De la singularité de Belfast

fetes-de-fin-dannee-2008-037.1231171395.JPG 

Les historiens du temps présent sont confrontés à deux positions, concernant Belfast.

Première position : c’est une ville exceptionnelle, à cause des conflits ethnico-religieux dont elle a été le théâtre. La ségrégation des quartiers et les murals politiques en sont des signes indiscutables.

Deuxième position : Sous ce caractère exceptionnel, la réalité de la ville est à la fois plus complexe et plus banale. Belfast est en fait traversée par d’autres conflits prenant en compte des facteurs tels que le sexe, l’âge, la race, et les inégalités sociales.

Pour Debbie Lisle (dans l’article que je cite dans le précédent billet), les murals ne sont qu’une manière pour les groupes extrémistes de recouvrir, et de « dépolitiser » les autres points de divergences, les autres problématiques urbaines (pauvres/riches, femmes/hommes, étrangers/autochtones, jeunes/vieux) que le conflit protestants/catholiques avaient éclipsés. D’après elle, Belfast serait confronté à des questions et des problèmes sociaux qui la rapprochent de Barcelone ou de Seattle.

D’un autre côté, si on enlève à Belfast son identité de ville fortement marquée par son antagonisme religieux, ne lui enlève-ton pas en même temps de sa singularité (« exceptionnalité ») et de son charme ?

La question n’est pas que rhétorique, ni seulement historique. Elle fait intervenir un grand acteur des relations internationales : le tourisme. Comment fera-t-on venir les touristes ? En effaçant les traces du conflit, ou en les mettant en scène ?

fetes-de-fin-dannee-2008-038.1231194047.JPG

55 commentaires sur “De la singularité de Belfast

  1. « Et en les mettant en scène, ne sombre-t-on pas dans le mauvais goût ? »
    Peut-être, mais il faudrait expliquer. Moi, ce que je voulais dire, c’est seulement entretenir les peintures, faire des bouquins sur les fesques, des recherches, faire des visites en « taxi noir » (ce qui existe déjà et qui met en scène de manière dramatique), etc.
    C’est un miroir, oui Christine. Je ne sais pas ce qu’il fait là, sur Donegal Road, juste en face de la rue dont la photo est au début du billet. C’est un beau geste, artistique, dont tout le monde se fout dans le quartier : mais qui s’intéresse aux authentiques gestes artistiques ?

    ps. Jolie boutique, Mart, et quelle mannequin ! C’est ta femme, qui pose ?

    J’aime

  2. Le risque de mauvais goût, c’est juste celui d’une exploitation un peu trop ouvertement commerciale de l’histoire. Mais entretenir les murals et les faire visiter, oui, évidemment.

    Ps : oui, elle a de très belles jambes et une silhouette à tomber, mais, non, ce n’est pas ma femme.

    J’aime

  3. Le mauvais goût, c’est un peu consubstantiel aux touristes. Quand des cars de touristes se videront devant un mural et se prndront en photo devant le mural avec une cagoule noire et un kalashnikov en plastique, ce sera gagné.

    PS Joli mannequin. Vous faites aussi de la lingerie?

    J’aime

  4. Encore une fois, Ben, tu tires sur les touristes. Mais les touristes, c’est toi, c’est moi, c’est Mart, que veux-tu ? Que suis-je d’autre, quand je me promène endimanché, et que je prends des photos, au risque de me faire casser la gueule? Un « touriste interstitiel », pour reprendre l’expression de JD Urbain, et rien d’autre.

    J’aime

  5. Ce n’est pas LE touriste le pb, ce sont LES touristes qui posent pb. Comme disait Brassens, à partir de 3 on est un groupe de cons (enfin, c’est à peu près l’esprit de ce qu’il disait). Un Guillaume, un Mart, un Ben, on tolère. Mais 250 Guillaumes, ou 600 Mart, ou 2600 Ben, bonjour l’horreur.

    PS : oui, mais c’est une autre fille, très jolie aussi. Il faudra que je mette la photo en ligne.

    J’aime

  6. A première vue, ça plaît bien de se considèrer comme un touriste, par fausse modestie ou par curiosité, pour faire l’expérience. Mais finalement, non, je ne veux plus me considèrer comme un touriste, et Guillaume, toi non plus, tu n’es pas un touriste. Nous ne sommes pas des touristes parce que nous sommes des acteurs économiques engagés dans le système de production nationale de notre pays d’accueil. Le touriste est essentiellement un consommateur de l’industrie hôtellière et culturelle.
    2600 Ben, pourquoi ce serait l’horreur? Si tout lenmonde était comme moi, le monde serait plus beau. Je vous le dis en toute franchise, sans fausse modestie.
    Dès que tu mets des pages de lingerie, tu nous remets un lien sur ton prénom, hein, Mart.

