Courir dans les marécages

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En continuant une de ces promenades-jogging dont j’ai le secret, je me suis retrouvé, en lisière d’autoroute, sur un terrain marécageux que je répugne à nommer « terrain vague ». Il n’est pas vague, mais plutôt réservé. Ce sont des marais qui sont censés laisser libre cours aux activités récréatives et reproductrices de tout un tas d’espèces d’insectes, de canards et d’oiseaux. Pour leur ficher la paix, on a enfermé les joueurs de hurling et de football gaelique.

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La ville a appelé ces marais les Bog Meadows, je le dis pour ceux qui voudraient un peu de nature, en lisière d’autoroute, lors d’un séjour de travail dans la bonne ville de Belfast. Imaginez que vous veniez pour un congrès, en lisière d’autoroute…

Sur les photos que j’ai prises, on ne voit pas d’oiseaux intéressants, mais j’en ai vu de nombreux lors d’autres promenades-jogging où je n’avais d’appareil photo.

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Moi, tout espace de nature à l’intérieur d’un ensemble urbain me fait profondément vibrer. Je me reconnais dans ces lieux incultes, sauvages et peuplés.

Au loin, je vois un homme avec des chiens, un homme que j’imagine être un chasseur. Quand il me croise, il me salue, à l’irlandaise, en me disant que c’est un matin bien frisquet. Je le complimente sur ces chiens, trois superbes lévriers.

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 Ils n’ont pas encore l’âge de courir mais ils sont prêts, et c’est avec eux que cet homme gagne sa vie. Il est éleveur de chiens de course et me dit qu’en France aussi, il y a des courses de lévriers. Je veux bien le croire. Il me demande ce que je fais dans le coin, je lui dis que je venais du cimetière. « -Quel cimetière ? -Mais celui-là, derrière. -Ah, mais il faut que vous alliez au cimetière Milltown, là-bas. -Ah? -Oui, c’est le cimetière des républicains! »

Il m’apprend que les grévistes de la faim de 1981 sont enterrés dans ce deuxième cimetière que je ne connais pas. Il m’explique comment y aller depuis les marécages où nous sommes.

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« -Mais alors, ce cimetière-là, c’est pour les protestants ? -Oui, c’est ça. Enfin, maintenant ils y enterrent aussi des catholiques… » Il me sourit avec une dent de devant qui manque, un peu gêné, mais il reprend : « On ne devrait pas vous parler de ces divisions, mais c’est comme ça et puis c’est tout (it’s the way it is and that’s it.) » Il m’indique le chemin à suivre. C’est drôle, ce marécage aménage un chemin de connexion, peut-être involontaire, entre les deux cimetières.

On se présente et on se serre la main avant de se séparer. Il a un nom irlandais qui se pronnonce « conne » ; moi je lui donne mon prénom irlandais. « Ah, j’ai un frère qui s’appelle aussi Liam », dit-il. Comme quoi.

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Il me dit que je risque de prendre une averse si je ne me dépêche pas. Mais c’est le propre des promenades-jogging : on peut aller très vite, très soudainement; on peut fulgurer dans les petits chemins boueux, commes les voitures qui nous frôlent sans nous voir, depuis leur autoroute bien tracée.

7 commentaires sur “Courir dans les marécages

  1. Liam, c’est mail en riorim.

    « aphérèse, quelle beau mot: à faire aise. Effectivement, ça va plus vite, plus à l’aise. On attend moins le bus que l’autobus, le pitaine est déjà plus familier, Liam presque l’ami que seul le Caire peut apostropher en pépère. Lut! Soir!

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