Autonomie des banques centrales

Pour reprendre en plein jour les termes d’un débat qui s’enlisait dans les profondeurs d’un échange de commentaires, posons la question franchement : pourquoi faut-il que les banques centrales soient dépendantes du pouvoir politique ? C’est un débat qui n’existe qu’en Europe, je crois, car il n’y a que dans l’Union Européenne qu’une banque centrale profite de la merveilleuse cacophonie des différents gouvernements. Pendant que les Allemands veulent un euro fort et que les Français réclament une baisse des taux de change, les banquiers font ce qu’ils veulent.

Voici donc les deux principes qui s’opposent :

1- Une banque centrale doit obéir au pouvoir politique.

2- Une banque centrale autonome est affranchie des dérives démagogiques, ce qui favorise la stabilité de la monnaie.  Si l’Europe n’était pas « unie », nul doute que le franc serait très bas et que le Deutsch mark serait très fort. L’économie française se porterait-elle mieux ? De toute façon, ce qui est bon pour l’économie allemande est bon pour l’Union Européenne, donc c’est bon pour la France. Voilà un syllogisme européen pimpant qu’on entend peu à la radio. D’un autre côté, pour que le pouvoir politique européen pèse sur une décision, il faudrait que les différents gouvernements s’entendent, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Mais imaginons que tous exigent une baisse de l’euro, peut-on raisonnablement penser que la banque centrale résisterait à la pression ? La banque centrale européenne n’est donc pas tant arrogante, que soustraite aux désaccords et aux tensions politiques.

Maintenant, si l’on me demandait, mais toi, toi, qu’est-ce que tu préfèrerais ? Un euro faible ou un euro fort ? Où est ton intérêt ? Je dirais que mon intérêt est d’éviter les crises, davantage que la recherche de l’enrichissement. S’il y avait une politique monétaire qui était reconnue pour éviter les ridicules volte face économiques, les satanés cycles schumpeteriens, qui se surajoutent aux fluctuations existentielles déjà assez pénibles comme ça, je dirais : « voilà ce qui convient à l’établissement incertain et temporaire de la sagesse précaire. »

22 commentaires sur “Autonomie des banques centrales

  1. L’indépendance de la banque centrale n’a pas pour but principal de maintenir à un certain niveau la monnaie, mais d’empêcher les anticipations rationnelles des agents qui annihilent toute politique de relance. Comme expliqué dans le lien ci dessous : http://www.optimum-blog.net/post/2005/10/20/149-pourquoi-la-bce-est-independante-explique-aux-enfants
    Une banque centrale est sensée adapter, en concertation avec le pouvoir politique, le niveau de la monnaie en fonction des besoins de l’économie. En concertation, mais indépendamment. C’est ainsi que l’on a vu aux US des policymix réussis après concertation par exemple entre Greenspan et Clinton. En gros l’idée c’est : si je lâche la corde sur le budget, j’ai intérêt à être un peu sérieux sur la monnaie, ou inversement.
    Le problème de l’Europe c’est qu’il n’y a pas de pouvoir politique pour dialoguer avec la BCE, certes, mais surtout que toutes les économies n’ont pas besoin de la même politique monaitaire. On appelle ça un choc asymétrique. Une monnaie pour tous, mais des économies variées, ce peut être une mauvaise chose. Ceci-dit l’euro est tellement haut maintenant que cela est maintenant négatif pour tout le monde…

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  2. Bien pointé, Guillaume.En effet, l’indépendance de la banque centrale européenne tire l’essentiel de sa légitimité de l’absence de coordination politique au niveau européen. Si elle n’était pas indépendante, alors il y aurait une bataille féroce entre, par exemple, l’Italie et la France qui feraient du lobbying pour faire baisser l’euro, et l’Allemagne qui militerait pour un euro fort. L’Europe éclaterait sans doute très vite.
    Mais bien qu’elle constitue actuellement, et j’espère transitoirement, le moindre mal, cette indépendance n’en est pas moins fondamentalement absurde, car elle consiste à s’interdire à soi-même d’agir. Se priver volontairement d’une partie de sa propre liberté (en l’occurrence, agir sur sa politique monétaire) de peur d’en user mal ne peut constituer une solution satisfaisante, il n’y a pas besoin d’avoir fait des études d’économie poussées pour le comprendre.