    J’aime

  7. Tu penses que c’est de la fausse modestie de se voir comme touriste parce que tu as une définition étroite du mot. Et c’est pour la même raison que Mart parle de quantité. Bien sûr qu’un million de visiteurs d’un coup dans un village ruine le paysage, mais c’est la même chose avec n’importe quoi d’autre.
    Non, la vérité est que je suis un touriste aussi, et que notre singularité est une illusion : nous voyageons en avion, en bus, en train, des moyens de locomotions qui ne sont possibles que parce que des masses humaines les empruntent.
    Mais c’est un gros sujet, le tourisme.

    ps. Il faut mettre des liens sur son prénom en toute occasion, Ben, quand on a un blog. Je ne comprends pas que tu ne le fasses pas avec le tien.

    J’aime

  8. Moi, j’ai une « conception étroite » du touriste ? Sacrebleu, Guillaume, si tu savais la richesses de ma pensée sur le sujet tu te prosternerais. N’oublies pas que j’ai eu de très nombreuses heures dans ma vie où je n’ai fait finalement que ça, penser ce qu’était le tourisme tout en contemplant les touristes et en sortant mon miroir de poche pour voir si, moi-même, en cet instant précis, j’en étais un.
    En toute modestie, je pense qu’il y a peu de gens sur terre dont la pensée est aussi riche sur ce riche sujet. Mais passons.
    Le pb du nombre, en l’occurrence, est bel et bien un pb central. Démonstration :

    – S’il y a peu de touriste dans un lieu, alors les gens qui vivent dans ce lieu ne modifient qu’infinitésimalement leur comportement du fait des dits touristes.
    – S’il y en a bcp, ils le modifient bcp.
    Pourquoi ?
    Parce qu’il y a une différence radicale entre être-au-monde-avec-des-touristes et être-au-monde-sans-touristes.
    Laquelle ?
    Réponse : la gestion des conséquences.
    Exemple : si je tiens un resto et que je cuisine mal, l’le client qui a mal mangé ne reviendra pas. Si ce client est un touriste, je m’en tape car il ne reviendra de toute façon pas et sera remplacé par un autre touriste. Si par contre c’est un habitant, et qu’il y a surtout des habitants qui viennent manger chez moi, alors ma mauvaise bouffe me conduira à la faillite.
    Applique ce schéma élémentaire à tous les champs d’activité humaine, et tu comprendra le mécanisme de base qui fait que le tourisme est un puissant pervertisseur de lieu.
    Ce n’est qu’un exemple.

    J’aime

  9. « 2600 Ben, pourquoi ce serait l’horreur? Si tout lenmonde était comme moi, le monde serait plus beau. Je vous le dis en toute franchise, sans fausse modestie. »

    Ben, j’ai passé toute mon enfance en m’appliquant à moi-même ce raisonnement. C’était ma version de l’impératif kantien. Et je savais que, si le monde était peuplé de Mart, il n’y aurait plus de guerres, les gens seraient doux les uns avec les autres, les conversations seraient rarement vulgaire, mais aussi : les sciences et le stechniques feraient des progrès spectaculaires dans certains domaines car, dans certains domaines je suis vraiment fort. Et j’ajoutais en moi-même : si le monde était peuplé de clones de ma soeur, ce serait l’Apocalypse, s’il était peuplé de clones de mes parents, ce seraient Ruines et cendres.
    Je pense encore que j’ai raison, mais j’ai ajouté un troisième terme : le monde est mieux tel qu’il est que s’il était peuplé de clones de Mart, car dans un monde peuplé exclusivement de Mart, Mart se ferait sacrément chier.

    J’aime

  10. « Moi, j’ai une “conception étroite” du touriste ? Sacrebleu, Guillaume, si tu savais la richesses de ma pensée sur le sujet tu te prosternerais ».
    Je ne demande que cela, Mart. Mais ce n’est pas par des démonstrations sur le fait que beaucoup de touristes transforment beaucoup un environnement, car cela est évident.
    Beaucoup de choses restent à penser sur le tourisme sous toutes ses formes et sur la perception que nous en avons, nous qui nous percevons nous-mêmes comme autre chose que des touristes.
    Penser les inégalités devant les déplacements et leurs conséquences.
    Penser les rapports de collaboration entre tourisme et politique internationale.
    Penser les rapports entre tourisme et littérature/art/ éducation
    Penser ce qui nous fait avoir une connotation péjorative à ce mot, alors que nous respectons celui de voyageurs. N’y a-t-il pas là-dessous un inconscient aristocratique, qui nous fait préférer que seuls ceux qui ont les moyens voyagent et que les autres restent chez eux ?
    Enfin, tout cela est déjç connu, mais nous ne sommes qu’au début des recherches sur le tourisme.

