Blog et autobiographie

Lors de mon premier blog, je n’écrivais jamais directement sur internet. Je faisais d’abord un brouillon sur un fichier Word et je travaillais sur plusieurs billets en même temps. Souvent, je découpais les textes trop longs en plusieurs billets et les retravaillais pour leur donner une unité et proposer des échos entre billets. Puis j’allais au cybercafé et je mettais en ligne mes billets, en échelonnant leur parution pour que le lecteur en voie un nouveau chaque jour.

Ce n’était donc pas exactement un journal intime. D’abord, ce n’était pas intime du tout, car j’écrivais pour des lecteurs, et parfois pour des individus précis. Ensuite c’était un journal qui se mettait lui-même en scène en tant que journal. La quotidienneté était recréée, et les billets étaient souvent en décalage avec la vie réelle (quand ils reflétaient quelque chose de réel.)

De même, si un déplacement m’inspirait plusieurs articles, je les publiais encore jour après jour, et parfois un mois après avoir effectué le déplacement, si bien qu’un voyage de trois jours pouvaient apparaître comme un séjour d’une semaine, ou davantage, aux yeux du lecteur.

Il y a donc de la fausseté, sinon de la fiction, dans le blog tel que je le conçois. Le blogueur ne signe pas de pacte autobiographique, pour reprendre l’expression de Lejeune.  

8 commentaires sur “Blog et autobiographie

  1. Ah, en lisant un peu plus haut votre blog, on trouve Philippe Lejeune. Mais il me semble que le pacte autobiographique ne tient pas tant à la fine distance qui sépare dans le temps un vécu de son entrée dans le journal intime que l’engagement de dire au plus près ce qu’on a vécu, vu, ressenti… qu’en pensez-vous ?

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  2. Oui, il a formalisé le pacte autobgraphique – si ce n’est lui, c’est donc Genette – par la relation qu’entretient l’auteur (A) avec le narrateur (N). Lorsque A=N, c’est un « récit factuel » (en l’occurrence une autobiographie), tandis A≠N est l’indice du « récit fictionnel ». Or, je ne sais pas s’il peut y avoir des fictions pures, mais je sais qu’il ne peut y avoir d’autobiographie pure. Et les blogs n’ont pas lieu d’en être, car je ne crois pas qu’il y ait un « engagement », comme vous le dites, d’exprimer une quelconque sincérité. Mais la technique du blog, la rapidité et l’interactivité qu’il suppose amène à prendre la parole de manière instantanée, si bien que lorsqu’on revient sur des billets plus anciens, comme vous le faites, on doit voir une image de l’auteur se dessiner qui, elle, correspond assez fidèlement à ce qu’il aurait exprimé en écrivant une autobiographie.

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  3. Que vous êtes calé ! et aussi, le blog permet la fameuse interactivité, la réponse, le simili-dialogue, alors que le journal intime empêche et craint tout cela. On tient un journal intime pour mémoriser, garder le souvenir, on tient un blog pour cela aussi, mais avec des quêtes et des liens différents.

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  4. Oui, c’est très différent. L’autobiographie est plus profonde car elle promet qu’elle dira tout, même l’inavouable, grâce à quoi on s’aperçoit qu’il n’y a rien d’inavouable, que ce qui nous arrive n’est pas si important qu’on le croyait, et que les secrets sont finalement néfastes pourle coeur.
    Le blog, sur ce point, est plus superficiel, parce qu’il doit rester public, nerveux, en réaction avec ce qui se passe autour de lui.

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  5. Comment pourrait-on dire ce qui est inavouable? On n’avoue jamais que ce qu’on veut bien avouer. Si tu dis un truc, c’est que c’était déja dicible. je ne me souviens pas d’avoir jamais trouvé dans la littérature l’aveu d’un secret qui en soit vraiment un. Quand Nabokov dit , moi, Nabokov Vladimir, j’aime cette gamine de 13 ans, ce n’est un secret et un aveu que pour lui-même, si il ressent de la honte ou de la douleur à le dire. Mais ce n’en est pas un pour celui qui ne les éprouve pas, tout au plus verra-t-il ça comme une provocation morale plus ou moins réussie.
    C’est pour ça que le secret en litterature, à mon avis, ça n’existe pas. A la place, il y a des gens qui disent des trucs qui ne regardent personne d’autre qu’eux, par une sorte d’exhibitionnisme, mais ça ne peut toucher que des gens qui y croient, ceux qui ont la même religion. une religion d’ex-soixante-huitards, tiens.
    Le drame, c’est que de toute façon, ton petit secret ne touche personne, et tu es tout seul avec ta honte et ta douleur éventuelles.

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  6. Ce n’est pas tout à fait vrai. Je me souviens d’un passage des Possédés de Dostoievski où l’un des agitateurs explique qu’en proclamant que ce qui est honteux n’est pas honteux, on emporte les foules avec soi. C’est ce que fait Houellebecq, qui explique que d’aller voir les putes en Thaïlande et d’être un obsédé sexuel frustré n’est pas honteux. Beaucoup de gens sont soulagés en lisant ça, alors qu’ils souffraient en secret. Et il ne s’agit pas tant de secret, finalement, que de retournement des valeurs. En disant « ma misère sexuelle n’est pas honteuse », Houellebecq lutte contre un double poids : la condamnation religieuse de la concupiscence d’une part, le mépris dont le plus faible (le frustré) est victime de la part du plus fort (le comblé) d’autre part. Je pense que son succès vient de là.
    Ecrit-il pour autant une oeuvre autobiographique ? Pas dans le sens strict évidemment. Mais le thème de la misère sexuelle et de la honte afférente est certainement une des composantes les plus autobiographiques de ses fictions.
    Nabokov ne fait pas forcément autre chose: en révélant qu’une fillette de 13 ans exerce sur lui un attrait, il lutte contre un interdit moral synonyme de honte secrète.

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