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  3. Si on pose le problème en termes de pouvoir politique et volonté générale versus puissance de l’argent privé, évidemment, la soumission de banques centrales au politique paraît souhaitable. Mais c’est faux: le directeur de la BCE, Trichet, n’est ni de droit divin, ni désigné par le medef. C’est un représentant démocratique des gouvernement européens élus par les peuples souverains qui l’ont nommé pour une fonction précise.
    A partir de là, si on dit que sa fonction n’est pas démocratique, c’est soit parce qu’on pense que la démocratie représentative n’est pas une vraie démocratie, ce qui est sans doute vrai mais n’est pas pertinent, soit, plus vraisemblablement, parce qu’on veut faire porter le chapeau, par les infâmes bureaucrates de la Commission européenne, de tous les maux dont souffre le pauvre monde, en se dédouannant soi-même au passage de toute responsabilité. Ce qui est bien pratique si on est soi-meme chef d’un gouvernement élu par des abrutis qui gobent tout ce qu’on leur raconte.
    En réalité, l’indépendance de la BCE reflète une sorte de séparation des pouvoirs à l’échelle européenne, séparation du pouvoir monétaire des executifs. En France, un juge n’est pas élu non plus, mais nommé sur ses competences par un jury. Faut-il pour autant soumettre le pouvoir judiciaire à l’éxecutif? Surtout pas. Si on est libéral au sens de Montesquieu, on ne peut donc que s’accorder sur le principe de cette séparation. Si au contraire, on la refuse, c’est pour concentrer des pouvoirs , desinstitutionaliser un régulateur économique et le soumettre aux fluctuations des opinions publiques, et surtout de ceux qui les manipulent.
    Lorsque la télé française aura martelé pendant un moment que l’euro fort est une catastrophe pour nos entreprises, on pourra déprecier l’euro à fond, ce qui n’aura pas pour résultat de faire baisser le chômage, comme le montre Ofrancemi, mais facilitera la constitution de la prochaine bulle spéculative comme ça a été le cas aux Etats Unis. Au fait, la prochaine bulle, c’est quoi, déja? L’énergie. Alors quand on aura un euro faible pour importer du pétrole et, en plus, de la spéculation sur les énergies, alors là, les gars, on pourra dire qu’on a tout gagné.
    En même temps, hein, moi ce que j’en dis… je sais pas pourquoi, en ce moment, ça me stimule à fond, la finance.

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  4. C’est juste, Ben, mais n’est-ce pas un peu trop formel ? Trichet est certes le fruit d’un processus démocratique, mais ce processus est-il vivant ? Parfois, la démocratie se réduit à une série de choix pas défaut, où l’absence de décision tient lieu de décision, et l’inertie de direction. Et « le problème de l’Europe », pour citer à nouveau notre conseiller préféré, c’est bien ce manque de vigueur démocratique qui fait qu’il a fallu, par exemple, 20 ans de négociations pour décider que l’appellation « chocolat » ne peut être accordée si le produit ne contient pas au moins X% de cacao…
    S’il faut chaque fois 20 ans pour s’adapter aux évolutions de conjoncture mondiale, la réaction a beau être le fruit d’un processus démocratique, elle a peu de chance d’être adaptée. D’où l’importance, à terme, de passer pour la BCE d’une démocratie formelle a une démocratie vivante et efficace.
    En même temps, ce que j’en dis, moi aussi, hein…

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  5. Tout cela n’est pas formel du tout. J’entends aujourd’hui même sur France culture que les bourses plongent sous l’effet de la crise des « prêts hypothécaires à risque ». Devant le risque de recession des Etats-Unis, rien que ça, ce grand couillon de Greenspan ( le chef de la banque federale ) annonce comme un coeur qu’il y a 50 % de chances de s’en sortir, 50 % de chances de plonger. Ca, c’est de la prévision, on peut dire que le mec a bossé. En France, l’abruti de service, Attali, crie à Trichet: baisse tes taux, bon dieu, baisse tes taux! Je sens que Jean Claude va bientôt craquer, il va la baisser, sa culotte, mais pour l’instant, il rétorque, goguenard: « l’inflation, c’est comme le dentifrice, quand on l’a fait sortir du tube c’est difficile de le faire rerentrer. » Où est le formalisme? On voit bien que tous ces gens se sont mis à l’aise, à la bonne franquette. La finance, c’est cool.