    J’aime

  11. Je ne mets pas de lien sur mon nom parce que je ne sais pas comment il faut faire, ou je ne connais pas l’adresse exacte, ou par fausse modestie, mais Guillaume sait faire ça très bien, il suffit de cliquer sur « equateur noir » en haut à gauche. J’ai justement écrit récemment deux articles très intéressants sur les statues-reliquaires du Gabon et leur influence dans l’oeuvre de Jacob Epstein.
    Je pense qu’il faut protèger le stéréotype du touriste d’une part ; d’autre part, sur le fond, tout le monde est-il un touriste ? Non. Si tu travailles dans un pays &étranger, si tu en fais ta résidence au sens administratif et économique, tu n’es pas un touriste mais un immigré ou un expatrié ou les deux.
    Enfin, oui, nous sommes des aristocrates, une « pléiade » au sens de Gobineau, assumons.

    J’aime

  12. « le fait que beaucoup de touristes transforment beaucoup un environnement, car cela est évident », oui, ça c’est évident, évidemment, mais ce n’est pas ça que je montrais.

    Ce que je pointais, c’est la dégradation morale née de l’absence de conséquence économique des comportements irrespectueux. C’est d’ailleurs un mécanisme qui s’observe partout où il y a de grands flux humains et qui explique, par exemple, que le civisme soit bcp plus développé à Angers qu’à Paris (si je t’explique pourquoi, tu vas dire que c’est évident ; si je ne le fais pas, tu vas dire que tu ne comprends pas, alors j’hésite).

    J’aime

  13. « Penser ce qui nous fait avoir une connotation péjorative à ce mot, alors que nous respectons celui de voyageurs. N’y a-t-il pas là-dessous un inconscient aristocratique, qui nous fait préférer que seuls ceux qui ont les moyens voyagent et que les autres restent chez eux ? »

    Un milliard de choses jouent dans le fait que le mot « touriste » soit péjoratif, contrairement à « voyageur ». Ca peut être une attitude paresseuse, comme le dilettante dont on dit « c’est un touriste ». Ca peut être le conformisme quand on constate le manque d’esprit d’aventure de ces touristes qui vont tous au même endroit, alors que le voyageur cherche à sortir des sentiers battus. Ca peut être un agacement contre le surnombre qui empêche de visiter les sites correctement. Etc.

    J’aime

  14. « Un milliard de choses jouent dans le fait que le mot “touriste” soit péjoratif, contrairement à “voyageur”.  » Je suis d’accord avec tout ce que tu dis Mart, et c’est dans ce milliard de choses qu’est l’impensé du tourisme. Car nous savons bien, nous qui sommes touristes, qu’il est injuste et faux de nous qualifier de paresseux, de conformistes, de grégaires, etc. Nous sommes des millions à nous sentir « vrais voyageurs » et à fuir nos « doubles » les touristes. Il y a là quelque chose d’intenable.
    « Je pense qu’il faut protéger le stéréotype du touriste ». Ben, pourquoi ? Quel intérêt y a-t-il à cela et comment ne pas être soi-même un touriste ? Les spécialistes de la chose, disons, pour la France, Jean-Didier Urbain, montrent bien que nous sommes toujours le touriste de qq’un d’autre, et que le mépris pour le touriste a commencé dès le début du tourisme. Dès le XIXe siècle, des témoignages de « vrais voyageurs » déplorent la présence des enfoirés en groupe (caravanes de chameaux), couramment traités d’animaux (troupeaux, vaches, chiens, moutons) qui viennent défigurer les bords du Nil.
    Lire « L’idiot du voyage », paru en 1991.

