Retour à Bir Hima

Je retournais sur ce site archéologique de première importance pour trois raisons :

  1. Je voulais prendre de meilleures photos des gravures que j’avais déjà vues l’année dernière mais que j’avais photographiées avec négligence.
  2. Pour cela il me fallait être sur place soit en début soit en fin de journée, pour que la lumière ne soit pas trop crue.
  3. J’espérais faire un entretien avec Mohammed, un bédouin excellent et photogénique. Son image et son témoignage me semblaient adaptés à des contenus intéressants pour divers types de publications.

C’est donc cinq heures du matin que la voiture m’attendait à l’hôtel de Najran pour que je puisse profiter de Bir Hima.

Mais il était déjà trop tard car, arrivé à sept heures sur les premiers sites de gravures néolithiques, le soleil tapait déjà fort et la lumière n’avait pas ce coté doré que j’avais recherché.

De plus Mohammed n’était pas disponible ce jour-là et il m’envoya son fils Adil à la place. Ce dernier, tout juste diplômé de l’université de Najran, commençait à peine à s’intéresser au site archéologique qui avait occupé une grande partie de l’attention de son père. Il ne savait pas déchiffrer les inscriptions en langues mortes qui parsemaient les rochers.

En revanche, en plus d’être sympathique et très adapté aux voyageurs européens, il grimpait les parois avec facilité et rendait mes tentatives d’escalade moins poussives. Sa gaieté, ses encouragements et ses compliments me firent faire des miracles. « À ton âge, disait-il, c’est sûrement très dur de monter si haut sans assistance. Allez, encore un effort, c’est pour descendre que ça ca être chaud ! »

Maisons en terre à Najran : promenade nocturne

Je voulais voir les maisons en terre au soleil couchant, mais le temps de me déplacer, la nuit était tombée d’un coup. J’ai dû me promener de nuit dans le village de Qabil et ce fut un enchantement.

Des chiens errants, dormant dans les champs et réveillés par mes pas, ont essayé de m’intimider. Mais dans le monde musulmans, les chiens se tiennent à carreau et ne s’aventurent pas trop près des êtres humains.

Ces maisons en terre ne sont pas toutes abandonnées. J’ai rencontré plusieurs propriétaires qui en étaient fiers et qui étaient prêts à investir de lourdes sommes pour les rénover.

Le ministre de la culture d’Arabie Saoudite a récemment déclaré que les maison vernaculaires devaient être considérées avec sérieux et que des subventions seraient débloquées pour un grand programme de rénovation.

Je me suis rapidement perdu et ne savais pas, au bout de deux heures de déambulation, comment retourner dans la ville moderne.

Je donnais rendez-vous à des véhicules près de telle ou telle mosquées mais toutes les voitures annulaient ces courses et me laissaient en plan. Comme si les chauffeurs avaient peur ou étaient incapables de venir me chercher.

Perdu pour perdu, j’ai quand même pris beaucoup de photos et me surprenais moi-même de la qualité des images que mon appareil pouvait réaliser en pleine nuit.

La technologie nous aide beaucoup dans nos efforts de rêverie et dans nos entreprises féeriques.

Comme je suis là en mission pour le ministère de la culture, je vais proposer au responsable des publications un « photo-essai » centré sur les maisons en terre et sur les chiens errants qui les gardent en bons cerbères bénévoles.

Les appels à la prière sont extrêmement doux à Najran. J’ai d’abord cru que c’était une spécificité de ce village enchanteur qui emprisonne ses visiteurs, dans le genre du pays des merveilles, mais l’ensemble de la ville de Najran fait résonner ses mêmes voix de muezzin, mélodieuses et somnolentes, comme des berceuses.

Je n’ai pas eu peur ce soir-là. Pourtant le sage précaire est un gros trouillard qui n’est jamais loin de pleurer dans les jupes de sa mère. J’étais seulement épuisé après trois heures de marche. Je voulais dormir. Peut-être manger un peu et dormir enfin.

