France-Maroc en demi-finale

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Il ne faut pas sous-estimer ce qui se passe autour de l’équipe du Maroc durant ce Mondial 2022. Le succès de cette équipe, qui est la première nation africaine à disputer une demi-finale de coupe du monde, suscite un enthousiasme dans tout le monde arabe. Il n’est pas indifférent de noter que c’est un pays arabe qui organise l’événement, pour la première fois également.

Pendant que nos belles âmes boycottaient l’événement, purgeaient leur mauvaise conscience sur le dos des autres, se présentaient en chevaliers blancs immaculés et présentaient le Qatar comme un pays qui maltraite les travailleurs migrants, de nombreux individus sentaient en eux une espèce de vague fierté à voir un pays arabe réussir à obtenir ce genre de privilège idiot qui n’appartient qu’aux occidentaux d’habitude.

Selon moi il y aura un avant et un après Qatar 2022. Au final, et avec le recul, on finira par accepter l’événement et à le considérer comme une avancée dans le décentrement du monde. Souvenons-nous de la coupe du monde 2002 en Corée et au Japon. Cela coïncidait avec l’arrivée de la Chine dans le commerce international et l’affirmation de l’extrême-Orient dans les nouveaux équilibres mondiaux. Il y avait eu des succès incroyables des équipes japonaise et coréenne. Vingt ans plus tard, on se souvient tous de l’épopée des Coréens. Ils avaient perdu en demi-finale 1 à 0 contre l’Allemagne. Le public était en feu. L’Asie tout entière était en feu.

Nous retrouvons quelque chose de similaire avec le monde arabe aujourd’hui. On voit des reportages non seulement dans les pays du Maghreb et au Qatar, mais un peu partout dans le monde arabe. Dans le bande de Gaza, les Palestiniens exultent. Dans les rues de Bagdad, et même de la douce Mascate, les célébrations vont bon train.

Le Maroc incarne donc l’arabité dans son ensemble. J’ai des amis qui y voient plutôt une ferveur religieuse et qui prétendent célébrer une nation musulmane, dans la joie d’une « Umma » réunie et souriante. Je ne souscris pas trop à cette interprétation, pour la raison que la joie des pays musulmans asiatiques et subsahariens est beaucoup moins démonstrative. Bien entendu, ils soutiennent tous le Maroc, et d’autant plus ardemment que les Lions de l’Atlas affronteront la France, mais on ne voit pas chez eux de célébration particulière.

De plus, s’il fallait regarder les choses sous l’angle confessionnel, il faudrait compter le nombre de musulmans dans l’équipe de France… Vous voyez ce que je veux dire.

Alors qu’en pense la sagesse précaire ? Vous vous demandez tous pour qui mon coeur va battre. La réponse est facile car nous nous trouvons dans une situation très confortable pour un sage précaire. Je supporte la France sans aucune ambiguïté et je la vois aller jusqu’au bout après avoir été certain qu’elle s’effondrerait dès les phases de poule. En revanche, si le Maroc se qualifie, ma déconvenue sera consolée par la joie de voir un pays arabe réaliser l’exploit d’une finale en coupe du monde.

Comment la laïcité est kidnappée par les identitaires

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La laïcité, au XIXe siècle, était une valeur républicaine qui avait pour but de créer un espace public séparé des pouvoirs religieux. Fondée sur la philosophie du XVIIIe siècle, la laïcité devait garantir une vie politique émancipée de l’influence du pape, des évêques et des curés.

Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable.

Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières, 1784.

En France, les religions minoritaires soutenaient à fond la laïcité car cette dernière était exclusivement dirigée contre le contrôle qu’exerçait l’église catholique. Les protestants et les juifs ont toujours été de fervents laïcards.

Depuis les années 2000, le terme de laïcité revient très fort sur la scène intellectuelle alors même que les gens désertent les églises, que le catholicisme français n’est plus que l’ombre de lui-même.

Le petit réseau de privilégiés « Conférence Olivain » a organisé une journée d’étude à Science Po l’année dernière sur le thème « S’emparer de la laïcité ». Guillaume Renée, président de la « Branche Jeune », prit la parole pour ouvrir le colloque. Diplômé de Science-Po, élève de l’ENS, chef de projet au ministère de l’intérieur, M. Renée en connaît un rayon sur la laïcité, sinon il n’aurait pas suivi ce brillant parcours ! Il explique ainsi pourquoi il était urgent de réfléchir sur la laïcité en ces années 2020 :

D’une part, la laïcité est un thème d’une actualité permanente. Une actualité parfois effroyable. L’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, le 16 octobre 2020, nous le rappelle.

Guillaume Renée, « Conférence Olivain »

Voilà ce que nos élites ont fait de notre laïcité.

Avant, le risque dont il fallait se prémunir, c’était une église surpuissante qui pesait sur les consciences. Aujourd’hui on brandit la laïcité pour se protéger de meurtriers isolés.

En 1905, la laïcité servait à nous protéger d’une classe dirigeante, riche, privilégiée, conservatrice et même réactionnaire. Maintenant, l’élite nouvelle la porte en bandoulière pour incriminer des personnes marginalisées, pauvres et précaires.

En 1905, la république devait se défaire de l’influence d’une église organisée et hiérarchisée. Depuis les années 2000, l’élite veut nous faire croire que le danger vient de musulmans incultes qui ne prêchent dans aucune mosquée, qui ne comprennent rien à leur propre religion.

En 1905, le danger qu’il fallait éviter, c’était la scission du peuple français car toutes les personnes concernées, catholiques ou libre-penseurs, étaient français. Cent ans plus tard, les coups de boutoir dans la laïcité viendraient d’étrangers, sans-papiers, clandestins. Les assassins crient « Allah Akbar » avec la même conviction que l’immigré italien cria « Vive l’Anarchie » lors de l’attentat qui coûta la vie au président de la république Sadi Carnot dans les années 1890.

Que l’on compare une seconde les attentats de la troisième république et ceux qui sont commis par les imbéciles depuis 2015 : à l’époque ils ne se bornaient pas à tuer des innocents dans la rue ou des dessinateurs dans un immeuble. Ils lançaient des bombes dans l’assemblée nationale et ils tuaient des chefs d’État. Les institutions de la république pouvaient sentir le danger.

Quand la France connut cette vague d’attentats dits « anarchistes », au XIXe siècle, cela donna lieu aux fameuses « lois scélérates » dénoncées par Jean Jaurès qui n’était pas, lui, ni anarchiste ni terroriste. En revanche, quand le même pays chercha à se protéger contre un vrai système de pensée et de contrôle comme l’église, il a dû inventer plus qu’une loi : la laïcité définissait un nouveau cadre de pensée pour organiser la société indépendamment des décisions de l’église.

La France a connu de nouvelles vagues d’attentats dits « islamistes », un siècle plus tard. Une poignée de Français, quelques Tchétchènes, des illuminés tunisiens, des pauvres abrutis sans âme et sans argent. Nos élites ont peur, ou veulent que nous ayons peur. Alors elles pointent du doigt les vêtements portés par les femmes, rappellent en boucle les attentats et dégainent le terme de laïcité.

Cela ne vous paraît pas évident qu’aujourd’hui le mot de laïcité n’est pas à sa place ? Que nos élites l’ont sciemment perverti ? Qu’il est devenu la façon de pouvoir être raciste sans le dire ouvertement ?