    J’aime

  15. « tout le monde est-il un touriste ? Non. Si tu travailles dans un pays &étranger, si tu en fais ta résidence au sens administratif et économique, tu n’es pas un touriste mais un immigré ou un expatrié ou les deux. »
    Ben, admettons que nous soyons partis, qui en Afrique, qui en Chine et en Irlande, sans aucune intention de visiter un peu la terre, de voir un peu du pays. Crois-tu que cela ne fait pas de nous des agents du tourisme international, lorsque nous prenons l’avion, le train, lorsque nous allons voir des sites remarquables, regarder danser des villageoises payées pour cela (et heureusement, encore), pleurer devant des tableaux dans les musées, flâner dans les rues ?
    Cette aristocratie-là est tout à fait à déconstruire, car non seulement elle traîne avec elle une nostalgie des temps coloniaux, où le Blanc vient en pleine conscience de sa supériorité, mais en plus elle ne permet pas de penser au-delà des stéréotypes, concernant les déplacements, les voyages et les migrations aujourd’hui.

    J’aime

  16. Il y a un bon concept des sciences humaines (Max Weber je crois), l' »idéal type ».
    Le vrai « voyageur » est un idéal type, l’authentique « touriste » aussi. Ce qui veut dire qu’inversement personne n’est un vrai touriste, ni un authentique voyageur. Ce sont juste des idéaux type desquels on s’approche.
    Une fois qu’on a posé ça, on peut s’amuser à définir le contenu des idéaux type sans se soucier de réalisme psychologique. Par exemple, on peut définir le « touriste » comme un être conformiste, passif, grégaire. Peu importe en fait, toutes les définitions sont bonnes, chacun définira le touriste comme il le voudra en fonction des points qu’il voudra mettre en avant. La seule chose qui compte, c’est d’être cohérent, i.e. fidèle dans ses raisonnements à la définition qu’on s’est choisi.
    Pour dire les choses autrement, il n’y a pas d' »essence » du touriste, juste des choix de langage et d’analyse.

    J’aime

  17. Le vrai “voyageur” est un idéal type, l’authentique “touriste” aussi.
    C’est bien cela que j’avais en tête quand je lisais Urbain. Il m’énervait, Urbain, à se moquer des voyageurs qui se moquaient des touristes. Je me disais, « il y a pourtant bien un concept de touriste, péjoratif, que l’on peut opposer au concept de voyageur », je trouvais cela un peu facile, son attitude de sociologue du discours.
    Mais avec le temps, je trouve que l’idéal type du touriste n’est plus qu’une image de film, un stéréoptype, et qu’il ne permet plus de penser la réalité, ce qui est bien le but des modèles en sciences (humaines ou autre). Il y a des moments, où il faut changer de modèles, car les anciens ne font plus rien comprendre.
    La notion de tourisme a tant évolué, et elle recouvre tant de réalités que, celui qui voit encore dans le mot « touriste » un êre paresseux et grégaire, ne peut pas s’ouvrir, intellectuellement, à la richesse, aux dangers, aux potentialités, bref aux problématiques contemporaines du tourisme.

    J’aime

  18. pour une fois que je mets un lien qui fonctionne sur mon nom… Moi, j’ai vraiment fait du tourisme et j’ai trouvé ça assez diminuant. J’ai fait un vrai voyage organisé en Tunisie, avec car climatisé, guide, chronomètre pendant les visites, photos de rigueur et beaufitudes de table… Après, aller dans les provinces occidentales de la Chine, là où personne ne va, chez les Ouïghours, c’est autre chose. C’est pas drôle, le tourisme de masse. Je suis pas sûr que ça ait vraiment « une richesse, un danger, une potentialité. »
    Si on veut faire du concept et sortir de l' »idéal-type », on peut dire qu’il faut peut-être remplacer le « voyageur » par le touriste, pour rendre au voyageur un poids plus réel, sociologique, mais dans ce cas il faut aussi s’intéresser au migrant. Le migrant, c’est l’anti-touriste, mais je suppose qu’il a aussi des choses à nous dire sur le voyage et d’autrement intéressantes que celles du touriste. On n’envisage pas souvent le voyageur dans l’immigré. Pourtant, c’est un vrai voyageur, au sens aristocratique du terme, parce qu’il quitte son groupe d’origine, s’en isole pour aller ailleurs et se confronte à un vrai danger. Je pense qu’il y a des trucs là-dessus dans le dernier bouquin d’Edward SaÏd, « réflexions sur l’exil ».