Je raconterai un jour comment j’ai fini par m’en sortir, les souliers pleins de sables, de terre et de gravier.

Des études dauphinoises en pleine Bavière

Dans la bibliothèque que je fréquente assidûment à Munich, j’aime bien passer par la salle de lecture des périodiques. On y trouve quantité de revues universitaires consacrées à la philosophie, à l’art, aux musées, à l’actualité, à la politique, aux sciences sociales et aux sciences en général. C’est un lieu où l’on circule facilement d’un savoir à l’autre et qui donne sur les arbres d’un vieux parc, en bordure du fameux English Garden.

Mais aujourd’hui, j’ai poussé mes pas vers des rayonnages où je n’étais encore jamais allé. J’y ai découvert toute une série de petites revues, bulletins et almanachs consacrés à des régions du monde assez inattendues, et notamment un grand nombre de publications dédiées à des coins de France qui, à première vue, ne me semblaient pas d’un intérêt universel ni même stratégique.

Jusqu’au moment où je suis tombé sur une revue intitulée Mémoires estrablinoises. Là, forcément, mon attention a été retenue.

Estrablin, pour moi, ce n’est pas d’abord un objet d’étude historique. C’est un souvenir très concret : celui des matchs de football que mon équipe disputait contre le club d’Estrablin. Dans les années 1980, nous partions le samedi après-midi en voiture ; parfois mon père nous accompagnait. D’autres fois, c’étaient eux qui venaient jouer sur le terrain de Saint-Just-Chaleyssin. On leur mettait des dérouillées, je ne vous dis que cela.

En découvrant cette revue au cœur d’une grande bibliothèque bavaroise, je me suis pris à espérer trouver un équivalent consacré à mon propre village des « mémoires chaleyssinoises », en quelque sorte. Mais rien du tout. Il n’y en a que pour Estrablin chez nos amis Bavarois !

Alors, avec une joie impure, je me suis souvenu de ce 12–2 que nous leur avions infligé en 1980. J’avais marqué deux buts d’anthologie.

Départ de Ftiss

Fin de partie dans la ferme de Ftiss.

Nous avons bien travaillé et peu dormi pendant ce séjour. Nous avons été surpris par le froid et la pluie. Mais je préfère de loin me couvrir au mois d’avril que mourir de chaud en juillet.

Les beaux-parents ont besoin d’aide et grâce à Dieu, une voisine vient tous les jours faire du ménage et de la cuisine.

J’ai baptisé les quatre chiens qui gardent la ferme : Billy, Abrag, Malik et Amir. La voisine a alerté Hajer du fait qu’en m’amusant avec les chiens, je les laissais « me faire des baisers » ce qui est dégoûtant et exige un lavage scrupuleux.

Nous avons trait les brebis et produit un délicieux fromage frais.

Il est temps de partir et de passer une dernière nuit dans un hôtel de Tunis

Nos ancêtres de Ftiss : ruines et saints

Mes beaux-parents vivent dans une campagne qui fut une terre extrêmement riche de culture dans l’antiquité. Les ruines en témoignent abondamment.

Une simple promenade à pied à travers champs ou en voiture entres les nids de poule vous met en présence de vestiges vertigineux, que ce soit des objets nomades, des bâtiments romains ou des tombes de saints islamiques.

L’ancêtre d’Hajer, le vieux Nahdi qui avait accumulé de nombreux hectares de terre au XIXe siècle, était un saint.

Comment la sainteté se manifestait-elle ?, ai-je demandé à mon épouse.

Les paysans venaient chez lui pour se faire soigner. Il « lisait un peu de coran sur eux », et probablement leur donnait-il deux ou trois choses à grignoter.

Toi aussi tu es une sainte, lui répondis-je. Quand je vais mal, tu apposes les mains sur moi et tu récites du coran en marmonnant. Le résultat ne se fait jamais attendre : je vais mieux et j’ai toujours guéri.

29 mars 2026, le sage précaire a 54 ans. Un anniversaire en sourdine

Depuis des années je ne célèbre pas mon anniversaire et je suis même gêné qu’on le fasse pour moi.

