Quand l’Irlande du nord attire l’attention des maîtres du monde

La Maison blanche prend la chose au sérieux. L’actuelle vice-présidente et un ancien président des Etats-Unis ont personnellement appelé des personnalités britanniques ces derniers jours, pour parler de l’Irlande du nord. C’est assez dire combien ce qui s’y passe reste au centre de l’attention de la diplomatie anglo-américaine. Si les Français ne s’y intéressent pas, cela ne signifie pas qu’il ne faut pas rappeler les enjeux de ce petit pays qui était hier en guerre civile et où la paix est encore assez précaire.

Bush revient aux affairesHier, George W. Bush a téléphoné au chef du parti conservateur anglais David Cameron, pour lui demander de faire pression sur le parti unioniste (protestant) UUP afin qu’il ne rejette pas le vote dit de « devolution des pouvoirs ». Le leader de ce parti nord-irlandais, Sir Reg Empey, avait déjà eu une conversation de quinze minutes avec Hillary Clinton! Le journal The Guardian révèle, dans son édition datée du 09 Mars, que les Américains, tous partis confondus, ont pensé qu’une conversation « d’un conservateur avec un conservateur » serait la meilleure option, et c’est ainsi que George Bush est sorti de sa réserve, lui qui, si l’on en croit la presse britannique, a pris part de manière active au processus de paix en Irlande du nord lorsqu’il était aux affaires.

La pomme de discorde est donc cette « dévolution des pouvoirs ». Il s’agit de transférer de Londres à Belfast des pouvoirs importants concernant la police et la justice. Si la communauté catholique, majoritairement nationaliste ou républicaine (c’est-à-dire en faveur d’une réunification de l’Irlande), accueille ce transfert de pouvoir comme allant dans le bon sens, une partie des protestants « unionistes » (attachés au Royaume-Uni) le voit d’un très mauvais oeil.

Home Rule il y a un siècle, partage du pouvoir aujourd’hui

Pour certains protestants, il est intolérable de laisser d’anciens terroristes arriver à la tête des forces de l’ordre dans la province. De même, la justice ne peut être donnée de manière impartiale, selon eux, par des républicains qui ont passé une bonne partie de leur vie à mener des actions illégales. Ces tensions nous renvoient au début du XXe siècle, à l’époque où Londres promettait une forme d’autonomie pour l’Irlande (Home Rule), autonomie que des hommes politiques protestants avaient déjà combattue, comme des fresques murales le rappellent, dans le quartier du Village.

Pourtant, sur quatre partis principaux qui composent la coalition au pouvoir, trois sont assurés de voter pour la dévolution des pouvoirs, et l’Irish Times fait état de sondages qui lui sont très favorables dans la population nord-irlandaise. Il n’y a donc aucun danger réel de voir cette nouvelle disposition rejetée.

Alors pourquoi les Anglais et les Américains mettent-ils une telle pression sur le seul parti unioniste qui voulait voter contre la résolution ? Pourquoi le premier ministre Martin Mc Guinness (Sinn Fein) condamne-t-il si durement cette attitude alors qu’il est assuré d’obtenir le vote qu’il souhaite ?

Risques de radicalisations ?

Il n’y a pas qu’une réponse à cette question. Ce qui paraît clair en tout état de cause, c’est que les officiels ont peur que des partis prennent le chemin de la division à des fins électoralistes. Le parti récalcitrant, Ulster Unionist Party était autrefois le parti leader du camp « protestant », et était vu comme modéré, à la différence du DUP qui, très virulent et à la limite de l’extrêmisme quand il était sous la poigne du révérend Iain Pasley, a fini par intégrer le gouvernement. Si le DUP a emprunté un chemin de recentrage pour gagner la place de parti dirigeant, l’UUP menace de faire le chemin inverse, vers une radicalisation qui pourrait s’avérer dangereuse pour une paix qui est mise à l’épreuve de la crise sociale et économique.

La classe moyenne a beau avoir l’air d’être tranquille et confiante dans l’avenir, l’inquiétude des grands de ce monde, et l’attention qu’ils portent à ce petit territoire, laissent penser que de véritables risques ne sont pas à exclure, à quelques mois des élections générales où des discours de clivage peuvent réapparaître.

Un commentaire sur “Quand l’Irlande du nord attire l’attention des maîtres du monde

  1. Ceci est la « Chronique d’abonné » que j’ai écrite pour le site du monde.fr le 09 mars dernier. Je la mets en ligne aujourd’hui en la datant du jour où elle a été écrite. Elle est parue quelques jours plus tard, après approbation des modérateurs.
    Je copie aussi les deux commentaires qui ont été posté par deux autres abonnés du monde.fr.

    Pierre Ranger : « Tu as raison Guillaume, même si je pense que les risques d’un retour en arrière sont faibles. Les bases électoralistes du Sinn Féin et du DUP sont à la fois celles du clivage religieux et identitaire, mais aussi celles du Good Friday agreement. En conséquence, les références aux divisions communautaires ne peuvent pas réellement disparaitre mais un retour à une situation pré-98 est difficile à envisager. Bien sur, l’épisode Robinson nous a montré combien l’équilibre restait précaire. »

    Joseph Rzemien : « Il y aura toujours des insensés pour semer la haine… Pourquoi ? Probablement, dans la mesquinerie de leur coeur,croient-ils,à leur propre profit , car eux seuls sont dans le vrai, méritant et la confiance et la place la plus haute sur le podium pour diriger un peuple irlandais. Faut-il leur rappeler que le peuple des gens simples, les premiers à vivre dans leur chair les dommages « collatéraux » et sanglants ou mortels, demandent surtout la paix des hommes justes,catholiques ou protestants. »

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