    J’aime

  19. Et en Afrique, on a de superbes figures de voyageurs migrants. Les Africains « quittent », intransitif. Ils partent vers l’Europe (une minorité) et surtout vers d’autres pays d’Afrique (la majorité des migrations africaines est interne, ai-je lu dans Jeune Afrique, la tradition nomade reste vivace) J’ai essayé de décrire un de ces migrants : http://equateurnoir.over-blog.com/article-22705088.html et la suite : http://equateurnoir.over-blog.com/article-22737852.html

    J’aime

  20. curieusement, plus je revois ces photos de Belfast, plus je pense aux hutongs de Pékin…je me rappelle lorsque j’y avais été (dans un pousse-pousse conduit par un guide complétement excentrique mais charmant), j’avais été surpris par des trucs insolites comme çà : un miroir, un vieux sabre, des dragons bizarres qui ornent quelques baraques, des fresques-grafiitis…

    J’aime

  21. (moi aussi j’ai mis un lien, car un nvx billet)

    D’accord avec Ben.
    Guillaume, tu peux changer les mots, mais tu ne changeras pas le réel. Qu’on le vueille oui non, et aussi anti-snob qu’on soit, l’écrasante majorité des gens qui « voyagent », ou font du « tourisme », utilise le mot que tu veux, sont d’un conformisme, d’une paresse et d’un esprit grégaire parfaitement affligeants. Seul une toute petite minorité, aristocratique, sort des sentiers battus. C’est comme ça. Et c’est même de plus en plus comme ça, car la base sociologique des gens qui voyagent « s’élargit », comme on dit.
    Après, il n’y a pas une frontière nette séparant le beauf touriste de l’aristocrate voyageur, mais tout un arc en ciel, et c’est pourquoi la notion d’idéal type m’a semble intéressante : nous sommes x% voyageur/x% touriste, et le pourcentage varie d’une personne à l’autre. Et même, dans une même personne, d’une heure à l’autre, d’une minute à l’autre. Ce sont des ingrédients purs de l’être qui se mélangent en fonction de l’énergie disponible.
    Après, il y a plein de ploucs qui se croient aristocrates, et vice versa (même si c’est peut-être plus rare), mais la réalité humaine reste intangible.
    Après, ben injecte la catégorie de l’expatrié. Elle est évidemment intéressante par rapport à la question, mais elle me semble quand même en porte à faux : que fait l’expatrié quand il ne travaille pas ? certains expatriés deviennent des touristes, d’autres des voyageurs. Et là encore, ça dépend parfois du jour.

    J’aime

  22. des statuettes cassées, des tableaux kitshs et traditionnels a la fois, des vieilles boutiques désaffectées, des chinois marrants et méfiants qui se demandaient quand même ce qu’il voulait le faguo avec son appareil photo la ; j’avais l’impression d’etre à la fois dans un mélange d’épisode de Tintin revu et visité par un Hergé un peu bourré ou dans une vieille banlieue lilloise, les « chtis » avant l’heure si on veut(c’était en 2004-2005)…oui, un truc genre visite des hutongs comme on va a dysneyland mais filmé par un Dany Boon sobre lui…

    J’aime

  23. sinon Mart a tracé une frontiére aussi en plein dans l’élan de mon commentaire (c’est pas grave j’ai l’habitude…) tot ca pour dire d’accord aussi avec Ben et aussi moi de même j’ai été en Tunise en voyage organisé

    J’aime

  24. Le problème du touriste, c’est qu’il est un peu comme Mart dans un monde peuplé exclusivement de Marts, il se fait chier. tout est partout toujours pareil, il y a des pauvres à éviter, des trucs à vister, du soleil à engranger, des photos à prendre. Le monde du tourisme est un monde homogénéisé, dans lequel on pense et on fait la même chose partout, il n’y a que le décor qui change.
    Pour le migrant, c’est un peu le contraire. Le décor est un peu toujours le même : des zônes de transit, villes, ports, aéroports, banlieues… mais sa vie et sa pensée habituelles sont sans cesse agressées et remises en cause par les menaces et l’angoisse que représente une ville inconnue quand on n’y a pas de pognon.
    De ce point de vue, l’expat qui voyage sans changer de milieu, qui va retrouver les mêmes collègues, les mêmes discussions, les mêmes habitudes, est donc plus près du touriste que de l’immigré : ils voyagent sans quitter leur maison.
    Il partage cependant avec l’immigré une résidence et un travail dans le pays d’acceuil, a l’opposé du touriste qui, lui, est un pur consommateur et rentre chez lui dès la fin des vacances. Mais le migrant, lui, a quitté sa « maison », s’est arraché à son habitus, et de ce point de vue, il est le seul voyageur authentique des trois.
    En Afrique, on trouve de superbes figures de migrants. J’ai essayé d’en décrire un : http://equateurnoir.over-blog.com/article-22705088.html

    J’aime

  25. Aujourd’hui c’est la journée des posts et des reminescences, c’est la folie ! je remercie Ben car sans son article sur le taxi de la brousse je n’aurais jamais retrouvé cet artiste de reggae dont m’avait parlé Julie et Patrice a l ‘alliance française de nankin un aprés midi ou on avait rien d’autre a faire d’autre que d’écouter de la musique un jour d’automne ou d’hiver pluvieux. C’était du bon reggae effectivement et j’avais perdu la référence dans le desordre de mes paperasses et ca fait des mois que je le cherche :mais maintenant j’en suis sur, c’est bien Tiken Jah Fakouly !!

