Cèpes

Depuis avant l’aube, je songe à grimper dans la montagne pour ramasser des champignons. Il paraît que les Montpelliérains vont venir en nombre, à cause des pluies récentes. Je vais peut-être aller du côté du col de l’Homme mort, car il y a de nombreux « fayards » (hêtres).

J’ai beau être réveillé de 4h00, je prends mon temps et ne pars qu’à 11h00. En montant sur les terrasses du terrain, je tombe sur un énorme cèpe, puis sur un autre. Très vite, dans le même périmètre, je vois cinq ou six champignons délicieux. Deux d’entre eux sont un peu violacés, et bleutés. On m’avait prévenu de la couleur de certains cèpes. Je les renifle pour m’assurer qu’ils possèdent cette odeur de truffe qui m’enchante. Ils l’ont tous bel et bien. Plutôt que de les mettre dans mon sac, je les descends à la cabane, sur la petite table en bois, où ils pourront sécher tranquillement.

La promenade qui suit dure plus de deux heures, autour du Puech Sigal. Je ne trouve aucun champignon, à part ceux à lamelles qu’il ne faut pas manger. En revanche, sur les hauteurs, j’avise de nombreuses mûres, alors que la saison est passée en bas, sur le terrain notamment. J’en cueille donc pour ma confiture bihebdomadaire.

Impossible de consommer tous ces cèpes en un coup. Pour les conserver, je les lave, les coupe en lamelles et en tranches, et, à l’aide d’un fil et d’une aiguille à couture, j’enfile les morceaux afin de les faire sécher sous l’auvent du cabanon. En écoutant La Librairie francophone, qui fête sa 300ème émission, je procède à ces travaux de patience qui me permettent de palper cette fascinante texture de la chair du cèpe. Certains, les plus gros, font incroyablement penser à de la viande blanche.

Quand j’en ai assez, je prends tous les morceaux restant et les jette dans un wok. Badigeonnés d’huile d’olive, les cèpes reposent en attendant le dîner. Plus tard, des feuilles de basilic, deux petits oignons doux, de l’ail et deux carottes viendront les rejoindre. Cuite à feu très doux, pendant longtemps, la fricassée est proprement délicieuse. Malheureusement, je la mange passé 20h00 et la nuit tombe. Je finirai le plat dans l’incapacité de distinguer les couleurs, en écoutant Carnets nomade, de Colette Fellous, qui s’entretient séparément avec Azouz Begag et Jean-Noël Pancrazi.

Je fume des cigarettes le soir, en regardant la vallée qui s’éteint, et en écoutant une émission avec Arno, qui fait rire le public. Le hululement des chouettes, et certains autres cris d’oiseaux, m’attirent davantage, et me font éteindre la radio.

5 commentaires sur “Cèpes

  1. Précaire précaire, j’envie ton âge biologique;j’en ai 20 de plus que toi et ma charpente biologique ressent l’usure du temps qui passe.Moi aussi je fumerais bien encore des cigarettes en regardant le jour tomber;il n’y a rien de plus beau dans le monde de maintement que de regarder le jour tomber…

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  2. Oui, le tabac je me suis remis à le fumer à cause des copains qui fument, et que je ne veux pas les laisser tout seuls. Et puis, les paysages appellent la clope, je ne sais pas pourquoi.
    Le cèpe a bien un peu l’air d’une tortue, et Dieu sait que les cèpes peuvent prendre encore d’autres formes extraordinaires.

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