Accélération du guerrier

Certains jours sont des accélérateurs existentiels. Alors qu’on stagne tranquillement dans son coin, sans ennuyer personne, notre vie repart à l’abordage en quelques heures.

Cette journée-là, j’eus le bonheur d’enfin m’entretenir intimement avec une femme de grande beauté, qui me faisait rêver depuis six mois. Elle me dit : « J’aimerais bien apprendre la philosophie avec toi. »

Tu veux dire « parler sagesse » ? Spiritualité ? Energie et tutti quanti ? Parler précarité, tout ça, désaffiliation, flottement de la vie ? Mais non, elle veut de la vraie philosophie, des concepts durs comme des pierres, et qui se déploient longuement, comme la mer.

Je dis banco. Jouer le Fontenelle moderne, voilà qui va réchauffer mon hiver enneigé. La pluralité des mondes, madame, c’est finalement ce qu’ont réinventé nos penseurs français postmodernes. Ah mais il est six heures, souffrez que je vous invite à manger un repas ouighour.

De retour à la maison, le message d’un professeur français, écrivain subtil de son état, me remet sur les rails d’un désir de thèse de doctorat, et me relance.

Des informations concordantes me font miroiter des aides à la recherche qui me permettraient de vivre trois ans en faisant ce qui, à mes yeux, constitue la plus belle des existences : voyager dans les bibliothèques du monde entier, lire, écrire, découvrir des textes magnifiques et les mettre en valeur, prendre des théories à bras le corps et les faire vibrer les unes dans les autres.

C’est alors qu’une journaliste d’un magazine chinois m’envoie un e-mail pour me demander un article dont je lui avais parlé un jour et que je croyais oublié.

Les projets s’entrechoquent et, tandis que mes amis profitent du nouvel an chinois pour aller au soleil, je fais le choix inverse, je fourbis mes armes sous la neige de Shanghai pour être prêt à frapper au moment opportun.

Faire avancer les projets en douce, comme s’ils étaient des machines de guerre. Parce que le sage précaire est un peu un guerrier, on ne le dit pas assez.

Un guerrier de quel type ? C’est une question dont je traiterai dans un autre billet, car il faudra convoquer les grands stratèges chinois et européens, ce ne sera pas une mince affaire.

22 commentaires sur “Accélération du guerrier

  1. Avant de voir ce que seraient la stratégie du sage précaire, ses stratagèmes et sa tactique, on pourrait s’interroger sur la signification de la métaphore du guerrier. Y aurait-il un Rambo qui sommeille au fond du sage ? Pourquoi parler de guerre alors qu’il s’agit en fait d’enseigner et d’aimer ? « La vraie guerre, c’est dangereux », comme disait Babar devant les ravages de la guerre des éléphants contre Rataxès le roi des méchants rhinocéros. En même temps, elle me plaît beaucoup, cette métaphore. J’aime bien imaginer le sage en franc-tireur ou en amazone. Mais je me méfie de mes goûts, je me souviens d’avoir également aimé Rambo III quand il était sorti, à l’époque.

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  2. Bonjour Guillaume
    J’aime beaucoup la force de frappe de dessous la neige.. Ravie pour vous, c’est l’année du Rat.. de biliothèque ?
    xīn nián kuàilè.
    新年快乐 (je ne sais ni lire, ni écrire…ce n’est que du copié collé…)

    « prendre des théories à bras le corps et les faire vibrer les unes dans les autres. »
    Peut-être les unes contre les autres aussi ?
    Comme une tectonique des plaques ?

    @ Ben
    « …je me méfie de mes goûts… »
    Etes-vous un vrai sage qui s’ignore ? quelqu’un qui a assez de liberté envers lui même pour dire « à l’époque » avoir aimé Rambo..Bonne année du Rat à vous aussi.

