Positions du corps (3) L’Agenouillement de la Prière précaire

Je suis allé à la messe dimanche dernier en pensant que pendant la période de Pâques, il y aurait peut-être des choses à voir.

Il y avait en effet un membre de l’église plus important que d’habitude, qui portait une mitre et un bâton très impressionnant. En allant à la cathédrale, j’entendais les cloches sonner de manière désordonnée. Ce doit être un morceau de musique, pensais-je.

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Plus tard, une amie me demanda si j’avais prié.

« Je ne sais pas prier », lui répondis-je.

Quand les autres prient, moi je me concentre et je pense à toutes sortes de choses.

« C’est ça, prier », me dit-elle. Je l’aurais embrassée. Les catholiques sont parfois dotés de cet esprit inclusif et baroque qui leur fait respecter les apparences autant que l’inapparent.

C’est une vraie question : comment prier ? Le sage précaire peut-il ne pas prier ? Précaire, cela vient de precare, prier en latin, selon certaines étymologies. Pour d’autres, cela vient de Prae: avant et de careo, es, ere : manquer de. Pour mettre tout le monde d’accord, posons que ce qui est précaire, c’est ce qui est obtenu « par la prière », d’où son aspect non assuré, imprévisible, à la remorque, à la dérive. La sagesse précaire est une sagesse suspendue au bon vouloir des autres, des circonstances, des remous de la vie. La différence entre un sage précaire et un chef religieux, ou un gourou, c’est qu’il ne peut rien promettre. C’est un peu désespérant, comme sagesse : on est là, et puis… ce qu’on a, on n’est pas certain de le garder… Ce qu’on n’a pas, on trouve normal de ne pas l’avoir… Non la sagesse précaire, il faut prévenir vos enfants, c’est vraiment en dernier recours.

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Pour raccorder la prière à la question des positions du corps qui m’occupe, l’agenouillement est une torture pour moi. Rien n’est moins naturel que de faire reposer le poids de mon corps sur mes genoux. Je ne sais pas si les catholiques en ont contracté une réelle habitude, mais pour moi ce sont des moments intéressants car légèrement douloureux et propices à des prises de conscience : mon corps se retrouve déséquilibré, désarticulé, je me sens devenir marionnette sans colonne vertébrale, sans « assise » véritable. Après l’éloge des assis, il est temps de chanter les agenouillés.

Agenouillé, je ne peux plus penser ni aux pauvres ni aux diacres, ni à personne ni à rien. C’est la prière précaire. La prière de ceux qui essaient seulement de garder l’équilibre en attendant que cela cesse.

paques-a-belfast-002.1239708662.JPGL’orgue de St Peter Cathedral, Belfast.

152 commentaires sur “Positions du corps (3) L’Agenouillement de la Prière précaire

  1. « La différence entre un sage précaire et un chef religieux, ou un gourou, c’est qu’il ne peut rien promettre. C’est un peu désespérant, comme sagesse : on est là, et puis… ce qu’on a, on n’est pas certain de le garder… Ce qu’on n’a pas, on trouve normal de ne pas l’avoir… Non la sagesse précaire, il faut prévenir vos enfants, c’est vraiment en dernier recours. »
    Il n’y a pas que les sages précaires qui ne promettent rien, il y a aussi Dieu lui-même : voilà une petite citation du Coran qui me fut indiquée par mon ami Abdennour Bidar, auteur d’un petit livre sur l’Islam : « Celui qui est altèré croit voir de l’eau, mais quand il arrive, il ne trouve rien, il y trouve Dieu auprès de lui… » (Sourate 24, Al Nur, 39 )

    Les gens croient qu’il faut croire, mais c’est une grossière erreur. Seul le sage précaire est dans le vrai. C’est dans l’échec de la croyance, celle qui viendrait satisfaire nos besoins, (« celui qui est altèré croit… il ne trouve rien ») que tu peux trouver Dieu. Comme disait Ibn Arabi, « C’est lorsque tu ne trouves rien que tu trouves Dieu : Dieu ne peut être trouvé que dans l’absence des choses sur lesquelles nous prenons appui » La prière, c’est l’art de perdre ses appuis. (Il y a un écho de cette idée chez Duns Scot : le porc qui fouit au pied d’un arbre, disait le Prologue de l’Ordinatio, s’il n’y a rien au pied de l’arbre, eh bien, il ne trouvera rien.)

