S’installer dans le mois du jeûne et se croire guéri du mal

Alors que ce n’est même pas vrai

Je vous raconte rapidement

Le deuxième jour du ramadan fut plus heureux que le premier. Le premier jour de jeûne fut très pénible à cause de la réaction violente de mon corps au régime nouveau auquel je ne l’avais pas préparé.

Si j’étais mystique, je dirais que mon corps s’est révolté toute la journée sous l’influence de satan ou des démons qui refusaient violemment la bonté du jeûne et de la prière. De ce point de vue, le jeûne opère à la fois comme révélateur du mal en soi, et comme arme de combat contre lui. Le mal se voyant menacé, il refuse la défaite et vous utilise comme instrument de sa révolte : fatigue, énervement, faim, soif, déprime, perte d’équilibre, accident, chute, tentation, sommeil, vous passez par toutes ces étapes parce que le mal, en vous, cherche à vous faire rompre le jeûne et vous ramener vers la vie de pécheur jouissif et oublieux qui a toujours été la vôtre.

Le deuxième jour de jeûne, déjà, a vu le sage précaire beaucoup plus serein et de bonne humeur. Peu de fatigue, moins de déprime. Peu de soif ni de faim. Une sensation diabolique d’envie, cependant, dans la délicieuse boulangerie qui se trouve à côté du supermarché Aldi. Les retraités prenaient des viennoiseries à se damner et ils commandaient des cafés noirs à consommer sur place. Il était neuf heures du matin, je jeûnais depuis cinq heures et en temps normal je me serais laissé tenter aussi. J’ai pris cette sensation d’envie aigüe comme une épreuve du ramadan : rappelle-toi comme on souffre quand on est dans le besoin et que les autres profitent de la vie. Arrête d’envier ces gens et concentre-toi sur ta lecture. Pour ce faire, trouve-toi un espace sans odeur de bouffe et sans bruit. La Bibliothèque ! Dieu merci, les bibliothèques existent. Retour instantané de la bonne humeur.

Un candide pourrait croire hâtivement le mal dompté et soumis à la puissance du jeûne et de la prière, mais ce serait présomptueux. Non, soyons réaliste, le sage précaire n’est pas devenu un homme bon en une journée, il n’a pas soumis ses démons du mal en 24 heures. D’ailleurs, dans sa voiture avec sa moitié, il a encore dit des choses malveillantes sur des gens, il a traité de con un automobiliste, et il a crié F**k *ff! à un cycliste qui avait failli causer un accident.

Ce qui est plus probable, c’est que le génie du mal a compris que ce n’était que du jeûne et qu’il ne courait pas un danger extrême dans la peau du sage précaire.