L’enfance des nations et l’amitié entre les peuples

Il faut arrêter de parler d’amitié entre les peuples. C’est énervant. Personne ne se déteste autant que les peuples. Quand ils ne se détestent pas, ils se méprisent. Quand ils ne se méprisent pas, ils s’ignorent.

Ou alors il faut voir la guerre comme l’expression d’une franche et virile camaraderie. Les invasions comme des libérations, les colonisations comme des apports de civilisation. Sarkozy, Hu Jintao, pensent et disent des choses comme cela, et donc, ils parlent d’amitié entre les peuples.

Cela amène mes étudiants à me dire que les Français étaient censés être leurs amis, et qu’alors il est impensable que des drapeaux hostiles à la Chine aient pu figurer sur Notre-Dame de Paris. Quand je leur ai répondu que l’amitié n’existait qu’entre des individus, pas entre des peuples, une étudiante a eu un sanglot. Sa voix trembla quand elle me dit : « Mais nous, ici, qu’est-ce que nous faisons ? » Elle me montrait la salle, les autres camarades, elle était effondrée. Pour elle l’amitié entre les Français et les Chinois était solide, était réelle, tangible. A la pause, elle a pleuré, en se cachant comme elle a pu. Les autres étudiants l’ont couverte en riant très fort.

On ne s’imagine pas combien les Chinois sont touchés par les manfestations pro-tibétaines. Parfois, quand j’entends des gens, pourtant très éduqués et mûrs, la cinquantaine passée, j’ai l’impression d’avoir affaire à des enfants. Des enfants qui n’avaient connu que l’amour inconditionnel de leurs parents et qui doivent sortir frayer avec des inconnus, des étrangers qui n’ont pas le même regard sur eux que leur mère.

Même un enfant qui n’est pas aimé dans sa famille, malmené, moqué et exploité par les siens, il est habitué à sa famille, il la supporte, il y a un certain confort dans l’enfer familial. Cet enfant-là, plus qu’un autre, aura du mal à accepter la diversité des jugements à son égard. Il sera plus fragile et plus sensible aux violences de la vie en communauté, à la crèche, à l’école, au travail.

Ce que ressentent les Chinois en ce moment, c’est une sorte de détresse, c’est la raison pour laquelle ils ne peuvent plus débattre, en ce moment, discuter, mais se plaindre seulement, geindre, et défendre bec et ongles ce qu’ils voient comme leur mère, la patrie, et même le régime s’il le faut.

On voit les Américains comme des enfants et les Chinois comme de vieux sages, mais c’est oublier que les peuples régressent et progressent. La vie des peuples, bizarrement, ne vieillit pas dans une seule direction.

26 commentaires sur “L’enfance des nations et l’amitié entre les peuples

  1. Je kiffe trop grave ce blog !!!! suis en philo en T es à Villepinte, ce qui manque ici c’est plus des images qu’autre chose ! Vous avez une photo de vous ? on peut vus écrire perso pour des disserts, des compos etc.. ? a+

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  2. Merci Sabrina. Je ne montre des photos de moi qu’aux femmes qui me donnent des photos d’elles. Et encore. Pour les dissert, je préconise que tu les postes en commentaire sur ce blog. On ne sait jamais, des commentateurs et moi-même serons peut-être disposés à te proposer des problématiques et des plans. Une aide précaire, quoi. Cela pourrait être amusant (je veux dire, comment on kifferait grave! la race de sa grand-mère qu’on kifferait trop.)

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  3. Ce qui me frappe ici, c’est combien il est nouveau pour eux d’être en contact avec les autres, d’être sous le regard des autres et de leur jugement. Ils avaient l’habitude que leur médias construise une image idyllique d’eux-mêmes, de leur développement, etc. Depuis les événements aux Tibet, mi-mars, la réaction du régime est de tirer à boulets rouge sur les médias étrangers et de traquer tous les mensonges ou les contre vérités, ainsi que les images négatives émises sur la Chine, pour resserrer les rangs. Résultats, un assez grand choc émotif et une paranoïa diffuse. Des réactions de colère parmi les gens, qui montrent l’affollement devant l’impuissance à contrôler ce que les autres disent sur soi.
    La distance avec l’image qu’ils avaient d’eux est d’autant plus grande qu’ils pensent n’avoir jamais fait de mal à quiconque. Ils ont réussi, jusqu’à présent, à écrire l’histoire sans remettre en cause cet extraordinaire préalable.