    Bien plus, c’est tomber dans le vide : la seule expérience de Dieu qui te soit donnée, d’un point de vue rationnel (et, ici, du point de vue islamique), c’est celle de son absence, le fameux silence de Dieu. Le reste n’est que délire mystique, idolâtrie. La foi dans le vide, ça suppose un certain art de l’équilibre : « garder l’équilibre en attendant que ça cesse »: en attendant la fin de la Chute.

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  2. Les cloches qui sonnaient de manière désordonnée, c’est parce qu’elles venaient de faire un sacré voyage : aller-retour Belfast Rome de jeudi soir à samedi dans la nuit, ça secoue, quand on ne se déplace pas par ailleurs le reste de l’année ! Alors eles faisaient leur carillon de Pâques, et elles s’y sont toutes mises ! Tu sais qu’elles ont des noms ? Tu peux toujours demander comment elles s’appellent, tu verras ce qu’on te répondra,mais prépare-toi à entendre des « Marie » quelque chose !

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  3. « Précaire, cela vient de precare, prier en latin, selon certaines étymologies. Pour d’autres, cela vient de Prae: avant et de careo, es, ere : manquer de. »
    (billet du sp)

    com/post: je pensais que cela provenait de « pré carré », du temps où chacun le défendait, s’il le fallait l’épée au poing. Prendre soin de son pré carré, take care…(qui a aussi donné bibliotake-care pour ceux qui prennent soin des libres. (nb: j’ai fait un tapsus, je voulais écrire « livres », mais ça colle trop bien au SP qui écrit sa saga dans un mouchoir de poche (à ne pas confondre avec un pochoir de mouche).

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  4. Ben, je suis sans voix : tu as encore sublimé mon billet, et imposé le silence à ton vieux camarade.
    Myriam, j’ai comme l’impression que tu fais référence à des légendes ou des trucs qui se racontent entre catholiques et qui m’échappent en grande partie.
    Michel, je n’ai pas saisi la référence au mouchoir de poche, mais il est tard, peut-être que c’est la fatigue.

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  5. Les cloches sonnent à la volée les jours de fête, il y a aussi des jours de tristesse où elles sonnent le glas par exemple, ou l’angelus. C’est surtout dans les villages qu’on peut les entendre, puisqu’elles avaient un « langage », un timbre, un son. Le son des cloches à Pâques se mêle à celui des oiseaux qui piaillent et font leurs oeufs au printemps. J’aime bien ce que dit Ben, cependant, permets moi d’ajouter que Dieu s’il ne promet rien que son amour, est aussi le Dieu des promesses, un Dieu si proche qu’on ne peut pas le voir, proche comme notre veine jugulaire, etcaeteri etcaetera

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  6. je n’ai pas saisi la référence au mouchoir de poche,
    (com de Guillaume le 15 avril 2009 à 01:11)

    com/com: le pré carré défendu par le sage précaire est un mouchoir de poche, c’est à dire qu’il a la forme carrée des mouchoirs et la petite taille du même, plus petit que le jardin de mon oncle et plus grand que le casque de mon neveu, pour employer une formule grand-bretonne tirée d’Astérix. La sage du SP est broderie dans la trame de l’humanité et le blogue qui accueille nos pattes de mouches avec magnanimité a un rayon d’action restreint (pense-je). A l’instar de la bombe atomique du tonton de Vian, dont le rayon d’action était de 3,50m, tout dépend de l’endroit où qu’elle tombe.

