En dessous de tout

Le luxe suprême, le temps, prendre son temps, appartient à ceux qui ont énormément et à ceux qui n’ont presque rien. Tout est dans ce « presque » : que faut-il donc posséder pour profiter pleinement de sa pauvreté ? A un certain niveau d’insécurité, on n’a plus la force d’être tranquille. Alors quelle est cette possession grâce à laquelle le sage n’a jamais peur du lendemain ? 

Il paraît qu’il s’agit d’une possession culturelle. Souvent, dans les bars, quand je me lance dans mes théories portatives, on me rétorque : « Ouais mais il faut avoir les moyens intellectuels pour ça. »

Peut-être. Il faut aussi avoir vécu dans un monde riche et en crise permanente (la France des années 70-80), avoir grandi dans un certain agencement, où l’argent, la bouffe, le travail, l’école, l’autorité, la culture, les sentiments, les rêves, les espoirs, les ouvertures d’avenir, les modèles d’adultes, l’ego, la maladie, se combinaient de façon à vous faire sentir combien vous apparteniez à la foule. Qu’en vous tenant en dessous de tout, vous aviez de bonnes chances d’échapper au stress de la vie moderne.

9 commentaires sur “En dessous de tout

  1. Le ministre de l’éducation français a dit qu’il n’admet fracture dans la culture..! Mais,nous avons information que la moitié des jeunes que entrent dans l’école ne réussent finir leur course basic.
    Il faut rappeller les gens qu’aujourd’hui avec l’advance des nouvelles technologie les interprise demandent seul employé spécialisé,car faire instruction dans l’interprises coût cher et aussi le temps qu’ils perdent.
    En effet,c’est vrai! les écoles devront être désormais directioner leurs enseignements plus directement au niveau de spécialisation et exigir chaque jour plus des étudiants.

    Tony do Brasil

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  2. Ma propre expérience de sage précaire me dit que, pour profiter de son temps libre sans stresser malgré l’incertitude du lendemain, il faut avoir de nombreuses cordes à son arc. S’il l’une casse, il faut en avoir une seconde, ainsi qu’une troisième au cas où la seconde casse aussi. Pour moi, trois cordes, c’est le bon nombre (après, on ne gère plus rien).

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  3. Assez amusant..!

    En France,quand quelqu’un parle de recyclage dans l’enseignement ou quelque autre fonction de la activité des gens,c’est comme vous parlâtes d’un monstre de sept tête! ah!ah!

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  4. Ah oui, je devrais sans doute creuser cette histoire de cordes à son arc. Je me demande combien j’en ai, moi-même, entre les vraies cordes solides et les cordelettes de fortune, pour les dépanages. C’est quoi les vôtre, Mart ?
    Tony, les Français sont-ils si inaptes au recyclage ? Je ne sais s’il faut vous croire, et si oui, s’il faut s’étonner ou non.

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  5. Mon père, rencontrant un vieil ami, lui rappelle qu’au temps de leurs études ils avaient fait le projet de ne rien posséder qu’on ne puisse pas porter sur soi, de vivre de leur travail chaque jour et de ne jamais préparer le lendemain. Le destin leur a apporté famille, maison, réussite professsionnelle et une quantité de gens qui comptent sur eux. Ils tombent d’accord pour dire qu’il n’y a aucune différence. Ils n’ont jamais été inquiets pour eux-mêmes, seulement pour ceux qui dépendaient d’eux. Et maintenant qu’ils ne peuvent plus rien pour ceux-là, ils sont libres comme au début.

    A mon avis, le luxe du précaire volontaire, c’est que personne ne dépend de lui, sauf lui-même. Et s’il arrive à se dégager de ce souci, il peut s’intituler sage. Mais pour y arriver, il faut s’écarter de toutes les occasions, que présente le destin, de se lier (en mon jeune temps, on disait « s’engager »). A quoi bon vivre alors ?

    Quleque chose de complètement différent. Siddharta (celui de Hermann Hesse) après avoir appris chez les ascètes, fait à la belle Kamala une grande tirade sur la puissance infinie du sage, qui peut faire souffrir les autres mais que rien n’atteint. Le capitaliste de la sagesse. Si mes lointains souvenirs valent encore quelque chose, il devra se débarasser de cela aussi pour accomplir son destin.

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  6. « A mon avis, le luxe du précaire volontaire, c’est que personne ne dépend de lui, sauf lui-même. … A quoi bon vivre alors ? »
    Cela m’a marqué, Ebolavir, cette question. A quoi bon vivre ? Je ne sais pas, mais est-ce qu’avoir dans sa vie quelqu’un qui dépende de soi permet de mieux y répondre ? Si oui, la question de la dépression nerveuse est définitivement réglée: il suffit de faire des enfants et de s’en occuper. Malheureusement, les Occidentaux continuent de craquer, et le pire est sans doute que les sages précaires qui ne servent à personne, eux, ne craquent pas.

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  7. Bonjour, j’aime bien cette question que tu poses, « que faut-il donc posséder pour profiter pleinement de sa pauvreté ?  » et je cherche toujours la réponse. Dans un autre de tes billets tu nous parles de « prière » ( précaire : précarius en latin et prière de la même racine ) un peu plus loin tu dis ne pas savoir prier et nous expliques ce qui se passe quand tu t’y essaie.
    Peut-être que lorsque nous sommes en situation de précarité- choisie, mais ça c’est encore un autre sujet- sommes nous en situation de prière avec nous- même. La précarité nous donne le temps de ces moments de solitude qui ne sont pas pauvres ou subis. Christian Bobin écrit dans « Souveraineté du vide Letttre d’or » /Se retirer. Se taire: l’avancée en solitude, loin de dessiner une clôture, ouvre la seule et durable et réelle voie d’accès aux autres, à cette altérité qui est en nous et qui est dans les autres (…)/ Peut-être est-ce cette disposition d’esprit et qui existe à l’état précaire qui nous amène à nous « posseder », à nous comprendre, qui nous donne envie d’apprendre des autres et de la vie. Une forme de richesse intérieure qui n’a certainement de sens que partagée, là par contre je n’ai pas envie de dire peut-être, donner du sens c’est bien, le faire exister réellement est son but premier. J’ai deux enfants qui vivent plutôt bien avec leur mère précaire et qui j’espère me le confirmeront plus tard (…), mais ça c’est un souci de mère tout court !
    Tout autant, il me vient à l’idée, chouette, que ton blog, ou ceux que je découvre avec ( mais doucement car c’est comme lire deux livres en même temps, j’ai du mal ) sont des petits moulins à prières que tu peux faire tourner et que les idées sont nomades d’ou leurs richesses. Je finirais bien sur un merci partagé.

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