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  4. Il est de notoriété publique que les français aiment à développer :
    – des démonstrations par a + b,
    – la recherche et la mise au jour de notre vérité, que l’on conçoit comme une et indivisible,
    Tes étudiants semblent beaucoup tenir à une vision plus angélique, plus fraternelle des relations entre la Chine et le Monde. Je me demande si, en expliquant que l’on est aussi capable de recul vis-à-vis de notre obsessionnelle recherche de « La vérité », on ne les aide pas aussi à mieux appréhender et discuter de ce genre d’idées…

    Sinon, je ne suis pas tout à fait d’accord avec ton idée d’amitiés qui se limiterait à l’échelon de l’individu, cela me semble être une approche plus française que chinoise de la société moderne. Certes on ne niera pas que la Chine qui est un pays très dur avec ses habitants ; sans protection sociale, presque sans retraites, sans syndicats etc… peut provoquer des attitudes individualistes; mais c’est aussi un pays ou les gens vivent en groupe, au sein de communautés, un paternalisme fort, des étudiants, des employés de bureau, travaillent, s’amusent et vivent ensemble, le jour, le soir, le week-end. Des gens qui ne s’imaginent pas vivre isolés, sans la présence bruyante et rassurante de « l’autre ». Je conçois que de parler d’individus isolés, dans des amitiés mano a mano puisse les heurter quelque peu..

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  5. Je suis d’accord avec Damien sur le mode de vie à tendance grégaire des Chinois, mais ce n’est pas cette idée d’amitié individuelle qui a fait craquer mon étudiante. C’est la peur et la déception devant la froideur du réel. Je ne sais pas si tu expérimentes la même chose, mais moi j’ai vu un sentiment de peur, chez les Chinois, la semaine dernière, comme s’ils n’étaient plus protégés. « Maintenant que les étrangers se mettent à penser et à agir en dehors de ce que veut le Parti, c’est la porte ouverte à toutes les catastrophes. » Leurs arguments devienent alors irrationnels, la même personne peut dire dans la même conversation que la liberté de parole est acquise en Chine et que la liberté de parole serait néfaste si elle existait.
    En revanche, je ne sais pas ce qu’est « notre vérité ». Je ne vois rien, aucune idée ni aucune valeur, qui soit spécifiquement nôtre.
    Et prendre du recul face à la recherche de la vérité, c’est ce que la propagande chinoise fait constamment, et je ne vois pas en quoi cela ferait avancer les choses. Au contraire, ma stratégie est d’expliciter avec douceur, respect et convivialité, que la recherche de la vérité exige l’indépendance vis-à-vis des pouvoirs (que ce soit au tribunal pour un litige entre personnes, à l’université pour la recherche scientifique et historique, dans les médias pour être informés, dans les instances internationales pour les litiges entre pays.)

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  6. Samantha, ce n’est pas que je suis mignon. C’est que je suis si mignon que je n’ose même pas mettre des photos de moi.
    Maintenant, je dois dire que c’est un événement que d’avoir des Samantha et des Sabrina qui s’adressent à moi sur ce blog. Jusqu’où cela va-t-il aller ? Y aura-t-il aussi des Loretta, des Laetitia, des Santa Barbara ?

