Mes élèves me paraissaient intelligents et intéressés mais en manque de concentration. Il m’a fallu deux ou trois séances de cours pour diagnostiquer que quelque chose clochait chez mes élèves, par rapport à ceux à qui j’avais enseigné dix ans plus tôt.
J’ai pensé que le fautif principal était le téléphone portable et les réseaux sociaux, mais peut-être allais-je trop vite en besogne. Je me souviens de conversations où il se disait que les pratiques numériques des enfants affectaient leur santé mentale.
Ce qui m’intriguait, c’était la fatigue mentale des élèves français. Non seulement ils devaient faire beaucoup d’exercices de math et de sciences le soir à la maison, mais leur cerveau était constamment sollicité par des milliers d’images et d’informations qu’il fallait traiter nuit et jour. J’avais devant moi trente-cinq à quarante individus épuisés, la mémoire saturée.
Leur attachement à leur téléphone était pathologique et fusionnel. Un jour une élève regarda son écran alors que c’était explicitement interdit. Je lui confisque le plus doucement possible son engin et le pose sur mon bureau, sans interrompre mon cours. La jeune femme ne m’écoute plus, elle fond en larmes lentement et toutes les camarades veulent lui porter secours. Mon cours est ruiné. Les élèves auront tout oublié de ce qui fut abordé ce jour-là. C’était un cours pour rien.