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  6. Pour illustrer ce que tu lisais l’autre jour sur Hayek: http://www.lefigaro.fr/debats/2007/12/17/01005-20071217ARTFIG00605-etats-unis-le-point-de-vuede-philippe-dessertine-.php
    C’est la description exacte de la situation actuelle vue par le biais de la theorie monetariste, theorie qui sert aujourdhui de fondement aux politiques des banques centrales. (meme si l’action de Greenspan est pas mal responsable des problemes actuels)

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  7. Je me demande si la description proposée par Dessertine est vraiment exacte. Elle fait en effet l’impasse sur le rôle des organismes qui ont vendu du crédit « subprime » aux ménages américains, avec taux évolutifs et mensonge sur les conditions de remboursement. Il y a tout un débat, actuellement, aux Etats-Unis, pour savoir si un acheteur peut attaquer en justice celui qui lui a accordé le crédit, sachant qu’il a omis de lui mentionner clairement ce qui était écrit en tout petit dans le contrat. Or, si des crédits comme ceux-ci ont été souscrits, c’est bien parce qu’il existait une masse de liquidités et des taux faibles qui rendaient le crédit peu cher à celui qui l’achetait à une grande banque pour le revendre à un particulier (le courtier). En d’autres termes, c’est bien la politique de la Fed, plus que la croissance chinoise, qui est en cause. Si Dessertine n’en parle pas, s’il laisse entendre que ce sont les particuliers ( comme si c’étaient les ménages qui spéculaient ) qui en sont responsables, c’est bien pour dédouaner les vrais acteurs qui sont les courtiers en crédit immobilier et la Fed.
    Or, la Fed n’a pas du tout la même politique monétaire que la BCE, Greenspan ne cesse d’injecter du liquide depuis 2000, ce qui fait baisser le dollar, et favorise la spéculation. Le monétarisme est né du travail extraordinaire de Friedman aux mécanismes monétaires de la « grande dépression », avec Greenspan, visiblement, on en est loin. Les néo-liberaux actuels versent dans une dogmatique du profit à court terme qui est un abêtissement dramatique: on voit bien, par exemple, que Delessert réduit son analyse pour faire cadrer la crise actuelle avec son catéchisme ( surtout, ne pas dire de mal des marchands de crédit usuraire).
    Le seul vrai monétariste, ce n’est donc ni Greenspan, ni Dessertine, mais Trichet. On pourrait donc, d’une certaine maniere, jouer l’ultra-liberalisme à la Friedmann contre le néolibéralisme à la SarkozyGuaino, le monétarisme contre le démagogisme (travailler plus pour s’endetter plus). Et on peut peut-être ajouter que c’est un enjeu politique important. La critique anti-libérale risque de rester à côté de la plaque si elle ne sait pas se saisir des armes de l’adversaire, « épouser l’hégémonie néolibérale pour la faire basculer là où elle ne voulait pas aller », comme dit Feher ( sur vacarme.eu.org). Il y a là une nouvelle position politique pour des francs-tireurs, une sorte de guérilla idéologique. Ce qui est urgent, c’est donc de lire et d’étudier les grands pontes de l’ultra-libéralisme, Friedmann et Hayek.

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  8. justement, je trouvais que Dessertine s’attaquait au noeud du probleme en suivant le prisme de l’orthodoxie monetariste : la crise vient d’un exces de liquidites, entrainant l’inflation des biens sans correlation avec leur valeur intraseque. Les banques sont moralement et j’espere juridiquement responsable de ce qui s’est passe mais ce n’est pas le propos: l’important c’est qu’on voit bien toujours le meme fonctionnement avec chaque bulle. Exces de liquidite = desequilibre de l’ajustement par les prix.
    D’apres Hayek, le derniere etage de la crise est la propagation de cette inflation au produit « quotidien ». Cette derniere repercussion theorique a ete evite pour l’instant grace a l’importation de produits chinois: la richesse « virtuellement » cree a trouver un moyen de se depenser au lieu de faire augmenter les prix des « qques » produits locaux.