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  3. “…je me méfie de mes goûts…”
    Cette phrase ouvre de véritables gouffres.
    Si on se « méfie de mes goûts », alors de quoi ne faut-il pas se méfier ?
    et a contrario, à quoi peut-on se fier ?
    et alors qui peut-on croire ?
    bref, qu’est-ce qui nous reste quand on se méfie de ses goûts ?
    l’individualité de l’homme ne tient-elle pas tout entière, ou presque, dans ses goûts ?
    Existe-t-il un goût transcendant qui justifie qu’on puisse avoir « raison » ou « tord » en matière de goût ?
    Hein ?

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  4. @Mart

    Hein ?
    He bien !
    Merci de votre billet
    vous dîtes « de véritables gouffres » je cois quant à moi, que ce serait plutôt des fenêtres…
    je n’ai pas envie d’enfermement dans : avoir « raison » ou « tort » je pense, sans mettre en risque son individualité, que l’être humain peut modifier sa perception, ses approches, ses goûts. C’est ce que j’ai perçu dans « à l’époque »

    Joyeuse fin de semaine à vous.

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  5. hein ? hein ? hein ? mais qui es tu Mart pour te poser autant de questions hein ? BEN s’est mal exprimé c’est tout, il part du principe que l’on a pas le droit d’apprécier en même temps et Rimbaud et Rambo, que c’est une faute de goût indigne. Je pense qu’il a tort sur ce principe mais aussi que Rambo III est trés mauvais , le II est de loin le meilleur ! John Rimbaud et Arthur Rambo ? cela prouve
    1) qu’en tout poéte sommeille un warrior qui s’ignore (et vice et versa)
    2) que l’homme aux semelles de vent était peut-être un sage précaire avant l’heure.
    hein ?

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  6. Bien sûr qu’on peut et qu’on devrait même se méfier de ses propres goûts, ainsi que de ses opinions. Nos opinions sont peut-être fausses ou plus frequemment un peu bêtes. Les goûts, je crois que ça peut être complètement con aussi. Par exemple, à propos de tectonique des plaques, il y a ce qu’on appelle la tektoniK. Personnellement, je trouve ça naze, mais à l’âge des gens qui écoutent ça, je trouvais une grande profondeur, peut-être même quelque chose de rimbaldien, de romantique et de nihiliste, dans ce qu’on appelait à l’époque le « bad cave », aujourd’hui on parlerait de rock gothique. Rétrospectivement, je trouve ça un peu faible. Ce n’est pas tellement la faute de goût qui me gênerait. On ne peut pas reprocher à quelqu’un d’avoir des goûts de chiotte, même s’il accroche dans son salon, au-dessus du bahut ikea couvert de napperons, une horrible reproduction d’un impressioniste. Beaucoup de gens ont ce qu’on appelle des « goûts de chiotte », mais nos goûts sont toujours des goûts de chiotte pour quelqu’un d’autre. Il faudrait être vraiment naïf pour croire faire partie du petit monde des gens qui ont des goûts irréprochables… Et puis ce serait méprisable, de se moquer des gamins qui pleurent tellement ils trouvent ça beau en écoutant meugler une sorte de génisse sur Skyrock. Moi, je préfèrerais essayer de pleurer avec eux pour voir si j’y arrive.
    Non, ce qui me gênerait, ce serait plutôt cette sorte d’adhésion, de connivence, qu’on a vis-à-vis de soi-même quand on commence à parler de « mes goûts » comme s’ils étaient distincts de l’émotion qu’on ressent par rapport à un truc artistique, parce qu’ils deviennent alors l’expression de notre petite personnalité, et alors le truc artistique en question, ce n’est plus qu’une affirmation de l’ego. En d’autres termes, il n’y a plus d’experience esthetique authentique. D’ailleurs, y en eut-il jamais une seule? Mais passons.
    Il y a une phrase de Nimier, je crois, qui faisait partie de mes goûts, à une époque, dans laquelle on retrouve à la fois le thème du guerrier et celui du rapport à soi-même, et qui faisait dire par son héros à un chrétien satisfait de lui-même:  » Dieu, Saint Michel et moi, nous n’aimons guère les chrétiens de votre espèce. Nous pensons qu’il faut se faire la guerre, une guerre d’embuscades. »
    Nous avions même un copain qui voulait faire imprimer cette phrase sur son T-shirt, pour porter ça comme une sorte de bannière. Chacun ses goûts.

