Afrique, Chine, Iran – Errements diplomatiques

 cyrus_ii_le_grand_et_les_hebreux-fouquet.1254163872.jpgFouquet: Cyrus II libère les Hébreux

La politique étrangère de Sarkozy a connu, paraît-il, des succès. Je ne sais pas, c’est bien possible, mais ce qui me frappe, pour ma part, c’est la continuité dans l’erreur. Afrique, Chine, Iran, la France se décridibilise avec acharnement.

AFRIQUE – Le discours de Dakar, prononcé en 2007, est maintenant une archive historique et il suffit de le réécouter, même en partie, pour en être choqué. Venir en Afrique noire pour dire aux gens que « l’homme noir » n’est pas assez « entré dans l’histoire » et que c’est là « son drame », est injustifiable et témoigne, de la part de la personne qui a écrit ce discours, de ce qu’on appelle la connerie dans les bar-tabac des villes de province. L’ensemble du discours prête à rire et aura des conséquences néfastes sur notre rapport à l’Afrique pour longtemps encore. Plutôt que de se tasser, les effets vont apparaître avec le temps car le racisme y est relativement bien dissimulé derrière des citations de Senghor. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce discours est maintenant un document qui fait date dans les études postcoloniales, et l’université le prend et l’analyse comme un symptôme particulièrement parlant et radical, presque pathologique, du néocolonialisme.

CHINE – Après l’Afrique, voilà que notre président se ramasse avec les Chinois. Il parvient à se mettre à dos l’ensemble de la blogosphère chinoise, et pas seulement le gouvernement. Ses gesticulations autour des jeux olympiques n’ont donc servi strictement à rien, je crois que c’est aujourd’hui admis. Aucun dossier bilatéral n’a avancé depuis l’élection de Sarkozy. Rien de positif n’est apparu ; au contraire, on en est encore à tenter de réchauffer les relations diplomatiques pour que les Chinois reviennent à la position normale qui est la sienne, et qui consiste à signer des contrats avec la France autant qu’avec d’autres pays européens. En contrepartie d’un délabrement des relations Franco-chinoise, rien n’a bougé au niveau des droits de l’homme, des prisonniers politiques. Bref, échec total vis-à-vis d’un pays qui était pourtant bien disposé à notre égard, et qui devient, à la faveur de la crise actuelle, un acteur fondamental de la géopolitique.

IRAN – Sarkozy a sur le dossier iranien une position plus dure encore que celle des Américains. Il ne prend prend pas en compte le changement d’approche d’Obama ; il est encore sous Bush et se croit dans son bon droit en se lançant dans un bras de fer avec Téhéran. On croit rêver! A ce niveau, ce n’est plus de l’incompétence, cela ressemble à de la bêtise. Va-t-on se mettre à dos tous les pays émergents ? Je ne veux même pas entrer dans le détail de l’affaire, je veux seulement critiquer l’attitude formelle. Au niveau des formes, le président de la France ne peut pas venir dans des pays étranger et prendre de haut des gouvernements étrangers, c’est juste quelque chose qui ne se fait pas.

Et surtout, la France se décridibilise quand elle exige que l’Iran rentre dans le rang « en cessant immédiatement ces activités destabilisantes et en répondant sans délai aux demandes de la communauté internationale » (lemonde.fr avec AFP, 28 sept. 09), sans pouvoir ni vouloir passer à l’acte pour faire respecter sa demande. On appelle cela des gesticulations à contre-temps, et ça ne peut que réjouir le gouvernement de l’Iran qui voit là une démonstration inespérée de l’idée que les Occidentaux leur refusent l’indépendance.

Ce qui me choque dans ces trois dossiers, c’est l’inculture qui semble présider à tous ces mouvements. Quand Sarkozy pense Iran, à quoi pense-t-il ? Pays pauvre, musulman, anti-occidental, il pense peut-être turban, barbe blanche ? Mais quand on pense Iran, il faut d’abord penser Perse, civilisation ancestrale, culture raffinée, profondeur historique. Nous devons aller à Téhéran avec la grandeur de la Perse à l’esprit et Hérodote dans les valises. Il ne faut jamais oublier qu’à l’époque d’Hérodote, par exemple, l’Asie centrale et toute l’Egypte était sous la domination de la Perse, et que les Iraniens n’oublient pas leur grandeur passée. Nous ne pouvons avoir de bonnes relations avec l’Iran si nous ne connaissons rien de son histoire. C’est aussi important que de savoir ce qu’est devenue la sociologie du pays, sa classe moyenne, le rôle des femmes, les mouvements démographiques. Or, Sarkozy se contrefiche de tout cela.

