Les montagnes entre le Yémen et l’Arabie Saoudite

Parmi toutes les régions du monde qui attirent mon regard, il en est une qui me fascine particulièrement : la chaîne montagneuse qui s’étend entre le Yémen et l’Arabie Saoudite. C’est un espace méconnu, à la fois par son histoire et par sa géographie, mais dont la richesse naturelle et culturelle en fait un territoire à part, presque invisible aux yeux du monde.

J’ai toujours été attiré par les montagnes. Il y a celles où j’ai choisi d’enraciner un bout de ma vie, les Cévennes. Il y a celles que j’ai longuement arpentées en Chine, du Tibet au Sud du pays, en passant par les Huangshan, les fameuses montagnes jaunes. Il y a aussi le Jebel Akhdar, la montagne verte d’Oman, où j’ai souvent marché et écrit. Chaque chaîne montagneuse a son propre langage, ses reliefs, ses secrets. Mais celles du sud-ouest de la péninsule arabique, entre l’Arabie Saoudite et le Yémen, semblent encore appartenir à une autre temporalité, échappant au regard contemporain.

Je ne connais même pas précisément leur nom. Et c’est précisément cette absence de désignation claire, cette absence de récits structurés sur elles, qui les rend si intrigantes. Pourtant, elles sont là depuis toujours. Les Romains eux-mêmes s’y sont aventurés, tentant de s’y installer et appelant cette région Arabia Felix – non seulement parce qu’elle évoquait une certaine félicité, mais aussi parce qu’elle était prospère. Contrairement à l’image classique d’une péninsule arabique désertique, ces montagnes sont des terres d’eau, de cultures en terrasses, de verdure. Elles offrent un contraste saisissant avec l’aridité environnante et nourrissent depuis des siècles l’imaginaire de ceux qui s’y aventurent.

Mais c’est aussi un espace qui demeure largement inaccessible. Le Yémen est ravagé par la guerre depuis plus d’une décennie, rendant impossible toute exploration approfondie. L’Arabie Saoudite, quant à elle, ne s’ouvre que progressivement au tourisme. Résultat : une région peu accessible, qui échappe aux circuits balisés et même aux transports en commun. Contrairement à Oman, où l’itinéraire des voyageurs est presque tracé à l’avance – de Mascate à Sour, des Wahiba Sands à Nizwa, jusqu’aux sommets du Jebel Akhdar –, l’Arabie Saoudite n’a pas encore ses parcours incontournables. À part Al-Ula, qui fascine les touristes français, et Djeddah, il n’y a pas encore de destinations codifiées.

C’est cette terra incognita qui m’attire. Une région qui échappe encore aux guides de voyage, aux parcours prémâchés, et qui ne se dévoile qu’à ceux qui acceptent d’y plonger sans carte ni itinéraire préconçu. Un espace inquiet, où le regard n’est pas encore conditionné par des images préfabriquées.

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