La précarité du sage

Cadrage d’un jardin de Suzhou

Vous allez me prendre pour un fou, mais moi, je suis tellement de gauche que je suis contre la sécurité de l’emploi.
De plus en plus de gens sont ainsi. Ils votent à gauche, mais vous leur proposez un contrat à durée indéterminée et ils prennent leurs jambes à leur cou.
Pourquoi les enseignants dépriment-ils, en France ? Ce n’est pas à cause des élèves. Les élèves sont vos enfants, les leurs, les miens : au fond ce sont d’ordinaires gamins qui, sans être des lumières, ne sont pas excessivement méchants. Pourquoi les enseignants dépriment, pourquoi les policiers démissionnent, pourquoi les facteurs font des burn-out, pourquoi les cheminots battent la campagne ? Parce qu’ils sentent que leur vie est enfermée dans des limites insupportables. Cette sécurité d’emploi les étouffe, les tue à petit feu.
Les fonctionnaires rêvent d’aventure. Ils se voient en Chine avec moi, en Afrique, dans la jungle et les déserts. Ils se rêvent écrivains, poètes, cinéastes, comédiens, chefs d’entreprise, avocats, footballeurs, et ne sont pas prêts à tout envoyer balader pour réaliser leurs rêves.
Leur contrat, leur statut les empêchent de percevoir le service public comme une aventure. Ils sont gagnés peu à peu par la fiction perfide qui, comme le diable leur susurre à l’oreille qu’ils ne sont pas dans la vraie vie.
Ils pensent à leur famille, aux points retraite, aux crédits bancaires, à leur maison. Puis ils repensent à leur enfance et ils se suicident. C’est ainsi.


Le sage, au contraire, est précaire. Le sage peut et va mourir d’un instant à l’autre, il n’a comme maison qu’une cabane qu’il reconstruit après chaque vent violent, avec ses copains, comme le poète chinois Du Fu.
Comme on ne donne rien au sage, il invente des stratégies pour obtenir des plages de silence, de tranquillité, qu’il ne doit à personne. Imagine-t-on Confucius compter les jours avant les vacances ?
Quand le sage entre dans une salle de classe pour enseigner ce qu’est un axe de symétrie, il les regarde d’un œil sans amour, mais sans jugement.
Et quand un grand mollasson fait preuve d’arrogance, le sage lui murmure en le fixant du regard  : « Quand vas-tu te décider à être parfait ? »

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