qui s’est passé dans ma vie, entre 2015 et 2020, fut tout à fait exceptionnel à cet égard et probablement unique dans une vie de sage précaire.

La jalousie a grandi par degrés et fut de plus en plus destructrice. Mais elle atteignit un pic fin 2017 et se stabilisa sur un plateau jusqu’à mon éviction finale de l’université cinq ans plus tard. Pour comprendre l’évolution de la jalousie, je suis obligé de me remémorer les principales étapes de mon parcours en Oman. Je dois préciser que la conscience de la jalousie des autres ne m’apparut que bien trop tard, à partir de son pic de fin 2017, parce que plusieurs personnes me le disaient avec insistance.

Je dois préciser aussi une chose importante : la plupart des événements que je relate n’avaient jamais eu lieu dans la section de français, ni non plus dans les autres sections, ni même dans l’histoire du département des langues étrangères.

  1. À mon arrivée, on enviait peut-être le fait que je sois docteur dans un département qui en comptait peu, chercheur actif dans un groupe qui publiait peu de livres et d’articles, tout en étant aussi populaire que les autres avec les étudiants.
  2. L’Institut français de Mascate m’invita fin 2015 à donner une conférence sur la littérature, ce qui me distingua. Aucun collègue ne fit le déplacement, excepté ma supérieure directe, la chef de section.
  3. Avec le professeur de lettres du Lycée français de Mascate, nous lançons une action pédagogique avec croisement de classes sur des textes littéraires, et échanges entre étudiants omanais et élèves français. Partenariat bien vu par la hiérarchie des deux établissements.
  4. Alors que mes collègues affirmaient que la recherche était impossible dans cette université, que d’autres avaient essayé en vain, j’ai quand même organisé un petit colloque avec des participants de plusieurs pays. Je surmontais les difficultés administratives, la hiérarchie ne me mettaient pas de bâtons dans les roues. Je reçus même une subvention de plus de mille euros pour cet événement. Je suis dans le deuxième semestre de ma première année : nous organisons la première session de ce colloque qui est un gentil succès.
  5. La hiérarchie de la faculté me nomme président de la commission de la recherche au sein du département des langues étrangères.
  6. Sur ces entrefaites, une jeune femme tunisienne arrive dans notre département, tellement ravissante que tout le monde lui fait la cour, moi aussi. Elle passe du temps avec moi. Parfois elle me demande ce que je pense d’un tel ou d’un tel. Elle me confie que mes collègues disent du mal de moi. Ils lui disent que je ne suis pas un vrai chercheur, que mes publications sont pourries et que le livre que je promets ne paraîtra jamais car je ne suis qu’un beau parleur.
  7. La ravissante Tunisienne et moi-même profitons des vacances d’été 2016 pour nous marier et nous revenons à l’université en septembre avec ce nouveau statut marital. Rage de tous ceux qui draguaient ma belle, et malaise parmi celles qui, peut-être, voyaient en moi un célibataire envisageable.
  8. Novembre 2016 : j’organise sur le campus la deuxième session de mon colloque avec la présence d’un grand professeur venu d’Angleterre, qui attire à nous l’attention des huiles de la faculté. Succès sur toute la ligne. La jalousie commence à se faire sentir et se traduit par des vexations diverses, des pressions inutiles et des remarques acerbes.
  9. Le partenariat avec le Lycée français se passe très bien, mais des tensions s’accroissent à mon endroit sans que je comprenne ce qui se passe.
  10. Court voyage à Paris. Je suis invité à un colloque à la Sorbonne sur l’oeuvre de Jean Rolin.
  11. Début 2017. Je fais paraître un article de recherche sur Fabula.
  12. C’en est trop, mes collègues se liguent contre moi pour me faire chuter alors que je suis au même niveau qu’eux. Les provocations s’enchaînent sans que je prenne conscience de cela et, plutôt que de faire profil bas, je réponds aux provocations, ce qui déclenche une procédure de plainte contre moi. Je me défends, cherche de l’aide dans la hiérarchie et remporte la partie. La DRH m’assure du soutien total de la haute administration. Ce soutien est évidemment à double tranchant : certains voudront se venger.
  13. Fin de l’année universitaire. On cherche à m’humilier en distribuant les emplois du temps de manière injuste, sans que je sois consulté, alors que tous les collègues sont consultés et obtiennent satisfaction. On me met dans une sorte de placard. Heureusement, mon épouse reste mon plus grand soutien dans l’épreuve et nous montrons elle et moi une image de couple uni, ce qui agace.
  14. La rentrée suivante se passe tranquillement, les vacances ont calmé tout le monde. Ce ne sera que de courte durée. Octobre 2017 : mon épouse organise une fête surprise pour la parution de mon livre aux éditions de La Sorbonne. C’est là que j’ai vu la jalousie sur le visage de mes collègues pour la première fois.
  15. Le Chancelier me nomme Vice-Doyen de la faculté, en charge de la recherche et des études supérieures. La jalousie est alors devenue incandescente. Tout ce que je touche prend feu. Aux yeux de certains, je suis un adversaire, voire un ennemi. Je suis trop accaparé par mes nouvelles responsabilités pour m’en rendre compte.
  16. Fin 2017, je me retrouve donc catapulté assez haut dans l’organigramme, au-dessus de tous ceux qui me voulaient du mal. La jalousie prend alors d’autres formes. Dorénavant, je serai superbement ignoré, snobé. Quand je prends la parole en public, certains quitteront la salle ostensiblement. D’autres feront tout pour éviter les procédures administratives prises en charge par le bureau que je dirige, mettant à mal leurs propres projets. Naturellement, je serai tenu pour responsable de leurs éventuels échecs.
  17. 2018 : Je reçois des coups de toute part mais ceux-ci ne sont pas tous dus à la jalousie. Certains veulent ma place. Procès en illégitimité. On m’accuse d’être « un espion ». Des complots se forment contre moi, mais cela dépasse de beaucoup les cercles restreints où j’évoluais depuis août 2015. Plus je réussis dans mon action, plus on cherche à me nuire. Mais est-ce une expression de la jalousie ? Je ne sais pas.
  18. Mars 2018, je suis invité en tant qu’écrivain et chercheur à une « Rencontre littéraire francophone » organisé par le Lycée français, en partenariat avec l’ambassade, l’AEFE, l’Institut français et des mécènes privés. C’est dans le cadre d’une action culturelle assez large. Présence de l’ambassadeur himself et des huiles de la francophonie en Oman. Trois visages ornent l’affiche, dont le mien. J’invite tous mes collègues français et francophones, car ce sera l’occasion pour eux de rencontrer le nouvel ambassadeur et d’autres personnes. Personne ne se déplacera, à part ma femme et quelques étudiants.
  19. Mes étudiants écrivent et mettent en scène une pièce de théâtre en français. C’est une première dans l’histoire de l’université mais cela n’attire aucun commentaire de la part des enseignants. Les représentations en revanche sont louées par la hiérarchie et jusqu’à la diplomatie française ainsi que les acteurs de la francophonie du pays.
  20. Invitations en cascade à venir donner des conférences, suite à la parution de mon livre qui connaît une belle carrière : Doha (Qatar), Paris (France), Ratisbonne (Allemagne), Jaen (Espagne). Je m’arrange pour ne pas rater de cours et pour n’en annuler aucun, mais j’entends dire que mes voyages sont des privilèges.
  21. 2019 connaît son lot de bonnes nouvelles qui creusent ma tombe : publication d’un collectif que j’avais dirigé sur l’oeuvre de Jean Rolin. Voyage tous frais payés en Australie pour un colloque.
  22. Invitation officielle pour être « Keynote speaker » dans une grande université britannique, dans le cadre d’un colloque. En français, on peut traduire cela par « orateur principal », mais c’est moins institutionnalisé que dans le monde anglo-saxon, où le fait d’être keynote speaker est une vraie marque de reconnaissance dans une carrière.
  23. J’essaie de mettre sur pied un colloque à Nizwa pour faire briller la faculté. On me bloque de toute part. Je dois abandonner après des mois de préparation. Victoire des envieux qui ont réussi à tirer la faculté vers le bas et faire régner l’inertie.
  24. Je postule pour une promotion universitaire. Mon dossier est recevable car il est reconnu comme complet. Ma promotion est rejetée au motif que la publication de livres ne compte pas pour la promotion. Le rejet de ma candidature est confirmé en appel. Jubilation des envieux qui voient là la preuve du mauvais niveau de mes recherches.
  25. Tout ce que je propose pour améliorer le niveau de français de nos étudiants est rejeté systématiquement, mais remplacé par aucune autre proposition d’amélioration. Nous voyons couler le niveau de nos étudiants sans réaction. Ils échouent aux tests de langue de type DELF et nous restons sans réponse. Dans ce contexte, se distinguer est perçu comme arrogant.
  26. Quand je suis nommé chef de la section de français, certains refusent même de participer aux réunions et l’hostilité devient palpable, hargneuse. En revanche, il n’y a pas de conflit ni de plaintes. Il s’agit d’une attitude « passive agressive » qui a pour but de me faire échouer, comme ces joueurs de football qui font exprès de perdre des matchs pour se débarrasser de leur entraîneur. Je fais preuve de patience avec mes collègues et ne leur fais aucun reproche. Je me débrouille. Je trouve d’autres appuis et travaille avec les étudiants. La réussite de certaines actions avec les étudiants me valent alors une mise à mort à base de mensonges, de calomnies et de harcèlement.