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  7. Je ne conteste ni la possibilité, ni la légitimité de la méfiance envers ses propres goûts : derrière ça, il y a l’idée que ce qu’on aime maintenant, on ne l’aimera plus demain. Soit. Mais je classerais quand même ces changements en deux catégories distinctes :
    – les changements dûs aux évolutions de la personnalité (entrent dans cette catégorie les changements liés au changement d’âge, le « à l’époque » de Ben),
    – les changements dûs à l’affinement de la personnalité : pour une raison X ou Y, je vois/comprends/sens ce que je ne voyais/comprenais/sentais pas avant.
    En dehors de ces deux perspectives, le doute envers ses propres goûts me semble une pure négation de soi.

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  8. Hier soir, j’ai fêté le nouvel an dans une boîte de jazz où jouait un copain. A un moment donné, un autre copain me demande si j’aime le jazz. J’ai failli répondre trop vite, mais je me suis retenu. J’en ai beaucoup écouté depuis l’adolescence, suis allé à des concerts et des festivals, ai acheté des disques, etc. J’aime le son, ai-je dit à mon ami, j’aime l’esprit qui s’en dégage, l’ambiance qui va avec, mais si je suis honnête avec moi-même, je ne peux pas dire que ça me fasse tellement vibrer.
    Surtout si j’imagine que sur la même scène, dans le même décor cosy et carmin, on mettait des musiciens de musique de la Renaissance. Là, ça prendrait une ampleur magnifique.
    J’ai passé vingt ans de ma vie à croire que j’aimais le jazz.
    Voilà, mais il m’a fallu longtemps pour accéder à mon goût puisqu’il implique des choses impossibles : une boîte de nuit mais qui bat son plein le jour, vers 16h30 17h00, quand le sage précaire a terminé sa journée de travail réel, où l’on mange et l’on boit accompagnés de superbes créatures, sur une musique de Josquin Després, où les victuailles coulent à flot… Ce sont les fêtes qu’il devait y avoir à la cour de Bourgogne. Et même encore celles de l’Europe baroque me conviennent bien mieux que celles de mon époque.
    Il y a des gens qui ont un goût sûr, pour se saper, pour offrir des cadeaux, pour décorer un appartement, un goût en plus parfaitement en phase avec leur époque. C’est une qualité que j’admire éperdument.

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  9. Le « goût sûr », le « bon goût », ça n’existe pas, ce sont des inventions des prétendues élites bourgeoises pour asseoir leur domination culturelle. Qui ne voit pas que errière tout ça, il y a en réalité une question de classe ? ce que tu admires, c’est l’assurance des gens qui sont « in » de naissance; toi, tu te sens un peu usurpateur, tu n’es pas sûr de tes goûts parce que tu n’es pas assuré de ta position sociale. ( c’est Bourdieu qui l’a dit )
    Pourquoi l’idée que ce que l’on aime aujourd’hui, on ne l’aimera plus demain, devrait-elle impliquer une méfiance vis-à-vis de nos goûts ? non, ce qui compte c’est la sincérité de l’émotion littéraire ou musicale… Si vous mettez le jazz dans vos « goûts » parce que ça fait bien dans votre milieu, par snobisme, en somme, vous conviendrez que c’est un triste usage de la musique, une insulte à la mémoire de Théolonius Monk et de tous ces jazzeux qui ont dû se mettre tellement de poudre dans les narines pour oublier le snobisme de leur public qu’ils ont fini par en mourir.
    Bonne année à tous les rats.