Cette année nous avons fêté cela avec les braves paysans non francophones de Ftiss en Tunisie, et c’était très bien ainsi. Ils n’avaient pas l’habitude de ce genre de fête donc c’est resté à un niveau très élémentaire. Je ne me souviens même plus de ce que nous avons mangé ce jour-là.

En revanche, à Hajer qui tenait absolument à m’offrir quelque chose, je me souviens de que je lui ai demandé : une œuvre d’art confectionnée de ses propres mains.

Hajer fait parfois des collages, des peintures, des assemblages ou des installations qui me bouleversent. Il lui arrive de colorier des toiles de jute qu’elle a trouvées je ne sais où, des trucs industriels ou commerciaux, et elle en tire des miracles de finesse.

Je ne sais pas ce que j’adore le plus dans ce qu’Hajer crée : probablement le fait qu’elle ne se rend pas compte qu’elle crée.

Toutes ces « choses », ces « artefacts », elle les bricole sans penser à l’art ni à l’œuvre. Elle passe le temps, elle se laisse aller, elle suit un mouvement interne qui finit souvent par être génial.

Avec le recul, je crois que c’est un poulet rôti qu’on a acheté pour mon anniversaire. Avec une salade mechouia, c’était un délice bien suffisant et bien satisfaisant.

Le miracle tunisien

En ce jour anniversaire de la naissance du sage précaire, me voilà en Tunisie. Pays, disons-le sans détour, miraculeux pour qui aspire à cette forme particulière de sagesse qui ne tient qu’à peu de chose, parfois même à rien.

Car ici, il suffit que je pose les pieds pour devenir, aux yeux du monde, un homme bon.

Je n’exagère pas. Ma belle-famille me regarde avec une reconnaissance parfaitement imméritée. Je suis entouré, étreint, porté par une tendresse dont je ne saurais dire si elle m’est réellement destinée ou si elle procède d’un récit qui me dépasse. Je ne fais rien. Ou si peu. Je conduis une voiture de location, j’acquiesce, je souris, j’aide à peine aux tâches de la ferme, et pourtant les compliments pleuvent. Je serais quelqu’un de bien.

Je soupçonne fortement mon épouse d’être à l’origine de cette inflation de vertus. Il suffit parfois d’une parole bien placée, répétée avec conviction, pour édifier une réputation plus solide que n’importe quel acte.

L’autre jour, une jeune femme s’est jetée dans mes bras. Elle était sur le point de se marier. Elle m’appelle « Tonton Guillaume » avec une évidence désarmante. Je dois avouer que j’ai eu un instant de flottement. Son visage m’était vaguement familier, mais sans plus. Son futur mari, lui, est venu me voir avec une phrase qui m’a laissé songeur :

« Bonjour mon frère, j’ai bien entendu parler de toi. Tu es le tonton qui emmenait les enfants à la mer. »

À la mer ? J’ai fait ça moi ?

J’ai cherché dans ma mémoire. Quelques images diffuses, rien de très net. Et pourtant, il semblerait que cela ait existé. Que j’aie, à une époque, embarqué des enfants pour quelques heures de route, direction la mer. Une escapade. Pas seulement à la mer d’ailleurs, je me souviens maintenant être allé à Kairouan car ma belle-mère en rêvait, à Djerba pour mes propres recherches sur l’architecture ibadite, à Sidi Bou Saïd car une belle-sœur en rêvait…

Mais voilà : dix ans plus tard, ce type de geste est devenu une légende.

Je suis désormais cet oncle généreux qui offrait des vacances à des enfants déshérités.

Et moi, au milieu de tout cela, je reste perplexe, car je ne me souviens pas d’avoir été aussi bon.

C’est peut-être cela, entre autre chose, la précarité du sage : une réputation qui repose sur des actes minuscules, amplifiés par la mémoire des autres, embellis par le temps, et que l’on finit par habiter comme un vêtement un peu trop éclatant.