Mes jours étaient comptés à partir de l’été 2020 puisque le doyen quittait la direction de la faculté. Il me convoqua pour m’annoncer qu’il jetait l’éponge et qu’il se recentrait sur d’autres activités moins énergivores et plus gratifiantes. Je ne saurai jamais les vraies raisons derrière sa décision de partir. Il me confia alors que le nouveau doyen changerait son équipe et choisirait d’autres vice-doyens. C’est un peu comme un remaniement ministériel.

Mes responsabilités au sein de la direction de la faculté m’occupaient trop l’esprit pour que je prête attention aux phénomènes d’envie et de commérage. Dès que je fus démis de mes fonctions de vice-doyen, ce fut un déchainement contre moi. Les gens pouvaient enfin me piétiner en toute tranquillité. J’étais lâché, apparemment, par la hiérarchie. J’avais perdu mon Mojo. Le nouveau doyen avait entendu parler de moi en bien et en mal, il me harcela en toute quiétude.

Ce n’est pas à cause de la jalousie que j’ai perdu mon emploi. Je raconterai mon exclusion une autre fois car c’est une affaire sans lien avec mon action, et sans lien avec les relations interpersonnelles. S’il n’y avait pas eu cet événement extérieur qui a causé le limogeage de plusieurs personnes, je n’aurais pas perdu mon emploi. En revanche, la jalousie a accompagné mes jours pendant cinq ans en Oman et je n’ai pas su m’en extirper. Elle n’existait pas avant et elle a disparu après.