Conversation en peignoir

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Un matin que je suis à Dublin, chez Tom, nous parlons histoire d’Irlande lorsque Fintan nous rejoint, au saut du lit, habillé d’un peignoir très seyant. J’ai déjà expliqué comment Tom et Fintan ont fini par habiter sur le même palier, comme deux héros de roman burlesque, du genre Mercier et Camier (Beckett), ou du genre Bouvard et Pécuchet (Flaubert). Oui, c’est cela, ils sont très Bouvard et Pécuchet, il faudrait voir un peu de ce côté-là. 

Les cheveux en bataille, le peignoir de Fintan arborait de jolies couleurs et lui donnait tout à fait l’air d’un gentleman, avec ses savates en cuir. Nous approchions de midi, je mangeais des olives et des tranches du pain que Tom venait de cuire. C’est une tradition, Tom sait combien j’aime son pain, et il en fait toujours un quand je suis là.

Je complimente Fintan pour sa belle robe de chambre. Il l’a achetée après la main d’Henry en match de qualification. « Après ce que les Français nous ont fait, j’ai eu besoin d’aller m’acheter quelque chose de nice. » Je lui demande le nom du magasin, et s’il me le recommande pour mes propres achats. Je suis en effet à la recherche d’habits un peu plus colorés. Je trouve que l’assombrissement me guette et, moi aussi, je me verrais bien dans des peignoirs chamarrés.

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Nous en venons à parler Irlande du nord. Ils disent que le conflit nord-irlandais est une aberration, que les nationalités n’ont plus d’importance de nos jours, et qu’il faut laisser les gens se battre entre eux, s’ils le veulent vraiment.

Je demande : est-ce que Daniel O’Connell tiendrait ce langage ? Et John Mitchel ? Je leur dis que certains catholiques du nord se sentent délaissés par les Irlandais du sud. Cela les laisse sans voix.

Fintan demande à Tom ce qu’il en pense. « Est-ce vrai que les Irlandais du nord sont déçus, Tom ? » Fintan avoue ne rien connaître à l’histoire et considère Tom comme sa conscience, autant sur le plan politique que sur le plan moral. Fintan, c’est simple, il a tout mis en suspension, ses jugements, sa fortune, ses compétences, ses prises de décision. Il sait que lorsqu’il ne boit pas un jour, c’est déjà une victoire et qu’il peut se récompenser en se bourrant la gueule le lendemain. « Tom pense que c’est too little too late, mais moi je trouve que je suis sur la bonne voie, peut-être. Qu’en penses-tu Tom ? »

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Fintan attend que Tom l’éclaire sur la situation en Irlande du nord. Mais Tom n’avait jamais réfléchi sur le fait que les catholiques de l’Ulster pouvaient se sentir abandonnés. C’est une donnée qui l’affecte. Tom et Fintan semblent embarrassés et, oui, affectés.

Le sentiment patriotique n’est jamais très loin mais, sur les îles britanniques, il est aujourd’hui mal vu. Ce que les gens ont envie de penser, plutôt, c’est que la nation, la patrie, c’est vieux jeu. Mais c’est facile à dire quand on vit dans son propre pays, et que ses ancêtres ont obtenu l’indépendance et la souveraineté au prix du sang et de mille violences.

3 commentaires sur “Conversation en peignoir

  1. Oui, c’est une collaboration qu’il faut apprendre à observer. J’avoue que le jour où j’ai vu Tom fermer la porte de Fintan à clé, alors que nous descendions au pub pour aller voir un match, j’ai été très choqué. C’est Fintan qui demande à être enfermé, pour s’empêcher d’aller au pub. Je me suis dit qu’ils allaient sur des territoires vraiment malsains, mais qui suis-je pour donner des leçons ?

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