Les grands hommes dans les déserts de brume

glasgow.1221164380.JPG photo picasaweb.google.com

Imaginez une colonne de trente mètres de haut, et une silhouette grisâtre, tout en haut, qui se penche sur nous sans faire un geste. On ne distingue pas son visage. On ne sait pas pourquoi il est là-haut. On imagine que c’est une forme d’hommage.

Dans le bus qui m’amenait au centre ville, j’ai revu cette colonne qui ne m’avait jamais frappé comme aujourd’hui. Au départ, je ne me souvenais pas de qui il était question. Je pensais que c’était un général, je ne sais quel Nelson, dont les Anglais sont fous, ou n’importe lequel de ces héros militaires qui me paraissent beaucoup plus présents dans les villes et la culture britanniques que dans tout le reste de l’Europe (il n’y a qu’à voir les rayons de librairies et de bibliothèques consacrés aux biographies militaires, aux histoires de batailles et de guerres.)

Curieuse tradition de mettre les grands hommes sur des colonnes grecques gigantesques. L’homme en question a toujours l’air mélancolique, il nous regarde, les passants, il ne nous écrase pas de sa puissance. Au contraire, il semble nous envier.

Les oiseaux chient dessus, et il faut se représenter le brouillard industriel qui couvrait les villes britanniques au XIXe siècle. A cette époque, les colonnes devaient se perdre dans le ciel, dans une douleur toute romantique. Solitude des génies.

Alors, puisque sur un blog on peut dire n’importe quoi, que rien n’y est pris au sérieux et surtout qu’on n’y lit jamais avec attention, je proposerai cette interprétation qui, à moi aussi, paraît farfelue : ces hommes célèbres sont en fait des sybarites, ces moines chrétiens des premiers siècles de notre ère, qui vivaient sur des colonnes, dans le désert. Les Anglais leur ont donné une dimension mystique plutôt que d’en rester au strict niveau des statues commémoratives. De même que les villes se donnent des ruines, comme je l’ai dit ici, elles se donnent des déserts, des solitudes effroyables, des hauteurs antiques et/ou superstitieuses.

Alors qui est cet homme, plus haut que tous les autres, plus haut que les plus hautes cathédrale de la ville ? Nous sommes en Ecosse, ce n’est donc pas un militaire, mais Walter Scott, évidemment ! 

7 commentaires sur “Les grands hommes dans les déserts de brume

  1. voila un lapsus qui en dit long… des sybarites, ces mystiques jeunant pendant des decennies au milieu du desert, frappes par la foudre, le soleil, le froid, se nourissant des vers qui pullulaient sur leurs plaies ? Et pourquoi pas des epicuriens, tant qu’ on y est ? Ou des stylistes !!!

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  2. Plus que des stylites, ce sont des anachorètes. Le stylite n’est lui-même qu’une sous-espèce spectaculaire mais peu représentative et, à mon avis, sur-estimée, de l’anachorète. Anachorète : qui refuse le chorète, c’est clair. Mais je me suis toujours ( enfin, disons parfois ) demandé ce qu’est, en vrai, un sybarite, et d’où lui vient sa réputation infâmante.

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