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  7. Oui, j’aurais pu écrire « la vérité » plutôt que « notre vérité » et en effet ce n’est pas toujours facile de discuter avec des chinois en ce moment. Beaucoup de gens sur la défensive, et on n’a pas fini de se battre contre le sempiternel « votre culture et notre culture sont différentes, on ne peut pas se comprendre ! »

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  8. Juste un truc : je vais revenir sur une histoire d’handicapé qui semble transcender toutes ces notions de « vérités »/ »notre vérités », et peut paradoxalement peut-etre apaiser les tensions. Savez vous que l’une des seules image que l’on retrouve et en Chine et en France et qui n’a été censurée par aucun média , et qui fait le tour du monde c’est bien celle de cette jeune handicapée chinoise qui porte la flamme en traversant , bravant les manifestants, (« jusqu’à la mort », ce sont ses propre termes) sur son fauteuil roulant ? Je trouve que la , c’est quelque chose contre lequel on ne peut rien dire, rien contredire , rien discuter, c’est a la fois beau , tragique, émouvant , mais on peut s’interroger aussi.Au pire, on passe pour un salaud qui n’aime pas les handicapés et on peut s’insurger contre la récupération (peut-être) par les médias (chinois surtout j’ai l’impression) de ce genre d’images a des fins purement mercantiles voire idéologiques…au mieux et dans le meilleur des cas (en tout cas c’est ma situation actuelle), on est admiratif du courage de cette femme qui porte l’idéal olympique par dela toute forme de handicap et de souffrances physiques, et n’est d’aucun parti, a part celui de jeux et de la Chine comme gentil pays d’accueil. Je suis surement un gros naif et un gros benet mais j’avoue que quelque part pour moi ca marche.En tout les cas ces j.o auront montré un festival d’images chocs toutes aussi surprenantes, interessantes et inédites à analyser les unes que les autres.Des images qui resteront. La Chine joue gros en effet et tout va se jouer dans la façon dont elle va se servir et utiliser les différentes images médiatiques qui vont nous parvenir jusqu’à la fin des J.O. Il y’aura un avant et aprés Pékin 2008. Quand a « l’affaire  » Mélenchon, je me demandai depuis quelques jours pourquoi il en voulait autant aux tibétains et aux chinois en même temsp et pourquoi il les mettait dans le même sac. Dans une émission télé samedi soir il a résumé l’affaire en disant que pour lui défendre un pays dirigé par des monastiques et des religieux (le Tibet) était en parfaite contradiction avec sa morale de « bouffeur de curé » et « d’anti clérical » intégre et que pour lui qui défendait la loi de 1905 de séparation de l’église et de l’état, avait fait des manifs en France pour défendre ça ,il ne voyait pas pourquoi il irait dans la rue pour soi disant protéger un pays qui ignorerait complétement cett loi, voire la méprise. C’est un point de vue polémique mais interessant non ?

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  9. Les Chinois seraient donc comme des tous jeunes ados qui se rendent à leur première surprise partie et qui découvrent, horrifiés, que les plus jolies filles ne jettent pas sur eux un regard aussi amoureux que leur maman ?

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  10. Yes it’s a greaaaaaaaaat blooooooooooooog, i kiiiiiiiiiiiiiiiiffe a donf too and i’m going to wriiiiiiiiiite (hips) a song for you (re-hips),but before i’m going to smoke a bedo with my collegue John L in the sky with diamond.Have a good day.Summmmmertiiiiime…

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  11. C’est un post très intéressant. La comparaison avec la famille est très pertinente à mon avis. Et, d’un point de vue psychanalytique, elle est presque vraie… Le rapport qu’un peuple, ou un grand nombre d’individus, ont avec leur patrie, fait partie des « névroses collectives ». En Chine, dès l’enfance, dès la maternelle, l’image de la « patrie » est sur-investie, comme une figure maternelle ou fusionnelle. C’est pour ça que c’est souvent très dur de comprendre le nationalisme, le patriotisme… quand on ne les ressent pas soi-même : ce sont des réactions affectives quasi-névrotiques, et inconciliables avec la raison. Et c’est pour ça qu’ils peuvent mener à des excès épouvantables, et c’est pour ça que le nationalisme est la fange de l’humanité, ce qu’il y a de pire en nous, parce que c’est tout proche de la folie, c’est la projection des relations parentales ou communautaires sur un « pays » (c’est-à-dire une abstraction)… Et tout ce qui s’oppose à cet sentiment est ressenti comme une agression violente.