Plus généralement, je crois qu’il faut en finir avec les effets de manche diplomatiques. Les rapports entre pays ne sont pas une affaire de décisions brutales et de rodomontades, elles sont faites d’un long travail de connaissance mutuelle, d’échanges, de frictions, de négociations, sur un temps long et patient. Avec le temps, je me désolidarise des manifestations pro-tibétaines qui ont eu lieu à Paris en mars 2008, et que j’ai un peu soutenues à une époque. Non seulement elles ne feront jamais rien avancer sur le terrain et elles blessent les Chinois , mais surtout elles enracinent des idées stupides et erronées dans l’esprit de la jeunesse occidentale. L’idée que plus on criera plus on aidera les opprimés. L’idée que le Tibet était un pays indépendant avant l’invasion chinoise des années 1950. L’idée qu’on est pur lorsqu’on traite les Chinois d’assassins. L’idée que la France est un pays qui peut exiger des choses aux autres. Là aussi, l’inculture était essentielle aux manifestations anti-chinoises. Qui, parmi les manifestants de Paris, s’étaient jamais penché sur l’histoire du Tibet ? Pour aider les Tibétains, il y a d’autres leviers, plus discrets, sur lesquels agir.

Et d’abord se cultiver sur les régions du monde qui nous intéressent. Les relations internationales ne devraient-elles pas être le lieu de la connaissance, de la recherche patiente, de la lecture et des traductions des grandes oeuvres ?

16 commentaires sur “Afrique, Chine, Iran – Errements diplomatiques

  1. « j’admire sincèrement les peuples, les communautés, les cultures. Et plus généralement, je crois qu’il y a dans ces déclarations d’admiration et d’affection les germes d’une diplomatie précaire dont je vais développer plus tard les ressorts (peut-on développer les ressorts ?) A rebours de ce que fait Sarkozy avec la Chine et l’Iran, à rebours de ce que font les pro-Tibet qui se lavent la conscience en traitant les Chinois d’assassins, promouvoir un discours libre qui n’obéit pas aux injonctions de la presse et de la “pensée unique”, qui n’obéit pas non plus aux pressions des nationalistes de tous poils, mais qui se fonde sur une sorte d’affection et d’intérêt pour les ensembles humains dont on parle… »

    J’ai une question : admirer un peuple, ça ne veut pas forcément dire soutenir son gouvernement. D’un côté, on reproche à Sarkozy d’aller vers un bras de fer avec le gouvernement de l’Iran, à rebours d’Obama qui paraît plus conciliant. D’un autre côté, ici en Afrique, on lui reproche d’être trop conciliant avec des gouvernements corrompus et tricheurs (la France a reconnu les résultats des présidentielles du Gabon avant même que la Cour Constitutionnelle gabonaise n’ait rendu son avis sur les accusations de fraude portant sur ces résultats) alorqs qu’Obama est be

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  2. Alors qu’Obama est beaucoup plus intransigeant avec les gouvernements africains : au Ghana, cet été, il a dénoncé la « mauvaise gouvernance africaine » comme la cause des malheurs de l’Afrique.

    J’ai un peu l’impression que ce qu’on reproche à Sarkozy, et qu’on loue chez Obama, c’est de ne pas être dur avec les faibles, ceux qui ne font peur à personne, comme les gouvernements africains, et faible avec les durs : la Chine, l’Iran, ceux qui sont capables de n’importe quoi. Si c’est le cas, c’est pas très glorieux, comme ressort diplomatique.

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  3. Si c’est le cas, ce n’est pas glorieux, c’est vrai. Mais ce n’est pas le cas.
    Cette histoire de dur et de faible n’entre pas dans mon raisonnement. Je dis que Sarkozy ne s’intéresse pas à la culture et à l’histoire des pays avec lesquels il traite. Que ce soit des Africains, des Perses ou des Chinois.

    Il cherche à se la jouer Reagan, Clinton ou Blair, mais sa position n’a rien à voir avec celle de ceux-ci et les situations de chacun de ses ensembles nécessitent une longue reconnaissance, une élaboration patiente de relations de confiance.

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  4. Comme j’ai conscience de sur-commenter ce blog depuis trop longtemps, et que ça me dérange un peu, j’ai suivi le conseil de Fred et créé mon propre blog, où vous êtes bien sûr les bienvenus même si le blog en question n’intéressera peut-être que moi, ce qui en réalité serait déjà pas mal.

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  5. Je précise que ce commentaire de Ben était encore modéré (présent sur ma boîte email, absent du blog), et que c’est moi qui l’ai copié et collé là signé de de son nom.

