Le contrat d’éditeur

Intéressé par cette collection de récits de voyage ethnologiques, j’ai écrit aux directeurs pour leur proposer ma propre contribution, que je pensais axer sur l’Irlande du nord. J’avais en tête un récit sur des gens aussi fascinants que les Orangistes, ou le groupement que l’on appelle ici les « Ulster Scots », qui sont des sortes d’Ecossais de l’Ulster, revendiquant une langue et une culture à part.

J’imaginais pouvoir faire le portrait de cette province mal connue qu’est l’Irlande du nord en traçant le contour d’une de ses communautés.

Or, les éditeurs en question m’ont répondu en se montrant intéressés, non pas tant par les nord-Irlandais en eux-mêmes, mais par un bref paragraphe que j’ai intercalé dans mon courriel, au dernier moment, avant de l’envoyer. Parmi les habitants d’Irlande du nord, il fallait aussi parler des Travellers, ces nomades indigènes que l’on retrouve sur toute l’île et qui forment le peuple le plus secret de l’histoire des îles britanniques.

On les appelle « Travellers », mais ils sont connus aussi sous le nom de « Tinkers ». Cela vient de l’anglais « tin », qui signifie l’étain, car traditionnellement, ils travaillaient notamment comme rétameur (mais ils ont toujours fait de nombreux boulots, étant comme tous les nomades, allergiques aux spécialisations réductrices). Puis le mot « Tinker » est devenu péjoratif, alors on a trouvé autre chose. Eux-mêmes s’appellent, dans leur langue, des « Minceir » (prononcer Minkair). Langue qui est un mystère presque aussi épais que l’origine historique de ce peuple. 

Les éditeurs parisiens ont eu le coup d’oeil : ils se sont dit qu’il y avait là un angle d’attaque sans pareil pour aborder l’Irlande. Un peuple nomade, ayant sa propre langue, son propre folklore, inspirant un racisme pire que celui que connaissent les Tsiganes. Cela ne manquait pas de piquant.

Nous nous sommes mis d’accord pour nous voir à Paris, afin de parler de tout cela autour d’un verre. Moi, en attendant, je leur enverrais une vingtaine de pages pour qu’ils jaugent ma façon d’écrire et le potentiel d’un tel sujet.

A Paris, la chose fut entendue assez vite et nous avons décidé de nous lancer dans cette petite aventure. Nous nous mîmes d’accord sur une échéance, un tarif, un contrat. C’est ainsi qu’au mois d’avril ou mai 2011, j’ai signé mon premier contrat d’éditeur. Après avoir publié de nombreux textes courts, des essais ou des nouvelles, des articles universitaires, je passais à la dimension du livre.

L’ironie se cache dans le fait qu’après avoir écrit plusieurs manuscrits refusés par le monde de l’édition, celui que je plaçais enfin n’était pas encore écrit.

4 commentaires sur “Le contrat d’éditeur

  1. « Après avoir publié de nombreux textes courts, des essais ou des nouvelles, des articles universitaires, je passais à la dimension du livre. »

    Ok,et les blogs aussi mais c’est plus particulier…A+

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  2. They are actually known as both Gypsies and most commonly as Pikies in most of mainland Great Britain. Tinkers is a word only used in Ireland, as far as I know – Pikies will mean more to a lot of people in England, Scotland and Wales.

    Think Brad Pitt in the film, Snatch:

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  3. Cette question terminologique est assez sensible, car techniquement « Gypsies » désigne en fait les nomades Rom installés en Grande Bretagne il y a des siècles, commes les Gitans l’ont fait en Espagne, les Manouches en France, les Sinti en Allemagne, etc. En Irlande, les « Travellers » tracent une ligne très nette entre nomades indigènes à l’île (eux-mêmes, les « Irish Travellers ») et les Gypsies, qu’il appellent aussi Romani. Parmi les chercheurs en science sociale, cette distinction fait encore débat, mais j’entre davantage dans le détail dans mon livre.

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