Le cadeau fiscal de Sarkozy aux Français les plus riches, c’est un peu comme si on me donnait, à moi, 200 euros de plus par mois. Comme je dépense à peu près trois ou quatre cents euros par mois, sans me retenir, en m’offrant tout ce que je désire, et qu’en plus je gagne plus du double, je vis la situation des gens qui gagnent trop d’argent. Le fait que mon salaire soit plus bas que celui d’un ouvrier français n’y change rien : je vis dans le luxe, sans souci pour joindre les deux bouts.
Imaginons que Sarkozy m’aime bien et qu’il fasse passer une loi qui me permette de gagner deux cents euros de plus. Les gens protesteraient, ils diraient avec raison que je n’en avais pas besoin, puisque je n’achète ni maison, ni immeubles, que je n’ai pas d’assurance vie, pas de sécurité sociale, ni rien qui plombe un budget. Les ministres zélés défendraient la loi en disant que cette mesure va relancer la consommation des sages précaires, et c’est là qu’est la grossièreté de l’erreur.
Si j’avais deux cents euros de plus, je ne vois pas ce que je consommerais en plus. Je ne vais quand même pas boire plus de bière, manger plus de nouille du Xinjiang ! Non, cet argent me serait plaisant, mais je le garderais de côté en cas de coup dur, ou alors je le mettrais dans mon budget prévisionnel pour mon prochain voyage, un an de promenade en Inde.
Les riches sont comme moi. Ils ont déjà tout ce dont ils ont besoin. Les quinze milliards ne sont donc pas un investissement, c’est un cadeau, un pur cadeau qu’on fait à ses amis, sans rien attendre en retour. Nos partenaires européens, libéraux bon teint, « de droite » selon les critères français, ont tous critiqué cette mesure, de la même manière qu’ils ont critiqué les 35 heures.
Cette mesure est centrale dans la politique de Sarkozy. Elle restera présente à mon esprit car elle marque une réalité que le président essaie de voiler par toutes sortes d’habiletés qui ne coûtent rien (l’ouverture à gauche, les commissions de réflexion, les voyages, les libérations de journalistes, les « discours historiques », etc.), alors qu’elle est, jusqu’à présent, la seule mesure phare de son quinquennat. Citez m’en une seule autre, qui éclaire à ce point ce qu’on compte faire de nos finances et de notre société dans les cinq prochaines années ? Toutes les grèves actuelles concernent des lois plus ou moins contestables, mais elles ont pour fond une crainte sourde de voir notre pays tourner en entreprise.
Dans cette vaste entreprise, le sage précaire n’aurait pas plus de difficultés à vivre et à faire son beurre, je le précise tout de suite. Il serait même plus adapté que d’autres types de sages, moins précaires. C’est malin, un sage précaire, c’est roublard, ça utilise la frugalité comme arme de combat et ça ne se plaint jamais. Ce n’est donc pas pour son intérêt personnel qu’il critique ce gouvernement qui, si ça se trouve, va finir par lui donner deux cents euros de plus par mois.
Je ne crois pas que le « paquet fiscal » soit destiné à relancer la consommation des riches, mais bien plutôt à stimuler la production.
La défiscalisation des heures sup et du travail des étudiants par exemple ont clairement cet objectif.
Et s’il est vrai qu’une partie du paquet fiscal, tel la baisse des droits de succession ou le bouclier fiscal, ont pour objectif de détaxer les riches, ce n’est pas non plus pour les faire consommer plus, c’est pour les faire rester sur le territoire français.
Dans une économie mondialisée, tous les territoires sont en concurrence. Et les riches, qui sont aussi les investisseurs, sont des facteurs de production qu’il faut attirer, comme on attire les capitaux.
L’Angleterre, par exemple, doit une partie de son redressement économique à cette politique pro-riches, qui fait affluer vers elle quantités de milliardaires, qui sont aussi des investisseurs.
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Le prétexte de l’aide à la consommation a été l’argument central du ministre du travail, Xavier Bertrand. La défiscalisation du travail des étudiants, voilà qui me paraît une vaste fumisterie, mais passons, car les critiques techniques contre ces mesures ont été innombrables et par les gens de droite aussi bien que par des gens de gauche. Moi c’est leur esprit qui m’insupporte, et leur arrogance : politique pro-riches, pour reprendre vos termes, en creusant la dette, et en même temps qu’on stigmatise des petits privilèges, comme les retraites de fonctionnaires. Parler d’égalité de traitement dans le temps qu’on favorise les plus riches, il y a là quelque chose d’obscène.
Pour ce qui est d’attirer les riches sur le territoire, si c’est bien l’objectif, alors je tiens pour acquis que le gouvernement a fait une étude sérieuse sur le solde migratoire des riches sur les dix dernières années, et que nous pourrons voir les effets de cette politique dans un an, puis dans deux, dans trois. Sinon, c’est de l’argent gaspillé, sans rigueur, sur la base de croyance dogmatique.
Je dis cela parce que les riches ne partent passeulement pour des raisons d’impôts, à mon avis. Ils sont comme moi, les riches, je le répète, ils partent pour voir du pays.
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D’ailleurs, de deux choses l’une: soit les « riches » sont des agents purement rationnels, qui partiront et délocaliseront tant qu’ils trouveront moins cher ailleurs: à ce compte-là, la France ne rivalisera jamais avec un paradis fiscal quelconque et nos Johnny Halliday continueront à aller voir du pays dans le canton de Vaux. Grand bien leur fasse. Mais il est peut-être exagèré de considérer Johnny comme un agent puremet rationnel.
Soit nos « riches » s’embarrassent aussi de considerations sentimentales concernant la qualité de vie de leur lieu de résidence, les infrastructures de l’endroit où ils investissent, etc, et la France restera ce pays que les investissemets étrangers placent dans les premiers rangs de la planète sur ce critere économique qui, ma foi, en vaut en autre, n’est-il pas? En réalité, on peut semble-t-il penser que ni la productivité du travail, ni l’investissement, n’ont besoin d’être stimulés. Et, concernant l’évaporation des capitaux, ce qui serait peut-être utile, ce serait de nettoyer ces chancres purulents que sont à notre droite le Luxembourg et la Confederation helvetique, par exemple.
Si j’offre deux cents euros supplémentaires au sage précaire, que va-t-il donc en faire? Des bêtises: il va s’acheter de l’héroïne, des Pléiade qu’il ne lira pas, des prostituées de luxe, que sais-je? Peut-on faire confiance à un sage précaire pour investir sainement, je vous le demande? Serait-il donc vraiment judicieux de lui faire un petit paquet fiscal pour son Noël?
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Ah, tu m’as percé à jour, Ben. C’est vrai que moi non plus je ne suis pas un agent purement rationnel. Tellement peu rationnel que, si on me donnait deux cents euros, là, en petites coupures, je pourrais tourner terroriste pour nettoyer un peu le rocher monégasque.
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Et pourquoi pas un petit test/sondage : on offre lesdits 200 euros à chacune des personnes constituant la population française, et on colle un inspecteur au train de chacun pour vérifier COMMENT il va dépenser son argent !
Et tous ceux qui le gaspillent en n’investissant pas dans les produits de luxe, seuls susceptibles de sortir la société française de son marasme économique, hop, fini, l’année prochaine, apu de chèque !
C’est vrai, quoi, nourrir ses gosses de raviolis de chez leader, payer les factures EDF, en quoi ça aide les copians de notre président ?
Donc autant leur filer directement !
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