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  10. Je pourrais dire la même chose avec de nombreux peintres de la Renaissance, comme Titien ou Raphaël. On a tellement dit que c’étaient des génies que pendant des années j’ai essayé d’aimer leur peinture, qui à la vérité m’ennuie. Mais il me semble qu’il s’agit-là d’une problématique un peu différente : une tentative d’auto-éducation, d’auto-affinement de la personnalité, une tentative d’appropriation du goût des autres. C’est dans le résultat qu’on en revient à mon pb :

    Une personnalité hésitante mettra longtemps à se rendre compte que ce goût des autres ne lui correspond pas. Une personnalité plus ferme ira plus vite. Et ce qu’on appellera une personnalité molle ne s’en rendra jamais compte.

    Bien sûr, nous sommes tous à la fois hésitants, mous et fermes (pardons pour l’allusion virile involontaire), ça dépend du terrain, jazz, peinture, vêtements. Il y a des terrains sur lesquels on sait tout de suite où on est, où notre goût n’hésite jamais. D’autres où on a complètement abdiqué, où on dit « j’y connais rien ».

    Je dois dire que ces abdications m’agacent, qu’elles soient chez les autres ou chez moi. Et que les hésitations molles m’énervent également. C’est une simple question de goût personnel, mais j’ai du mal à respecter quelqu’un qui abdique trop souvent, qui ne cherche plus à savoir, qui s’accommode d’être mou et hésitant.

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  11. Mon post précédant répondait à Guillaume, mais Ben a posté plus vite que moi.
    Ben, vous limitez bcp trop le pb. Bien sûr, le snobisme est un obstacle à la connaissance de nos goûts, mais ce n’est qu’une toute petite partie du pb et les gens comme Bourdieu ou René Girard qui mettent la rivalité des ego au centre de tout me semblent passer à côté de l’essentiel.
    Le véritable pb, c’est la lecture de soi-même. C’est un art difficile qu’on a jamais fini de perfectionner.
    Seul dans la solitude de notre être intime, nous écoutons avec toute la disponibilité dont nous sommes capable un disque de Charlie Mingus et à la fin nous nous interrogeons sur ce qui s’est passé en nous. Tant qu’on est snob, Bourdieu a raison, on en sait rien. Mais une fois qu’on a dépassé ce pb, parfois on en sait toujours rien. On peut être dérouté par Mingus, au-delà de tous les snobisme. Et l’on peut ne pas savoir immédiatement comment lire ce déroutement. C’est cela l’hésitation du goût.