En Tunisie, il suffit d’un souvenir heureux pour devenir quelqu’un de bien.

C’est le miracle de Ftiss.

Débloqué : le sage précaire enfin dans de beaux draps en Europe

Tandis que les attaques iraniennes s’intensifient sur l’Arabie saoudite, j’ai pu quitter le territoire et m’envoler vers Paris, où j’ai attendu une journée entière avant de prendre un avion pour Munich.

Dans une librairie de l’aéroport Charles-de-Gaulle, j’ai quelques emplettes roboratives, telles que le Terre des hommes illustré dont j’ai parlé dans le billet précédent, les derniers ouvrages de Julian Barnes, de Jérôme Ferrari et de Gaspard Koening.

À Munich j’ai découvert une pratique qui m’a estomaqué : comme les vélos sont trop nombreux dans les résidences, les concierges leur mettent des pastilles rouges et annoncent à tous les habitants que dans quelques mois, les vélos qui ont toujours une pastilles rouges seront enlevés et mis au rebut.

J’ai fait moi-même l’essai : les bicyclettes sont non seulement abandonnées mais elles sont même détachées, leur antivol ayant été retiré pour faciliter la tâche du Hausmeister. Les bécanes sont purement et simplement offertes à la population. Servez-vous avant qu’elles partent à la casse. Et personne ne les vole.

Je n’ai jamais vu ça nulle part au monde.

Aujourd’hui, président Trump annonce avoir commencé de très bonnes conversations avec le régime iranien et fait espérer que le conflit pourrait entrer dans une phase de désescalade.

Si notre espoir de paix est suspendu à la parole de ce président, c’est que nous sommes dans de bien beaux draps. A propos de draps, pour ma part, je me réjouis d’avoir trouvé refuge auprès de ma blonde. Ils peuvent bien nous confiner ou nous bloquer autant qu’ils le veulent, maintenant, je suis sauvé.

Bloqué à Riyad le jour de l’Aïd

Je suis toujours à Riyad, en Arabie saoudite, et le vol prévu pour mon retour en Europe a été annulé. Je pense donc à mon avenir en cherchant concrètement ce que je peux faire pour partir d’ici et rejoindre ma femme à Munich.

Bloqué loin de chez moi par la guerre, je pense automatiquement à la nécessité pour la sagesse précaire de fuir le monde pour aller faire un jardin. Toute cette agitation dans les aéroports, ces incertitudes, me ramènent à une intuition que j’ai depuis longtemps. Cela fait déjà depuis 2008 ou 2009 que j’évoque sur ce blog l’idée d’un affrontement majeur entre les États-Unis et la Chine. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que nous sommes entrés dans une phase de conflit mondial qui ne dit pas encore son nom, mais qui se manifeste par différentes zones de tension.

Dans ce contexte, les tensions entre l’Iran, les pays du Golfe, Israël et les États-Unis s’inscrivent dans un mouvement plus large. Et parmi les conséquences possibles, il y a des questions très concrètes comme l’accès à l’eau. De plus en plus de médias évoquent des difficultés d’approvisionnement en eau potable.

Tout cela renforce chez moi une conviction personnelle : il faut se recentrer sur ses proches et sur un ancrage territorial concret. Depuis plus de dix ans, j’ai acheté un terrain à Aiguebonne, dans les Cévennes, avec cette idée en tête. C’est un lieu isolé, mais accessible, avec de l’eau grâce à une source. Ce n’est pas un lieu de repli au sens défensif ou survivaliste.

L’idée n’est pas de se cacher ni de se préparer à affronter des ennemis. L’idée est de créer un espace de vie simple et beau, un lieu où l’on peut accueillir la famille et les amis. Il ne faut pas se crisper sur ce que l’on possède ni se refermer sur soi-même. Il faut au contraire construire quelque chose qui s’ouvre amplement sur ses affinités électives, cultiver un terrain, faire un jardin.