    Ce qui me semblait important aussi, c’est de bien montrer comment la Chine, pays totalitaire, tiens dans ses mains le devenir economique des etats unis. Personne n’envisage qu’elle ose vendre massivement du dollar et par la deprecie ses propres avoirs. Mais on n’avait pas vu venir Tian An Men non plus…. Aujourdhui le fonds souverain chinois a rachete 10% de Morgan Stanley. Ca commence a ressembler a Bloomberg TV ici 🙂

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  9. Après avoir beaucoup réfléchi, je me pose une question: comment se fait-il que les Chinois aient acheté des bons du trésor US pour placer leurs économies? Etant donnée la faiblesse du yuan, qui leur rend moins interessant l’achat du dollar qu’un autre investissement, et de plus, le fait qu’il n’ait cessé de baisser, quel interêt pouvaient-ils y trouver? Ils perdent du fric.
    Autre question: si je suis bien Dessertine, les Chinois acheteront des bons du Tresor et nous éviteront ainsi une crise mondiale tant qu’ils investiront les « fruits » de leur croissance dans les déficits US. Dans ce cas, une démocratisation de cette croissance, dans laquelle le Chinois profiterait de son travail , est l’hypothese la plus cauchemardesque pour nous autres. L’interêt international bien compris passe donc par le maintien, à Pékin, d’un totalitarisme abject mais économe, et l’inquiètude que Dessertine exprime sur ce point, est purement hypocrite. Il ne faut pas que la croissance chinoise se démocratise.

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  10. Le gouvernement va suivre ce qui lui semble être son intérêt économique, ça c’est certain, et le totalitarisme, je crois, ne change rien à la chose. On ne peut pas prédire ce que les Chinois vont faire, or le fait qu’il y ait une stabilité parmi les hommes au pouvoir devrait permettre une certaine lisibilité de l’avenir. Si ce n’est pas le cas, imaginez combien ce serait incertain dans une situation électorale.
    Enfin voilà, on a survécu jusqu’à ce jour de noël, ce n’est déjà pas si mal.
    Alors joyeuses fêtes à vous tous.

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  11. Va-t-on continuer à dire qu’il est normal que la BCE soit complètement indépendante et que Trichet tienne dans ses petites mains la politique financière de l’euro sans être soumis à aucun débat, aucune négociation, aucun contre-pouvoir ?
    Ce type possède aujourd’hui un pouvoir délirant. Il y a pourtant des arbitrages à faire entre lutte contre l’inflation – l’unique ambition de Trichet, qui justifierait si j’ai bien compris le maintient de taux d’intérêts élevés – et la lutte contre la récession économique en Europe – qui justifierait l’inverse, une baisse des taux comme vient de le faire la banque centrale américaine pour amortir la crise financière. Comment peut-on prétendre que de tels arbitrages doivent échapper à la sphère du débat et de la politique ?

    Ce matin sur France Culture, un économiste semble-t-il très intelligent (un certain Cohen) expliquait que l’attitude raide de Trichet relève bcp d’une réaction contre les pressions de Sarko : en refusant de baisser les taux, il dit à Sarko « ne vous mêlez pas de ma politique ! ». Plutôt consternant, non ?
    Conséquence immédiate: chute des marché financiers en zone euro.

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  12. C’est intéressant. Qu’en disent les chefs d’Etat européens, le conseil des ministres de l’économie ? Je trouverais curieux qu’il y ait unanimité parmi les dirigeants et que Trichet résiste si facilement à la pression. Ou même, disons une convergence de vue entre les leaders de la France et de l’Allemagne, à laquelle s’ajouteraient certainement quelques autres pays. Voilà qui lui serait un sacré contre-pouvoir.
    Si en revanche il n’y a pas de convergence, alors l’indépendance de la Banque centrale européenne est moins en jeu, car les dirigeants se neutraliseraient, ou pire, se livreraient à des batailles tordues pour avoir plus d’influence.
    Maintenant, le débat existe et il le faut. Et la chute des marchés financiers n’est pas pire, je crois, dans la zone euro qu’en Asie ou en Amérique.

