Journées blanches à Belfast

Mes journées sont blanches et lisses. Rien ne se passe dans la vie du sage précaire, qui n’a jamais été aussi oisif.

Captif, tardif et dubitatif, j’attends que les semaines en finissent jusqu’au jour où je prendrai l’avion pour la France.

On me demande ce que je lis ? Rien. Ce que je fais ? Rien. Si j’écoute de la musique ? Plutôt crever la bouche ouverte. Même la discographie complète du chef d’orchestre William Steinberg (1899-1978), que j’ai gravée sur mon ordinateur portable, je ne l’écoute presque pas.

Ces jours de battement constituent la période que j’avais planifiée comme succédant à ma soutenance de thèse. Au Royaume-Uni, il est fréquent que les thèse soient acceptées par le jury après une série de corrections à apporter au manuscrit. J’étais prévenu : quelques jours ou quelques semaines de travail seraient nécessaires avant que je sois de nouveau libre de mes mouvements. Au pire, la hiérarchie pouvait me demander de me remettre à l’ouvrage une année entière. J’avais donc prévu de rester quelques semaines à Belfast, et n’avais pas réservé de billet retour.

Le hasard a voulu que ma thèse a été acceptée telle quelle, sans autres corrections à apporter que trois fautes d’orthographes, (corrigées avant même la soutenance car mon père les avait déjà repérées lorsqu’il avait feuilleté la chose.)

J’avoue que j’ai été pris au dépourvu. Incrédule, j’attendais un courrier qui devait m’annoncer officiellement la décision de la hiérarchie, et m’enquérir de relier deux exemplaires de ma thèse, selon le protocole de l’université, de faire signer des formulaires et de remettre une dernière fois tous ces documents à l’administration.

Ce courrier, je l’ai reçu hier, c’est-à-dire deux semaines après ma soutenance.  J’ai donc passé deux semaines vides. Les amis qui m’hébergent étant au Portugal, je me suis retrouvé seul dans un appartement confortable, à attendre sans but et sans activité.

C’était délicieux. J’ai beaucoup dormi, beaucoup regardé la télévision. Je me suis beaucoup prélassé, et ai repris du poids en mangeant les saloperies que mon pays d’adoption aime produire. Mon corps s’est tellement relâché que des boutons ont poussé sur ma peau, comme des champignons sur un sol ombragé.

Mon esprit s’est lui aussi beaucoup relâché mais je préfère oublier ce qu’il a bien voulu produire de son côté : l’équivalent mental des boutons de fièvre ne doit pas être publié sur la toile, ni nulle part ailleurs.

Ce jour où je reprends vie, en écrivant sur ce blog, est le jour de célébration des Orangistes. Les protestants « unionistes » organisent leurs défilés au doux son de leur musique militaire. Cette année comme les autres années, les catholiques se terrent chez eux et partent à la cambrousse. Les minorités visibles se cachent. Une amie coréenne est même partie en Ecosse exprès, et les autres Asiatiques que je connais ont suffisamment souffert d’actes racistes durant ce festival pour se méfier.

Mais cette année, je ne me suis pas intéressé à tout cela. De ma chambre, je n’ai entendu aucune flûte, aucun tambour, aucun claquement de bannière. Je n’ai pris aucune photo de bûchers anti-irlandais, ceux qui brûlent des drapeaux tricolores dans des flambées alcoolisées.

Quel contraste avec ce même blog en juillet 2009, en juillet 2010 et en juillet 2011!

3 commentaires sur “Journées blanches à Belfast

  1. Bonjour Guillaume et les autres sur le blog. You come across as sneering about Belfast, Guillaume – your home of what, quatre years? You write a blog and clearly love to tell stories but what you write I do not recognise as my own city – why do you tend to criticise your host, why do you choose to exaggerate? Does it make your story sound better, do you think? People hiding in their houses, others fleeing the country, come now – don’t be so dramatic. So, you will finally return to France – is this a country which is an idyll in a chaotic world and turbulent times? There are no problems to report in France (should I list some?) and all the food there will not make you fat? For the benefit of others, local produce in Northern Ireland is an abundance of seafood, beef, lamb, pork, chicken and fruit and vegetables – the choice is simply how you decide to prepare it, how you cook it and how much of it you choose to eat. A lazy man will blame others for his weakness, we all have personal responsibility about how we live our lives both in the food we eat as well as the stories we write.

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  2. J’avais de grosses idées de commeries à faire sur ce billet mais comme je vois que tu gagnes en (H)Auteur, je préfére la boucler quelques temps, quelque part ça m’intimide ton bouquin , l’article dans le monde diplomatique tout çà , c’est trés fort , bravo. C’est con ça m’intimide, je suis comme çà, j’ose plus décommer comme avant. J’envie ton oisiveté créative irlandaise en tout cas, c’est trés rafraichissant.A+

    PS : C’est juste de parler « Rouleau », ça fait référence à Kerouak, trés bien.

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