    J’aime

  26. Il y a un très bel article de jeunesse de Levinas sur le mal de mer, sensation de vertige dans laquelle il voit le vertige de quitter où l’on se sent chez soi, la terre ferme où on a ses repères, ses habitudes.
    Voyager, à mes yeux, c’est cette expérience fondamentale : quitter sa zone d’habitude, de chez-soi, se dépayser et donc se mettre en danger car le chez soi est protecteur.
    Ca peut avoir lieu partout : en changeant de pays, dans une rencontre, en entrant dans un bar, voire en écoutant une musique qui nous étonne. A condition 1) qu’il y ait de l’inconnu 2) qu’il y ait une perte de contrôle 3) qu’il y ait une ouverture, une attention, une exposition de soi 4) qu’il y ait, au moins un peu, une sensation de danger, de peur, d’excitation, même maîtrisée.
    Le touriste, dans le même ordre d’idée, n’est jamais déstabilisé. IL se sent chez soi partout et se conduit comme s’il était chez lui partout, n’hésitant pas s'(il le faut à se gratter les couilles.

    J’aime

  27. Eh bien chers amis, je vois qu’il y a encore beaucoup de travail. Les préjugés anti-touristiques auront la vie dure encore un bon moment, je le vois, mais c’est comme toujours comme ça avec les représentations. Elles durcissent, puis elles se fossilisent, puis à la fin, elles s’effritent, à force que des gens aient fait des efforts pour les faire évoluer.
    Je prends le pari qu’un jour, vous ne concevrez plus le touriste comme cet être méprisable, le tourisme comme une activité dégradante.
    Pour ce qui est des migrants, Ben, c’est un sujet assez en vogue dans mon domaine, celui de la littérature du voyage. Dans la revue où je devrais publier un article en 2009, « Studies in Travel Writing » (University of Birmingham), une amie de Glasgow va justement publier, dans le même numéro, un article sur un écrivain et philosophe africain, V. Y. Mudimbe, et elle va bientôt publier un livre sur les récits de voyage d’Africains, en exil ou autre. Je vous tiendrai au courant.

    J’aime

  28. Guilaume, tu n’envisages pas une seule seconde que nos préjugés anti-touristiques racornis par le temps, l’étroitesse d’esprit et notre propre incapacité à nous arracher à la gangue des conditionnements intellectuels puissent avoir une quelconque relation avec la réalité ?
    Ben, je pense qu’il faut qu’on se fasse réformer la cervelle d’urgence !

    J’aime

  29. Je crois qu’en effet vous êtes les victimes d’une idéologie ambiante, qui ne vous empêche pas de théoriser brillamment et à l’envi, mais qui fait de vos paroles – lorsque vous utilisez les mots de « touristes », « tourisme »- des manifestations à caractère quasiment raciste.
    Relisez vos propres commentaires de ce billet. Ils ont un relent de haine et de mépris pour une catégorie d’êtres humains (ces derniers fussent-ils en fait des types idéaux – on faisait la même chose en parlant de « la » femme, du juif, de « l’homme africain ») qui les disqualifie pour une recherche rationnelle sur les phénomènes des déplacements, des voyages et des déplacements.

    J’aime

  30. bah chiens errants (touristes ou voyageurs), chiens domestiques (les touristes un peu quand même) ou chiens féraux, sauvages genre les voyageurs, migrants, expâtriés (les « vrais » de vrai (?)) ( « féraux »pour reprendre le terme de rolin) ; nous sommes tous de passage. ici ou ailleurs..ceci dit c’est vrai qu’un lavage de cervelle ne fait de mal a personne surtout a resté scotché sur ce blog pas si précaire mais quand même ca fait mal a la téte ces débats sans queue ni tétes (de chiens errants ah ah)

    J’aime

  31. Décidément, ca n’arréte pas, voila ti pas un bel article sur ce cher Rolin : http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/01/08/un-chien-mort-apres-lui-de-jean-rolin_1139164_3260.html, un livre que je n’ai pas lu, pas vu a la télé, mais déja pourtant compris et vais essayer de faire commander par ma chef de cdi, mais c’est pas gagné, on ne sait jamais, une thématique sur la littérature de voyage, maintenant j’ai compris, inutile de faire l’impasse sur cet auteur désormais dans ce cadre la du voyage.