    « glas par exemple, ou l’angelus. C’est surtout dans les villages qu’on peut les entendre, puisqu’elles avaient un “langage”, »
    (com de Nénette | le 15 avril 2009 à 08:13 )

    com/com: découvert en regardant le film « Les glaneurs et la glaneuse » que l’anagramme de glaneus(e) est « angélus ». Il y aurait eu de quoi faire une note monogrammatique sur Jean-François Millet . L’anagramme de « glanage » est « langage ». Voici pour la grammapodie pretcaeteri pretcaetera

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  7. Nenette, Ben, tout ca me rappelle l epoque ou j essayais de me convertir, des tas de fideles et de pretres me disaient qu il fallait s abandonner au vide, accepter le silence, ne rien attendre, ne rien esperer, ne pas croire que dieu allait me parler quand j esperais qu il allait me parler, etc, si bien qu a la fin je suis parti par manque d interet.

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  8. « Cherchez et vous trouverez » : ça, c’est une promesse.
    « Celui qui est alteré, quand il arrive, il ne trouve rien… » c’est pas une promesse, ou alors c’est la promesse d’une déception. Et si tu trouves Dieu, c’est en même temps que tu ne trouves rien. Qu’est-ce que ça veut dire ? que Dieu est quand on a renoncé à trouver (un appui, une réponse… toutes choses mesquinement humaines et qui ne mènent pas à la transcendance de Dieu) ou alors que Dieu est le rien que tu trouves. Là, ça se complique.
    Je pense que dans la théologie islamique, une « promesse », un « don »… tout ce vocabulaire du christianisme est trop anthropocentrique, il réduit Dieu à un truc rassurant, il faut restituer l’instabilité, creuser la « pensée du rien » comme dit Guillaume, dans la croyance. Trop croient pour se remplir eux-mêmes de niaiserie, c’est à vous dégoûter de croire. Cherchez et vous ne trouverez pas, frappez et on ne vous ouvrira pas. Bien fait.

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  9. En France, il y a aussi des cloches qui pondent des oeufs de Pâques, il faut voir ça ! Dans les régions de l’est, c’est plutôt le lièvre qui les pond ! J’ai même une collègue qui les a photographiés dans son jardin, et m’a offert la photo ! Et ces lièvres-là ont pondu des truffes au chocolat, à 570 calories aux 100 grammes, avec 40 g de glucides et 45 g de lipides ! Le sommet du gras, battant tous les hamburgers-frites et brownies de nos voisins insulaires ! Epaté, hein ! Comme quoi, à Pâques, avec le printemps dans l’air, il ne faut pas s’étonner des phénomènes extraordinaires ! Et puis, en sus, toujours pour la culture du sage précaire qui va devenir expert ès sciences religiositaires, sache que tout le temps de Pâques -c’est-à-direjusqu’à quand ? , question à 0,50 euros!-, les cloches ne sonnent pas l’angélus, mais le ‘Régina Coeli’, qui est plus court et donc donne l’impression d’être plus joyeux ! Hop !

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  10. 2è PS rectificatif : la génuflexion, c’est seulement le mouvement consistant à fléchir le genou, mais ce n’est pas la station agenouillée, qui sera plutôt appelée l’agenouillement … Et il y a des agenouilloirs pour cela, mais on préfèrera les élégants prie-dieu ! En ancien français,on disait aussi ‘à genouillon’, et quand on était assis sur ses molets, on était ‘à croupeton’ !

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  11. les cloches ne sonnent pas l’angélus, mais le ‘Régina Coeli’,
    (com de myriam | le 15 avril 2009 à 20:43)

    com/com: Coelho est un patronyme portugais signifiant « lapin » (conjo en espagnol, conil en vieux françois). « Regina Coeli » dans ce contexte d’oeufs de lapins-roi est amusant.

    En ancien français,on disait aussi ‘à genouillon’, et quand on était assis sur ses molets, on était ‘à croupeton’
    (com de myriam | le 15 avril 2009 à 21:02)

    com/com: de quoi reconsidérer le mot « couillon »

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  12. Ben, en substante tu dis : « c’est quand tu cesses de chercher ce que tu croies qu’il faut trouver que tu trouves ce que tu cherches vraiment », « c’est quand tu cesses de croire qu’il faut croire que tu croies vraiment », etc.

    En résumé : cesse de chercher Dieu de la manière académique qui était la tienne jusqu’à maintenant, et alors tu trouveras le Dieu vivant (là où tu ne pensais pas qu’il était, sous la forme que tu ne pensais pas être la sienne, etc).