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  12. Tiens c’est marrant que l’on parle du jazz et du snobisme, car le premier truc que j’ai fait lorsque j’étais étudiant et que je me suis installé à Paris ça était de foncer dans une boite de Jazz ou d’assister à tous les concerts ou festivals possibles et imaginables de JAZZ qu’il pouvait y avoir dans la capitale à des prix raisonnables (le tout bien arrosé bien sur -un peu trop souvent d’ailleurs- et si possible en bonne compagnie. Que de rencontres, de joies, de musiques…) Moi je n’y connais rien au Jazz, je veux dire, je serai incapable de faire un commentaire comme les spécialistes sur tel ou tel enregistrement de Coltrane, Mingus, Getz de telle ou telle année chez tel ou tel label , mais le fait est que j’ai été bercé dans cette musique et que ça m’a toujours plu , je ne cherche pas à comprndre ou a me l’expliquer, c’est comme ça , et pas besoin d’écrire une thése ou de se prendre la tête davavntage, c’est comme ça , c’est comme çà .
    A l’époque où mes camarades écoutaient Gun’s Roses,Metallica ou Nirvana, je me berçai le soir dans mon petit lit avec Astrud Gilberto, Nina Simone et TSF (en pensant être un gros ringard, on dirait un geek aujourd’hui ce qui est sans doute vrai).
    Mes copains de banlieue me traitaient ou de snob ou ont reconnu par la suite qu’ils n’y comprennaient rien et que c’était dépassé, pire sans avenir ! A l’époque ça m’énervait ce genre de discours mais aujourd’hui que je suis revenu en banlieue aprés avoir un peu vadrouillé j’en suis venu à ce constat terrible : le jazz est train de mourir effectivement, il meurt au sein même de ce qui à fait sa gloire et sa renommée :Paris. Le parisianisme l’a achevé. Mis a part quelques lieux mythique qui résistent (facilement comptables sur les doigts de la main) , allez faire un saut a Saint Germain et voyez ce qu’il en reste, ce qu’on construit : des boutiques de luxe, de mode, de pret-à-porter, des librairies de grandes renommées ferment, des disquaires font faillites, des caves sont rachetées par des Mac Do et les restaus sont hors de prix…Pourquoi cette digression sur Paris et le Jazz dont tout le monde se fout, et bien tout simplement pour illustrer ce petit débat sur le probléme du goût (bon et mauvais), du snobisme et de la question de la lecture de soi-même quasiment imossible à effectuer sur Paris aujourd’hui. Pourquoi ? La boboisation de Paris (une sorte de néo snobisme pour nouveaux riches ) aura tué cet esprit gentiment libertaire et plus simplement de liberté que n’importe quelle oreille un tant soit peu attentive -faisant abstraction de tout esprit de classe ou de considérations socioculturelles débiles- retrouve dans n’importe quel air de jazz qu’il s’agisse d’un standard ou d’un morceau plus contemporain.Oui, le parisianisme (le snobsime propre a Paris) existe bel et bien : c’est une plaie, une maladie sournoise, un truc un peu comme la peste, un virus violent et incurable qui détruit tout sur son passage et s’en réjouit en plus, un abcés maléfique , une pustule petite bourgeoise immonde et gerbante, un véritable fléau qui gagne et gagnera sans doute d’autres grandes villes de province (Bordeaux, Toulouse, Lyon…) encore épargnées (dieu merci) si elles ne font pas attention . Je me demandai pourquoi Thomas Dutronc (apotre du jazz manouche) chantait « J’aime plus paris »), et bien je sais pourquoi maintenant et il a bien raison dans sa chanson. Je souhaite que le prochain maire de Paris (ou le même d’ailleurs si il est réelu)adopte une attitude guerrière accélérée justement pour remédier à ce terrible probléme qui vide la capitale de toute sa véritable substance oui, qu’il mêne une véritable « guerre d’embuscades » ou « guerre du goût » à ce terrible fléau. Sur ce bonne année du Rat ! (tiens mon frêre est rat…).

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  13. Bien d’accord sur Paris ! Je suis parti vivre en « province » il y a un an et demi, après 15 ans à Paris, et ça m’a réconcilié avec le genre humain. J’ai découvert qu’une humanité sans snobisme était possible en France, ce qui je ne croyais plus. Paris est une ville morte, sèche, méchante, asphyxiée, sale et incroyablement auto-satisfaite. Amen.

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  14. Merci de me rejoindre sur ce point Mart. J’avoue que de parler JAZZ a réveillé en moi de vieux souvenirs comme mon professeur de piano de quand j’avais quinze ans et sa photo dédicacée de EROL GARNER qui tronait au dessus de son piano qui me faisait tant réver à l’époque.Si un jour il lit ces lignes par hasard qu’il n’hésite pas à me recontacter. Mais c’est qui à la fin ce Josquin Des Prés pour être plus fort qu’un concert de jazz et dont on entend parler à longueur de blogs ? hein ?