    J’aime

  32. Je ne pense pas que tu comprennes, non.

    Oui alors si, et c’est pire.

    Si je traite quelqu’un de connard, par exemple, et qu’il me dit : « tu m’insultes, je vais donc cesser de te parler » et que je lui réponds simplement « je comprends », alors je l’insulte encore plus. Je lui dis en effet par là : « je comprends que tu te sentes insulté, mais comme je pense vraiment ce que j’ai dit je ne le retire pas ».

    Mais au delà de ces incivilités désagréables, reste le fait que tu ne comprends manifestement pas ce que j’ai dit, puisque je dis depuis le début que je considère la notion de touriste comme un idéal type, et que je vois chacun comme un mélange changeant de touriste et de voyageur. Et je ne vois pas comment on peut mépriser un idéal type : c’est comme mépriser un concept, c’est idiot. Un concept, ça se conteste, ça se discute, mais ça ne se méprise pas.

    J’aime

  33. Je comprends que tu te sentes insulté, et je demande pardon à toi et à Ben pour avoir causé du chagrin. Cependant, je n’ai pas traité qui que ce soit de raciste, j’ai désigné un ensemble de paroles, que vous prononcez et écrivez. Celles-ci, je ne dirai pas qu’elles sont stupides, car ce n’est pas le cas. Elles sont, à mon avis, influencées par une idéologie qui est en train de changer.
    « Idéal type », ce n’est qu’un cache-sexe. Tout le monde comprend que c’est un concept, ou un modèle, et que cela ne vise personne en particulier. Mais supposons que je fasse une distinction entre, disons, « sédentaire » et « nomade », entendu que tout le monde est un peu les deux, et que je définisse l’idéal type de l’une des deux catégories comme « conformiste, passif, grégaire », « pervertisseur » et que je m’autorise à en prédiquer tout ce que je veux, comme « Le mauvais goût », ça lui « est un peu consubstantiel », ou que je le compare à des animal, comme on le fait du touriste : moutons, boeuf, etc.
    Si je fais cela, je dresse une opposition qui est, d’abord, inutilisable en science sociale, ni en rien, car c’est uniquement de l’insulte (pour le coup), du fantasme. Ensuite c’est une catégorisation problématique sur le plan éthique, ressortissant à un discours de type raciste.

    J’aime

  34. Je comprends, mais je ne suis pas d’accord.
    Conformiste, passif, grégaire, ce ne sont pas des mots terribles.
    Je proposais d’utiliser touriste comme un idéal type défini (à la va vite, on ne fait pas une thèse, on jette des idées vite fait), entre autres, par ces caractéristiques. Je te concède que ça n’en fait pas un idéal glorieux. Mais n’exagérons rien, ce n’est pas non plus infâme.
    Le conformisme, la passivité et l’esprit grégaire ont un point commun : ils consomment peu d’énergie.
    Or, pour la plupart des gens, faire du tourisme, c’est être en vacance. Et pour bcp de gens, être en vacance, c’est se reposer, dépenser peu d’énergie.
    Un voyageur ne se voit pas en vacances. Lui, ce qu’il veut faire, c’est l’inverse : exploiter son énergie, « aller au bout de lui-même », se dépenser.
    Ce sont deux logiques inverses, comme les deux termes d’une respiration.
    Le touriste qui se repose est peut être un grand travailleur qui, dans son travail, fait preuve d’audace et d’esprit d’initiative.
    Etre touriste, ce n’est pas une essence, c’est un état transitoire.
    C’est pourquoi il ne peut pas être considéré comme insultant, même si ce n’est pas un état glorieux, romanesque.
    Moi, comme toi, comme tout le monde, on a des états de fatigue. Des états de relâchement. Des états plus propice au tourisme facile qu’à l’exploration vigoureuse. Plutôt la plage que l’exporation des banlieues ouvrières de Shanghai.
    Ca n’a, encore une fois, rien d’infâmant.
    C’est pourquoi il est déplacé à mon avis de nous taxer de racistes, ou de néo aristocrates élitistes et méprisants.