    Mais les gens simples ne se posent pas ce genre de question, ils croient et basta.
    Chez les gens intelligents, en revanche, cohabitent toujours deux personnes, l’une qui croit et l’autre non. La précarité de la foi que tu décris, c’est le conflit entre ces deux personnes, une sorte de partie de ping pong.
    Personnellement, c’est cette partie de ping pong qui, à la fin, me semble un peu vaine. On sait qu’elle ne finira jamais. Et elle a quelque chose d’un peu artificiel, car elle oppose deux termes, foi et raison, que la sagesse précaire n’oppose pas. Quand on est sage précaire plutôt que catholique lucide, il me semble qu’on peut faire collaborer pacifiquement ces deux pôles, au lieu de les opposer douloureusement à la manière des catholiques.
    Enfin, ce n’est que mon humble avis, bien sûr.

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  13. Merci Myriam pour toutes ces précisions et ces informations. Génuflexion, n’importe quoi, comment ai-je pu écrire une ineptie pareille ? Agenouillement, bien sûr, quel beau mot, d’ailleurs. Je regrette, je le réutiliserai. « A croupeton », moi je croyais que c’était une position sexuelle, du genre « en levrettes », mais en sexe, je ne m »y connais pas beaucoup plus qu’en religion, alors ça ne veut rien dire.

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  14. “A croupeton”, moi je croyais que c’était une position sexuelle, du genre “en levrettes”, mais en sexe, je ne m’’y connais pas beaucoup plus qu’en religion, alors ça ne veut rien dire.
    (com de Guillaume | le 16 avril 2009 à 17:02)

    com/com: ce qui s’appelle donner els verges pour se faire barater. « en levrettes » au pluriel? bigre! Quoique… à la raie-flexion…

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  15. Moi, je ne dis rien, c’est Dieu lui-même qui parle dans le Coran.
    Personnellement, j’aime bien la premiere formule : “c’est quand tu cesses de chercher ce que tu croies qu’il faut trouver que tu trouves ce que tu cherches vraiment » Pourquoi tu cesses de chercher la foi ? Parce que ça ne t’intéresse plus tellement. Donc ce que tu cherchais vraiment, c’était à te désinteresser de cette recherche de la foi, à en percevoir la vanité. Et c’est là que « Dieu est auprès de toi », si j’en crois la sourate Al Nur. C’est beau comme un koan zen.

    C’est pourquoi je n’aime pas la deuxieme formule : « c’est quand tu cesses de croire qu’il faut croire que tu crois vraiment”. Il ne faut pas croire. La croyance et l’incroyance, la foi et le doute, la raison et la religion, ce sont des problèmatiques très surfaites. C’est bon pour les prétendus réformés, les Protestants mes frères, qui passent leur temps à interroger leur conscience en se grattant les couilles et en se demandant s’ils croient ou non, putain de merde. La foi qui sauve, etc.

    Le problème du Musulman, mon fis, à mon avis, c’est la transcendance absolue. Comment sortir de la figuration anthropocentrique de Dieu ? C’est pas un problème de croyance, c’est un problème d’abstraction du type mathématique, c’est plus contemplatif ou théorique.

    Le problème classique de la Catholique, ma soeur, c’est pas la foi, c’est la pratique. J’aime beaucoup ces jeunes et jolies catholiques africaines qui se demandent si mettre une capote augmente vraiment le péché de la fornication. Et pourquoi Sodome fut-elle détruite alors que les filles de Loth, (le seul sodomite sauvé, il était croyant mais pas pratiquant) sont, elles, sanctifiées après avoir enivré leur pére et couché avec lui pour lui permettre d’avoir une descendance ? (Genese, 19, 31-38) Pascal prétend (pensées, 606) : les sodomites cherchaient leur plaisir, les filles de Loth ne voulaient que donner une descendance à leur père. Mais c’est faux, (comme souvent ce que dit Pascal). Dans le péché du sodomite, comme chacun sait, je dis ça pour Guillaume, il y avait de la douleur. Dans le péché des filles de Loth, n’y avait-il vraiment pas de plaisir ? Si j’y trouve la douleur, mon péché en est-il vraiment un ? Si j’y trouve du plaisir, comment puis-je confesser ce que je ne regrette pas vraiment ? Et même ce dont je souffre, quand pourrai-je être certain que si c’était à refaire, … Et si après ça je communie, serai-je en état de péché mortel ? Ca, c’est des vrais problèmes catholiques. Ca concerne la chair et le sacré, le péché et la redemption. Et c’est quand tu te perds dans le désert de la vie, si tu renonces à trouver le salut, que tu trouveras peut-être Dieu. Ou pas.

