Hommage à la rue Paul Bert. De la renaissance d’une ville française

Ce matin, en sortant de ma chambre de location, j’ai ressenti une joie inattendue, une sorte d’élan d’amour pour la rue Paul Bert, dans le 3ᵉ arrondissement. Une rue qui, pour beaucoup de Lyonnais comme moi, n’évoquait rien d’autre qu’un axe de passage, un tronçon urbain sans saveur, où l’on ne s’arrêtait pas.

Soyons précis : cette analyse se limite à la section qui part de la Place du Pont jusqu’à la rue Villeroy. Au-delà, évidemment, la rue Paul-Bert est beaucoup plus pittoresque, mais tout le monde le sait déjà, on ne va pas revenir là-dessus.

Je suis né tout près, dans le 7ᵉ arrondissement, en 1972. J’ai grandi à quelques pas, j’ai étudié la philosophie dans une université voisine. La rue Paul Bert, je la connais depuis toujours. Et depuis toujours, elle était terne, grise, indifférente. Une rue qu’on empruntait sans jamais la remarquer.

Je prends le lecteur à témoin : personne n’a de souvenir romantique, épique ou poétique dans la rue Paul Bert.

Mais aujourd’hui, en 2025, je la redécouvre. Une transformation spectaculaire. Couleurs, lumières, commerces. Une rue autrefois oubliée est devenue une rue vibrante. Des boutiques en tout genre, des étals débordants, des passants affairés. Un dynamisme économique évident. Et signe paradoxal de cette prospérité retrouvée : la présence de mendiantes, venues rappeler aux passants que donner en période de Ramadan rapporte des hasanat, ces bonnes actions comptabilisées pour l’au-delà. Les mendiants ne s’installent pas dans les rues désertées, ils vont là où circule l’argent.

Au détour d’une arcade, un nom attire mon regard : Galerie Dubaï. L’intérieur, un foisonnement de tissus, de parfums, d’encens, de babioles orientales. Une impression de souk, une parenthèse arabesque au cœur de Lyon. La rue Paul Bert est devenue une rue arabe. Et c’est un beau signe de renaissance.

À ceux qui s’indignent et s’écrient : Ce n’est pas la France !, je réponds : Au contraire, c’est la France qu’on aime, une France de commerçants, de travailleurs, de bâtisseurs. Une France qui se lève tôt et se couche tard. Hier soir, à minuit, la boulangerie en face de mon appartement était encore ouverte. Ce matin, dès 8 heures, elle accueillait des clients depuis pas mal de temps. Quelle plus belle image de l’énergie française ?

Je trouve deux barbiers qui peuvent s’occuper de les cheveux et de la barbe, mais ils sont tellement occupés que je dois revenir une heure plus tard.

Dans cette effervescence, je croise même des youtubeurs et instagrammeurs en pleine captation. Ils filment, commentent, documentent cette métamorphose urbaine. Une ville bourgeoise comme Lyon, avec ses façades Art déco, ses avenues cossues, sait bousculer les clichés, grâce à des rues comme celle-ci, une rue qui vit, qui crée, qui commerce.

Alors, hommage à la rue Paul Bert.

Hommage aux Arabes de Lyon.

Hommage à la France, celle qui n’a pas peur de ses enfants, ni de son propre avenir.

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