Les derniers jours du Ramadan

Il y a, dans les derniers jours du Ramadan, une fatigue particulière. Elle n’est pas brutale, elle s’installe lentement, comme une marée qui monte. On la connaît, on l’a déjà vécue, mais elle surprend toujours un peu lorsqu’elle s’impose.

Pendant presque tout le mois, j’avais trouvé mon rythme d’exercices physiques pour me maintenir en forme. Une centaine de pompes, une centaine d’abdominaux, des assouplissements, et cette heure de vélo quotidienne pour aller travailler et rentrer. Un équilibre simple. J’en étais satisfait, non pas comme d’une performance, mais comme d’une discipline tenue.

Or, depuis deux jours, quelque chose a cédé.

Hier, je n’ai pas fait de sport. À la place, j’ai marché jusqu’au travail. Une ou deux heures de marche, plus lentes, plus diffuses, comme si le corps cherchait une autre manière de continuer sans rompre totalement avec l’effort. Aujourd’hui, c’est encore différent : je n’ai rien fait. À l’heure où j’écris, pas une seule pompe. Une hésitation persiste : me forcer un peu, maintenir le fil, ou accepter cette pause et aller simplement faire quelques courses pour préparer un plat chaleureux pour ce soir et demain, peut-être un plat tunisien qu’Hajer m’a enseigné.

Je pense en particulier à un délicieux ragoût de viande d’agneau mijotée dans une sauce tomate avec des petits pois et des cœur d’artichauts. J’y ajouterai probablement des carottes et des pommes de terre. C’est le fameux Jilbenna (جلْبانة).

Mais au fond, le fait le plus marquant n’est pas là. C’est la fatigue.

Une fatigue dense et agréable. Hier, elle m’a rattrapé d’une manière inhabituelle : assis à mon bureau, en train de relire et corriger un article sur la politique des musées destiné à la presse arabe, je me suis endormi. Littéralement endormi, devant l’ordinateur. Cela ne m’arrive jamais.

C’est peut-être cela, la vérité des derniers jours du Ramadan : un ralentissement imposé, une forme de dépouillement. Le corps lâche un peu, l’énergie se retire, et il reste une autre forme d’abandon que l’on peut toujours espérer voir interprétée comme une chose spirituelle.

D’habitude, c’est à ce moment-là que je cesse d’écrire sur ce blog. Aujourd’hui, j’écris justement pour traverser cette fatigue, pour en laisser une trace. Comme un témoignage modeste : celui d’un corps qui tient tout le mois, puis qui, à la fin, demande simplement à être reposé.

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