    Bon, je fais de la psychanalyse sauvage. Mais c’était juste pour dire que je trouve la métaphore très juste.
    Dans les pays occidentaux, on n’investit plus rien, affectivement, dans la « patrie », dans le « peuple »…
    Mais c’est tout aussi dur à comprendre pour les chinois, c’est comme d’abandonner sa mère au bord de l’autoroute.

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  12. La Chine a appelé la France à bien considérer l’expression raisonnable et légale des opinions du peuple chinois sur les produits français, souhaitant qu’elle puisse écouter attentivement les points de vue des Chinois.

    “Certains Chinois ont exprimé leurs propres opinions et sentiments récemment. Tous ces propos ne sont point accidentels, la partie française doit les considérer et y réfléchir”, a noté Jiang Yu, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères lors d’un point de presse.

    Des consommateurs chinois ont lancé un appel par SMS et sur Internet à boycotter des produits et entreprises français, en particulier le géant de la vente au détail Carrefour, ce dernier étant accusé de soutenir financièrement le dalaï lama et ses activités sécessionnistes.

    “Je crois que le peuple chinois exprimera ses appels raisonnables selon les lois et les réglementations”, a dit Jiang.

    Quant aux relations sino-françaises, Jiang a souligné que des efforts des deux parties étaient nécessaires pour être amis. Mais la Chine ne peut pas accepter que la France assure qu’elle apprécie les relations bilatérales d’une part, tout en faisant parfois des choses “incompréhensibles et inacceptables” pour les Chinois, a-t-elle ajouté.

    Elle a également appelé la France à “prendre une position objective et impartiale sur les récents événements”, à respecter les faits, ainsi qu’à “faire une distinction claire entre le vrai et le faux” afin de comprendre et de soutenir la position et les mesures correctes prises par le gouvernement chinois, comme la majorité de pays dans le monde.

    Jiang a souligné que la Chine attachait une grande importance au partenariat stratégique coopératif avec la France.

    “Nous espérons que tous les milieux en France pourront entretenir les relations amicales par leurs actions réelles, et créer une condition favorable pour développer davantage ces relations”, a-t-elle conclu.

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  13. C’est touchant, l’image de cette étudiante qui se met à pleurer. Moi, je ne pourrais jamais supporter de décevoir quelqu’un qui croit en « l’amitié des peuples », particulierement en l’amitié entre la Chine et la France. J’aurais même du mal à affirmer que c’est, au mieux, une illusion, et, au pire, un reliquat de propagande coloniale. Pourtant, c’est peut-être vrai.
    Ce que tu dis me rappelle un bouquin de Kundera, ce doit être « L’insoutenable légèreté de l’ëtre », dans lequel le narrateur assiste à l’invasion de la Tchecoslovaquie par les soviètiques, en 68 ; tandisque les chars défilent, un officier russe explique : « ne comprenez-vous pas que si nous sommes là, c’est que nous vous aimons ! Nous vous aimons ! »

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  14. Tiens c’est marrant, je pensai a Kundera tout’à l’heure juste a propos de soixante huit on ne parle que de ça et de la Chine en France, et surtout je me faisais une comparaison perso quand je vois Cohn Bendit serrer la louche a Sarko tout sourire si finalement on est pas retombé dans un état (avec le néo-libéralisme, le retour de berlu, le régne de SD pas proche de l’ohio mais presque semblable aux pays de l’est des années cinquante soixante, comme d’habitude j’exagére, mais c’est à « la plaisanterie » auquel je pensai,trés bon roman que je vais m’empresser de relire d’ailleurs.

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  15. je voudrais rassurer Samantha et Sabrina, Guillaume est un garçon tout à fait mignon. J’ai des photos …Son filleul républicain ne dira pas le contraire. a ses yeux son parrain est un homme formidable. Message perso il était très inquiet pour toi guillaume.

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