    Pour y répondre, je dirais que mon propos n’est pas de départager Sarkozy et Obama. mais pour le faire, je dirais que pour l’instant, Obama ne s’est pas encore aliéné des partenaires, ce que Sarkozy fait, et pas seulement avec la Chine et les Africains. les Tchèques, par exemple, goûtent peu le fait qu’il joue sa carte diplomatique solitairement lorsque l’Union européenne est présidée par eux. Les chassés-croisés au Moyen-Orient l’année dernière ont vraiment été embarrassants. La France faisait figure de cavalier seul, alors qu’on pourrait préférer une action dans l’ombre, faites de contacts répétés qui ne fassent pas d’ombre aux nouveaux membres de l’UE.
    Mois après mois, la France s’aliène des partenaires, sur tous les continents, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis depuis Obama.

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  6. Cela est parfaitement incroyable!
    Le com de Ben que j’avais moi-même copié et collé ci-dessus a été une nouvelle fois enlevé.
    Tu vois, Ben, vous voyez Ebolavir, qui sembliez douter, et tous les lecteurs, il y a bien un problème avec des opérateurs de ce blog.
    je vais tâcher de remettre ce com, qui était tout ce qu’il y avait de politiquement correct.

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  7. Ci-dessous est le commentaire de mon ami ostracisé pour avoir employé, dans un but d’ironie, un langage politiquement incorrect. Ce com devrait être lu avant la réponse que je lui ai fait à 14:15.

    « Je dis que Sarkozy ne s’intéresse pas à la culture et à l’histoire des pays avec lesquels il traite ». On dit que Chirac s’intéressait à la culture des pays. J’ai visité souvent, une fois en ta compagnie, d’ailleurs, à Sarran, le musée où il a entreposé tous ses souvenirs des cultures rencontrées pendant ses mandats. De ce point de vue, c’est vrai que Sarkozy introduit une rupture, et il a d’ailleurs été très mal reçu à Libreville : les Africains sentent bien qu’il ne les aime pas.

    Mais la diplomatie, c’est pas la culture. Chirac avait un certain intérêt pour la culture, Sarkozy n’en a aucun, mais leurs diplomaties respectives sont exactement les mêmes, en tout cas à l’égard de l’Afrique, avec les mêmes gros porcs (Bourgi après Foccart) comme conseillers. C’est le même système qui maintient au pouvoir des régimes corrompus qui ruinent leurs peuples mais se montrent complaisants avec les intérêts de la France ou de sociétés d’origine française. Et, pire, cette diplomatie s’appuie sur une certaine ethnologie, une certaine connaissance des sociétés traditionnelles, l’ethnologie coloniale.

    Maintenant, pourquoi Obama plaît-il autant ? Du point de vue diplomatique, qu’a-t-il fait de différent par rapport à Bush ou à Sarkozy, au Moyen Orient, en Afghanistan, en Chine ou en Afrique ? Il a eu le bon goût de ne pas se lancer dans des bras de fer perdus d’avance et de montrer les dents quand ça pouvait plaire à tout le monde comme à Accra. Obama plaît parce qu’il est un peu noir, et peut-être a-t-il plus de compréhension de ses interlocuteurs que Sarkozy. Mais où est sa diplomatie ?

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  8. Messieurs les censeurs, bonjour.
    Je croyais que mon commentaire était passé à la trappe parce que ma connexion était mauvaise. J’y dénie absolument la présence d’ironie. j’affirme qu’il est au contraire complètement politiquement correct, comme Guillaume l’avait remarqué. D’ailleurs, j’en profite pour préciser que je hais le « politiquement incorrect », cette manière ré

    Toutes ces choses qui disparaissent et qui reviennent ensuite sous forme de copié-collé, ça crée une sorte de beauté convulsive dadaïste, on ne sait jamais si ce qu’on a dit existe encore, des réponses apparaissent à des questions perdues, je trouve que ça introduit un principe de disparition aléatoire qui ouvre de nouvelles possibilités créatrices sur un mode nihiliste un peu chouette.

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  9. Bien, Ben, cela donne une nouvelle noblesse aux travaux de basses oeuvres des modérateurs, qui doivent se sentir alourdis par une activité aussi peu gratifiante que la leur.

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  10. Je me demande quand meme combien ca paye par mois, moderateur au Monde.fr, si on a des primes aussi, des stages de formations tout ca…pour de si belles oeuvres, de si beaux collages quand meme (allez un peu de courage quoi, lachez vous moderateurs, qu’on rigole un peu, maintenant qu’on a demasque votre cote artiste refoule , faites en profiter les copains…). Euh une derniere chose, laissez ce com tranquille , merci…he he he

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