Dimanche dernier, l’Allemagne renouvelait une partie de ses exécutifs municipaux. Parmi les résultats marquants, celui de Munich retient l’attention. La capitale bavaroise, souvent perçue comme une exception politique dans une région conservatrice, a une nouvelle fois confirmé son statut à part.
La surprise vient de l’arrivée en tête d’un jeune candidat écologiste, Dominik Krause, qui devance les socialistes du SPD, historiquement bien implantés dans la ville, tandis que la CSU, pilier conservateur de la Bavière, se retrouve reléguée en troisième position. Arrivé deuxième du premier tour avec environ 30 % des voix pour les écologistes contre 35 % pour le maire sortant, Dominik Krause a créé la surprise en remontant son retard sur le socialiste Dieter Reiter et l’a écrasé au second tour. Le signal est clair : Munich continue de tracer sa propre trajectoire politique.
Ce résultat s’inscrit dans une réalité bien connue : la ville constitue depuis longtemps une enclave progressiste au sein d’un Land largement dominé par la droite chrétienne-démocrate. Une sorte d’îlot politique, où les équilibres diffèrent du reste de la Bavière.
Le parallèle est évident avec nos grandes villes française : Lyon par exemple, ville considérée comme bourgeoise, mais qui vient de réélire un maire écologiste le même jour que Krause à Munich, après avoir connu des mandats d’un socialiste pendant vingt ans, et avoir traversé un vingtième siècle dominé par Édouard Herriot qui incarnait le centre gauche en France.
Lyon et Munich, même combat.
Mais au-delà des chiffres, c’est la personnalité et les prises de position du candidat écologiste qui font lever les sourcils. Dominik Krause assume publiquement son identité en désignant son compagnon comme « l’homme de sa vie ».
Mais pour moi, le propos qui a particulièrement marqué sa campagne est sa critique de la célèbre fête de la bière de Munich, qu’il a qualifiée de « plus grand marché de drogue à ciel ouvert du monde ». Une déclaration provocatrice qui a le mérite de poser une question rarement abordée avec franchise. Une question bien plus tabou que l’homosexualité.
Car derrière la tradition, il y a une réalité que les spécialistes de santé publique rappellent régulièrement : la consommation d’alcool constitue un enjeu majeur, souvent minimisé. Elle touche profondément les individus, les familles, et plus largement la société. Pourtant, ce sujet reste interdit.
Pourquoi ? Parce que l’alcool bénéficie d’un statut particulier. À la fois produit culturel, moteur économique et élément central de nombreuses traditions, il échappe aux critiques qui visent d’autres drogues. Cette indulgence s’explique aussi par des considérations politiques : difficile de s’attaquer frontalement à un secteur ancré dans les habitudes et soutenu par des électorats influents.
C’est là que se dessine une forme d’hypocrisie. D’un côté, certains discours politiques pointent du doigt les trafics de drogues, souvent associés à des populations marginalisées ou immigrées. De l’autre, une tolérance persistante entoure l’alcool, pourtant responsable de dégâts considérables, mais produit et consommé dans des cadres socialement valorisés.
Dans la commune de l’université où travaille Hajer, le maire conservateur a été récemment arrêté par la police pour consommation et détention de drogues interdites. On n’aurait rien trouvé à redire s’il avait été intercepté ivre dans la rue et la maison pleine de bouteilles.
En osant interroger cette contradiction, même sans proposer de rupture radicale, Dominik Krause ouvre un espace de débat. Il ne s’agit pas de remettre en cause une tradition populaire comme la fête d’octobre, mais de questionner ce qu’elle représente et ce qu’elle masque.
A quand un maire anti-saucisses à Francfort ?
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S’en prendre à la bière à Munich, ça c’est du courage politique, quand même. Et à Bamberg, ils attendent quoi?
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« Le plus grand marché de drogue au monde ». Étant moi-même dealer de bière, je ne peux pas ne pas réagir. J’aime bien une formule que j’ai entendue je ne sais plus où, de quelqu’un qui pour proposer à boire disait : « choisissez votre poison ». Je le dis parfois à mes clients pour faire un peu stylé, ça ne les fait pas toujours rire.
Maintenant, quand on a dit que Oktoberfest est un marché de drogue, ça conduit assez automatiquement à penser qu’une politique responsable devrait réduire la consommation d’alcool et lutter contre sa vente. Mais d’un autre côté, si on fait le parallèle comme tu fais fais avec l’illégalité des drogues pour montrer l’hypocrisie des politiques qui encouragent l’alcoolisme tout en stigmatisant les consommateurs de drogues illégales, ça conduit plutôt à l’idée qu’il faudrait légaliser les drogues « douces » en particulier. Donc une fois qu’on a dit qu’Oktoberfest est un marché de drogue, on va vers la prohibition de l’alcool ou vers la légalisation de la drogue? C’est pas clair.
Moi, j’ai toujours trouvé qu’il y a quelque chose de complètement délirant dans la prohibition de la drogue. De quoi je me mêle ? Si j’ai envie de suspendre un peu ma conscience malheureuse, est-ce que ça pose un problème ? Il me semble que des études montrent que la dépendance est un phénomène assez marginal et je ne crois pas que la légalisation créerait un chaos social.
Mais, de la même manière, dénoncer les dangers de l’alcool ou tous les trucs culturels qui sont construits autour me paraît tout aussi délirant. Il y a une sorte de puritanisme plein de fantasmes un peu bizarres dans le prohibitionnisme. J’espère que ce n’est pas ce que fait le maire de Munich, c’est un penchant présent chez certains écolos comme Sandrine Rousseau quand elle dénonce la culture du barbecue par exemple.
Cela dit, j’ai aussi le plus grand respect pour les gens qui luttent contre leur propre alcoolisme. Mais l’alcoolisme comme souvent je pense la consommation excessive de drogues relève de tendances à l’autodestruction qui ont de tout autres causes.
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Pour la sagesse précaire, les choses sont claires. Pas d’interdiction, en rien, nulle part et pour personne. Mais par contre, éviter de cacher les catastrophes dues aux comportements à risque. Lutter contre les empêchements d’informer. La bonne analogie se situe dans le domaine du sexe : personne n’a l’obligation légale de baiser avec préservatif mais personne n’ignore les risques encourus si on multiplie les partenaires sans protection. De même pour l’alcool, qui est beaucoup trop valorisé dans notre société, et les gens qui tendent à la sobriété trop souvent accusés. La sagesse précaire préconise un discours joyeux dans la sobriété.
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Il y a certainement du danger dans l’alcool, mais il y a tellement de bonheur dans le coeur de l’homme rempli d’une légère ivresse, à l’aube, devant la taverne.
« Je suis mendiant à la taverne, mais vois comme en état d’ivresse,
fier face au ciel, je commande aux étoiles ! «
comme disait Hafez.
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Oui c’est certain, et Allah lui-même nous dit dans le coran combien le vin est délicieux. Entre temps, le capitalisme a produit tellement de quantités d’alcools mauvais que c’est devenu un fléau. Même chose pour le sucre, le gras, le sel, le sexe et le travail. Toutes choses appréciables, agréables au bonheur, et qui se sont égarées dans une immonde et excessive impasse.
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Lisons à ce propos les pages de Cathy :
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