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  15. Ah, Josquin Desprez… Il y avait aussi Guillaume Dufay et Ockeghem, c’était la grande polyphonie bourguignonne flamande de la fin du Moyen-Age. Moi, comme introduction, je suggererais la « dissection d’un homme armé », anonyme du 15e, par Las Huelgas, dirigé par Paul Van Nevel, Vivarte. Personnellement, j’aime beaucoup aussi le « Requiem des Rois de France » de Eustache du Cauroy ( Denis Raisin Dadre, Astrée) On peut accompagner ça de la lecture de l' »histoire de France » de Michelet, dans le chapître où il raconte la fin du dernier duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Il y a un écho bouleversant de tout cela dans la « vie des freres Bakroot », de Michon, dans ses « vies minuscules ». Il faut aussi boire force alcools, du blanc sec, de la bière, peut-être du genievre, pour plonger à fond dans cette expérience esthetique totale.
    Là, vous êtes disponible et ça vous pénètre à fond ( allusion sexuelle ayant pour but de rétablir la parité) Après, vous pourrez toujours vous demander si cela correspondait à vos goûts, essayer de récupèrer cette émotion pour la réarrimer à votre personnalité, reterritorialiser, aurait dit Deleuze, pour dissiper cette « hésitation du goût », ce « déroutement illisible »… Vous essayez de rationnaliser, de trouver une raison dans votre personnalité à ce choc, pour en faire un truc maîtrisable, mais ce sera aussi impropre que de se demander, pendant que vous couchez avec quelqu’un, si c’est vraiment le genre de personne qui vous plaît, d’habitude.
    Je voudrais pas avoir l’impression de radoter, en répètant toujours la même chose, mais c’est ce que disait Montaigne:  » Le corps et l’âme interrompent le droit qu’ils ont de l’usage du monde, y meslant l’opinion de science. Le determiner et le sçavoir, comme le donner, appartient à la régence et à la maistrise; à l’inferiorité, subjection et apprentissage appartient le jouyr, l’accepter. »

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  16. « Vous essayez de rationnaliser, de trouver une raison dans votre personnalité à ce choc, pour en faire un truc maîtrisable, mais ce sera aussi impropre que de se demander, pendant que vous couchez avec quelqu’un, si c’est vraiment le genre de personne qui vous plaît, d’habitude. »
    Vous me percez à jour, Ben, mais pourquoi serait-ce impropre ? Après tout, même entre deux coïts passionnés, il y a du temps pour penser, non ? C’est divertissant, aussi, de s’interroger.

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  17. COOOOOL tout çà , je vais me plonger dans ce Josquin des prés alors, (pardon pénétrer son oeuvre) si ça rétablit la parité alors…merci les gars.Ca me fait penser que je connais un truc espagnol du quartoziéme siécle (dirigé par Jordi Saval à l’époque ou il faisait parler de lui) qui vaut son pesant coital esthetique aussi, j’essaierai de trouver la référence et posterai une com au passage quand j’aurai retrouver le titre et le label.

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  18. C’est jouissif de vous lire! vous et vos commentateurs notamment le noyau dur et fidèle. J’ai aussi la joie de découvrir, exprimé avec clarté et élégance, des intuitions, des bribes de réflexion, des interrogations que je nourris dans mes cogitations solitaires et que je n’arrive pas à partager. Je ne trouve pas où ni avec qui les exprimer dans la vie qui est la mienne. La nostalgie de ne pas avoir étudié les Lettres françaises n’en est que plus lancinante. Mon rêve était de les aborder après mes études de Médecine…. la vie en a décidé autrement.
    Merci pour ce partage.

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  19. A Nariem: je vous dis que c’est un tres beau mariage, la litterature et la medecine. Ex: Flaubert, Victor Segalen, puis Starobinsky qui faisait la medecine et dont la critique sur Rousseau a fait autorite, puis encore Lu Xun de la Chine. Il y a tjrs la possibilite pr faire ce qu’on veut, tant qu’on vit sur ce monde cest jamais trop tard.Quand je suivais les cours de litterature a Perpignan, il y avait deux messieurs retraites qui commencaient a partir de Licence 1 en lettres et ils ont projet de continuer et faire une these.Cette vie de retraite m’a bien impressionnee.

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  20. Ce « bon guillaume » a vraiment de tres bonnes idees qu´ìl devrait develloper dans des pays d´’amerique du sud ou les alliances francaises ou autres instituts francais ont besoin d intellect de cet acabit pour mieux se perfectionner . Je ne parle pas meme pas des colleges et lycees francais de france , ce qui est un autre probleme. A l heure ou les subventions pour la culture sont en france legion (ne soyons pas hypocrites, ce nest pas la culture la priorite de notre gouvernement) il est bon de savoir qu il existe des auteurs de ce style pour avancer. Hasta luego y vaya con dios.
    Francesco

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