Un jardin, ce n’est pas seulement pour produire. C’est un espace de jeu, un lieu de respiration, un endroit où peuvent se développer l’amitié, les échanges et une certaine forme de vie commune. C’est une manière de rester humain dans un contexte qui peut devenir de plus en plus tendu. Je nous vois d’ici lire des livres à l’ombre de mes arbres fruitiers, composer des salades et des airs de guitare, nous baigner dans le bassin de mon terrain pour nous rafraichir pendant la canicule.

Je pense à tout cela aujourd’hui, interdit de mouvement, le jour de l’Aïd 2026.

En ce jour d’Aïd, je souhaite une bonne fête à tous les musulmans de la Précarité du Sage, ainsi qu’à tous ceux qui ne sont pas musulmans.

Et pour les Lyonnais qui ont vu perdre l’OL hier contre un club espagnol qui ne le méritait pas, je dirais simplement : consolez-vous en cultivant votre jardin.

Sous un ciel incertain : chronique d’une promenade ordinaire devenue alerte aérienne

Hier soir, après le seul repas de ma journée en cette période de jeûne, je suis sorti prendre l’air pour faciliter la digestion. Une marche tranquille, avec un objectif simple : vérifier si le magasin de réparation de vélos était encore ouvert. Mon pneu crevé attend depuis plusieurs jours, et je nourrissais l’espoir d’enfin régler ce détail de mes transports.

La ville semblait calme. Puis une détonation a retenti dans le ciel. Un bruit sourd mais puissant, sans suite immédiate. Un grand boum, suspendu dans l’air, sans origine visible ni explication évidente. Autour de moi, les regards se sont levés. Mais il n’y avait ni cris, ni panique ; juste une attention collective.

Quelques instants plus tard, une lumière est apparue dans le ciel. Un point brillant en mouvement, que j’ai d’abord pris pour un feu d’artifice. Je me suis dit que c’était des jeunes qui fêtaient en avance la fin du Ramadan. Pourtant, quelque chose n’allait pas. Ce n’était ni festif, ni attendu. Les jeunes autour de moi semblaient inquiets, comme s’ils craignaient que cette chose éclate au-dessus de nous et fasse pleuvoir des débris. Leur nervosité m’a gagné. Par réflexe, je me suis légèrement mis à l’abri tout en continuant d’avancer. Pourquoi fêterait-on l’Aid alors que le Ramadan a encore un jour devant lui ?

La lumière a fini par s’éteindre. Puis, après quelques secondes de silence, une nouvelle détonation a résonné. C’est à ce moment-là que le doute s’est installé : feu d’artifice ? Drone ? Incident militaire ? Dans le contexte actuel, la question n’avait rien d’absurde.

Pourtant, la rue ne basculait pas dans la peur. Les gens regardaient le ciel, attendaient, observaient. Une tension diffuse, mais contenue. Comme si personne ne savait vraiment quoi penser ni quoi faire.

Puis quelques gouttes de pluie sont tombées. Un détail anodin mais suffisant pour me convaincre de rentrer. Tout en fin de compte conspirait à écourter cette promenade.

C’est en chemin que mon téléphone a retenti. Pas une notification ordinaire : une alarme gouvernementale, stridente, impossible à ignorer. Le message était clair : menace aérienne en cours, rester chez soi ou dans un lieu sûr, loin des portes et des fenêtres.

Heureusement, je n’étais pas loin de mon logement. Une fois à l’intérieur, j’ai fermé les portes des chambres donnant sur la rue et me suis installé dans le salon. Puis les alertes ont commencé à se succéder. Tantôt rassurantes, la menace est passée, tantôt alarmantes, restez à l’abri.

Ce va-et-vient d’informations fragmentaires laisse un étrange sentiment. Celui d’être au cœur d’un événement sans vraiment en comprendre les contours. L’information circule peu, ou mal. Je finis par m’endormir sans être vraiment inquiet.

Aujourd’hui, il ne me reste plus qu’à patienter. Attendre un vol retour vers Munich, prévu vendredi ou samedi, du moins, en théorie. Car lui aussi a déjà été reporté, modifié, incertain ; comme tout le reste.