    J’aime

  35. Vous taxer de raciste, oui, c’est déplacé. Mais vos paroles (en l’occurrence, seulement) résultent d’une conception des choses qui remonte et appartient à une idéologie qui doit être pour le moins déconstruite.
    Nous n’épuiserons pas le sujet, mais je maintiens que cette distinction voyageur/touriste a fait long feu, qu’elle n’éclaire plus rien, si elle l’a jamais fait, et que le tourisme reste en large part à être pensé.

    J’aime

  36. Ah, pardon, moi je suis un aristocrate élitiste.
    Mais je n’ai pas vraiment de mépris pour le touriste, au fond, j’aime bien les touristes.
    Les touristes sont humbles de coeur, ils ne cherchent pas trop à comprendre parce que dans « comprendre », il y a « prendre ».
    Les touristes sont sages, ils savent que personne ne va jamais au fond des choses.
    Les touristes sont modestes, ils savent bien que, en général, leur présence fait plus ou moins chier l’autochtone.
    Les touristes voient tous les hommes d’un oeil égal, ils s’en foutent un peu, des particularismes ethnologiques.
    Les touristes savent reconnaître la beauté d’un paysage même quand il ressemble à une carte postale.
    Les touristes ne sont pas fiers, ils acceptent sans faire d’histoires de supporter la présence de leurs semblables, leurs frères touristes.
    Heureux les touristes, les vacanciers, les abonnés des clubs méditerrannée, mes frères : à la fin, ils rentreront chez eux et méditeront dans leur coeur tout ce qu’ils auront fait pendant les vacances.

    J’aime

  37. Et nos randonnées en montagne, ce n’était pas du tourisme ? Et nos traversées de l’Europe en stop, en plein hiver, pour aller à Nuremberg sous la neige, ce n’était pas du tourisme ? Et notre virée à Heidelberg, au retour de Nuremberg ? Prendre le « philosophenweg » en devisant avec un copain, c’est du tourisme pur jus. Nous ne nous écartions en rien des sentiers battus, surtout pas en montagne.
    Mieux encore, mon bon Ben, quand nous allâmes en voiture à Angers, pour ton déménagement, n’avons-nous pas visité les châteaux de la Loire, mangé des saloperies au bord de la route ? Ecouter des guides passionnés nous raconter ce qu’ils savaient de l’Apocalypse et de de la toiture de Chambord ?
    Prétendre que ce n’était pas du tourisme, alors qu’à chaque fois, nous ne faisions qu’un « tour », que nous rentrions dans nos pénates respectives à la fin des vacances, c’est ne plus savoir ce que les mots veulent dire.

    J’aime

  38. Là où tu te plantes et où tu as raison à la fois, Guillaume, c’est quand tu dis « je maintiens que cette distinction voyageur/touriste a fait long feu, qu’elle n’éclaire plus rien, si elle l’a jamais fait » : en fait, je suis absolument d’accord sur le fait qu’elle n’éclaire plus rien, mais tu remarqueras que nous ne l’utilisons guère : ce dont nous parlons, nous, c’est surtout du « touriste » ; le « voyageur », c’est plutôt ton apport, et c’est effectivement un concept XIX° siècle, inadapté et désuet.
    Or, avec la mort de la partie noble du binôme touriste.voyageur, on se retrouve avec un mot fourre tout, « touriste », où l’on doit mettre à la fois une chose et son contraire, la vache scotchée à sa piscine et le cabri gambadant sur les sentiers de haute montagne, le client d’Eurodisney et le visiteur de la tenture de l’Apocalypse.
    Bref, en réhabilitant le mot touriste au nom de l’anti-élitisme, tu dissous le mot dans le vague le plus complet.

    J’aime

  39. Ah non, traverser l’Europe en stop, c’est quand même pas du tourisme, merde.
    Je pense que ce qui manque, c’est une vraie mise en perspective philosophique et littéraire du touriste, pour lui donner ses lettres de noblesse. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne les a pas encore.
    je n’ai jamais habité à Angers mais j’ai un bon pote à Thorigné d’Anjou, et nous sommes partis en partageant un container avec un couple angevin ; d’où une virée pour aller le charger. Et Guillaume qui n’avait rien de mieux à faire, et qui est, de plus, un touriste dans l’âme, a bien voulu m’accompagner.

    J’aime

  40. Tu ne crois pas si bien dire. Touriste dans l’âme, je suis. Le tourisme est ce qui se rapproche le plus de mon rapport au monde, je crois, depuis que je n’habite plus chez mes parents.
    Le touriste n’a jamais rien de mieux à faire que d’accompagner un copain.

    J’aime

Répondre à Guillaume Annuler la réponse.