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  13. D’après ce Cohen, l’indépendance de Trichet est protégée par la constitution, donc les ministres nationaux n’ont pas légitimité à l’obliger à faire quoi que ce soit, d’où raidissement des positions.
    Par ailleurs, jusqu’à maintenant, il y a encore des pays favorable à l’euro fort, comme l’Allemagne. Mais si – comme on peut le craindre – une bascule de la monnaie de référence s’opère dans le monde, du dollars vers l’euro (la Chine, l’Asie and co vont-il longtemps accepter de voir leurs réserves se déprécier avec le dollars, ou vont-elle finir par basculer vers l’euro ?), alors l’euro va continuer à monter (sauf si Trichet réagit en baissant les taux, ce que justement il ne veut pas faire pour éviter les risques d’inflation) et là, même l’Allemagne sera perdante. Sauf que même si l’Allemagne est d’accord pour faire baisser l’euro, Trichet sera toujours aussi libre de ne rien faire.
    C’est absurde, vous dis-je. Si on ne s’en rend pas plus compte, c’est parce que les gouvernements européens ne s’entendent pas et que l’indépendance de Trichet est une « solution » commode à cette mésentente. Mais c’est une solution temporaire et qui va nous retomber sur le nez le jour où il faudra agir et où on ne le pourra pas.

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  14. Le CAC vient de cloturer a +6% et des soupieres, Jo Wilfried Tsonga vient de faire un match proprement hallucinant de maitrise, de punch, de classe, de decontraction pour laminer Nadal qui n’avait jamais connu ca en Grand chelem! (6/2 6/3 6/2)
    Autrement dit c’est la fete, tout le monde est content, Trichet, Laporte (mais il va se taire ce con), moi-meme et tous les fans de tennis, sauf Lagardere qui se mord les doigts de ne pas avoir notre Mohammed Ali national dans son team de loosers, non vraiment c’est une super journee!!!

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  15. Le cac remonte, Tsonga gagne, Lagardere se mord les doigts: tout va bien. Cependant, pour revenir à cette histoire, je dirais que probleme est mal posé: la question n’est pas: faut-il mettre fin à l’indépendance de la BCE, mais : faut-il qu’elle baisse ses taux? Pour: la crise actuelle demande que les banques puissent emprunter pas cher pour renflouer leurs comptes troués par les les titres subprime ( et par leurs turpitudes personnelles, voir cet employé qui a réussi à faire perdre 5 milliards d’euros à la Société Générale, ça, c’est fort quand même, quand je pense à la tête de mon banquier quand il me parle de découvert…); pour relancer la croissance et éviter un resserrement du crédit qui pénaliserait l’économie réelle. Cela dit, permettre aux banques de se refaire, c’est bien gentil mais ça évite une mise à jour des pertes réelles et une « purge », comme disait notre ministre, des acteurs qui ont joué et qui refusent d’assumer les risques.
    On pourrait peut-etre se demander pourquoi les allemands tiennent tellement à conserver un euro fort et une BCE indépendante, alors qu’ils exportent plus que nous et que leurs banques aussi ont trinqué. Faut-il donc les soupçonner de masochisme? Je soupçonnerais plus facilement Sarkozy de réflechir à courte vue. Et on pourrait remarquer que la baisse des taux de la Fed a sans doute évité un krach, mais qu’elle n’évitera une baisse de la consommation US qu’en remettant une couche de sur-endettement dans les ménages; ou que, plus probablement, elle ne l’évitera pas, ce qui semble être le vrai problème. Plus généralement, cette espèce de keynesianisme mou ambiant commence à m’énerver.
    Sinon, moi, j’aime bien voir des photos de traders en train de pleurnicher devant leurs écrans. Ca change. En général, c’est toujours les pauvres qui pleurnichent.

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  16. « la question n’est pas: faut-il mettre fin à l’indépendance de la BCE, mais : faut-il qu’elle baisse ses taux? »
    Pas du tout : puisque c’est Trichet qui décide et qu’il fait ce qu’il veut, discuter de ce qu’il doit faire a autant d’intérêt que de se demander si M. Dutruc doit mette plus de sel dans ses pâtes ce soir. C’est une question idiote puisqu’il fait ce qu’il veut et se moque de l’avis des autres en général et du nôtre en particulier, tout comme Trichet, qui n’a de compte à rendre à personne puisqu’il échappe à la discussion démocratique.

    Sinon, pour info, les Allemands ont plus intérêt que les Français à avoir un euro fort car ils exportent des choses plus haut de gamme, où l’effet prix sur la demande est plus faible. Il restent donc gagnants grâce à l’effet de change. Mais l’effet prix finira par jouer pour eux aussi si l’euro continue de monter.

    Sinon, je trouve çà vraiment ennuyeux de parler d’économie. Avant, j’étais chercheur en économie et j’ai arrêté parce que ça m’ennuyait. Et voilà que je recommence à argumenter inutilement sur des pb sur lesquels je n’ai aucune prise. Ca me donne vraiment l’impression de réfléchir pour rien et de perdre mon temps, pas vous ?

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  17. Moi non. Pour des gens qui, comme moi, n’ont jamais été chercheurs en économie, c’est au contraire très amusant de parler économie. Surtout si, parmi les interlocuteurs, il y a des gens qui s’y connaissent un peu, sinon, en effet on s’emmerde. Je trouve cela d’autant plus amusant que l’économie n’a pas à être totalement indépendante de la philosophie. Comme le disait J.Généreux, les économistes néolibéraux actuels n’ont pas le droit de faire abstraction de la vision de l’homme que leurs idées économiques véhiculent : des individus en compétition les uns contre les autres, guidés par l’appât du gain et par rien d’autres, etc.
    Et dans ce cadre, il me semble que c’est l’idée même de croissance qui est repensée, car il paraît qu’elle n’est pas nécessairement le bien absolu. Mais on en reparlera dans un autre billet.

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  18. Ah non, ce n’est pas ennuyeux de parler d’économie. La beauté de la chose, c’est justement quand on n’a aucune prise dessus: ça devient alors enfin une science théorique, au sens où la théorie est d’abord une contemplation pure, un truc qui ne s’applique directement nulle part et qui pourtant est bien plus qu’un petit jeu intellectuel. Un peu comme les maths, mais en moins ésotérique. Il y a de très belles choses en maths, par exemple le théorème de Löwenheim Skolem, rien que son nom, moi, ça m’a fait délirer pendant un moment. Mais les cycles schumpeteriens, ou le monétarisme de Friedman, ça vous a aussi une séduction austère, puissante et longue en bouche, avec une pointe baroque qui pique au début mais qu’on oublie ensuite. Et on sent qu’on va pouvoir s’y plonger le bec un moment sans jamais voir le fond.
    Cela dit, ce n’est pas parce que les Présidents des Etats de l’Union Européenne assigneraient un mandat un peu moins monolythique à la BCE, avec par exemple une référence à la croissance, que vous ou moi aurions plus de prise sur la politique monétaire européenne. Et même si nous élisions le chef de la BCE au suffrage universel, à pat des variations chaotiques des taux, je ne vois pas trop ce que nous y gagnerions en termes de maîtrise.
    Et le roquefort, et le pinard, et les airbus, c’est pas des produits de luxe ? C’est pas assez « haut de gamme », le roquefort ? Il y a peut-être un bleu de brebis chinoises qui concurrence le roquefort sur le marché américain ? Celui qui veut absolument faire passer son bordeaux avec du roquefort à Phoenix, Arizona, au lieu de déguster d’excellents tacos du cru qui sont moins cher et de meilleure qualité, celui-là, je doute qu’il regarde très longtemps l’étiquette pour voir si ça a augmenté depuis la dernière fois ou s’il ne trouve pas du roquefort moins cher made in China.

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  19. Aujourd’hui, dans la plupart des pays développés et même dans PVD, les banques centrales, qui sont en charge de la politique monétaire, sont indépendantes des gouvernements ; c’est notamment le cas de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Réserve Fédérale américaine (FED), de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Or, il semble établi que la politique monétaire menée par A. Greenspan, lors de son dernier mandat de gouverneur de la FED, serait une des causes de la crise économique et financière dite des subprimes. En effet, en maintenant les taux directeurs à des niveaux assez bas, il aurait contribué à la formation d’une bulle immobilière et financière, puis aurait ensuite favorisé son éclatement par le resserrement des conditions de crédit à partir de 2006, justifié par le retour de tensions inflationnistes. Dans ces conditions, il est possible de douter de l’aptitude d’une banque centrale indépendante à mener une politique monétaire efficace limitant l’amplitude des cycles économiques.

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