    Il y a un bouquin de Graham Greene, un grand catholique anglais, qui dit ça très bien. Ca s’appelle justement « le fond du problème », c’est une histoire d’adultère et ça se passe en Afrique.

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  16. Sur les deux formules de Mart : “c’est quand tu cesses de chercher ce que tu croies qu’il faut trouver que tu trouves ce que tu cherches vraiment”, “c’est quand tu cesses de croire qu’il faut croire que tu cc’est quand tu cesses de chercher ce que tu croies qu’il faut trouver que tu trouves ce que tu cherches vraiment”, je crois que j’ai mal compris un truc. Ca aurait été plus clair si il avait mis des virgules :
    J’ai compris la premiere comme si c’était :
    « c’est quand tu cesses de chercher ce que tu croies qu’il faut trouver, que tu trouves ce que tu cherches vraiment » : tu oublies ce que tu croyais devoir trouver, et là, tu trouves.
    Et la deuxieme voulait dire, pour moi :
    « c’est quand tu cesses de croire, qu’il faut croire que trouves ce que tu cherches » : il faut croire que l’incroyant, dans son incroyance, etc…
    Mais on aurait aussi bien pu comprendre la premiere :
    « c’est quand tu cesses de chercher ce que tu croies, qu’il faut trouver que tu trouves ce que tu cherches vraiment » : il faut imaginer que pour trouver, il faut avoir arrêté de chercher, genre « il faut croire Sysiphe heureux… »;
    Et, inversement, la deuxieme :
    « c’est quand tu cesses de croire qu’il faut croire, que trouves ce que tu cherches » : et là, on retrouve le sens de la première dans mon interprètation de l’interprètation par Mart de mes propos, enfin bon, voilà, quoi.

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  17. Si j’y trouve du plaisir, comment puis-je confesser ce que je ne regrette pas vraiment ?
    (com de ben | le 16 avril 2009 à 23:08 )

    com/com: répéter cette phrase jusqu’à prendre conscience de son absurdité. Confesser le non-regret du plaisir? Et pourquoi pas regretter à se morfondre le plaisir de la confesse?
    0n se demande si l’homme était névrosé avant de rencontrer dieu ou l’inverse?

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  18. Eh bien, les gars, vous êtes forts en intellect. Je savais que Julien Green était catholique, mais Graham Greene, c’est nouveau pour moi. Julien Green, Moïra, une époque d’adolescence, de remords, de culpabilité et aussi de belle écriture et d’analyse psychologique comme on n’en fait plus.

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  19. Je place les virgules : “c’est quand tu cesses de chercher ce que tu croies qu’il faut trouver, que tu trouves ce que tu cherches vraiment”, “c’est quand tu cesses de croire qu’il faut croire, que tu croies vraiment”.
    Ce n’est pas ma pensée, mais une reformulation de la tienne afin de la rendre plus claire (si si…). Mais c’est vrai que sans les virgules, ça prête à confusion…

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  20. « Si j’y trouve la douleur, mon péché en est-il vraiment un ? Si j’y trouve du plaisir, comment puis-je confesser ce que je ne regrette pas vraiment ? Et même ce dont je souffre, quand pourrai-je être certain que si c’était à refaire, … Et si après ça je communie, serai-je en état de péché mortel ? Ca, c’est des vrais problèmes catholiques »
    Ca oui, c’est de vrais pb de catholiques ! On retrouve bien ce goût raffiné pour le petit masochisme secret des plus doués d’entre eux.
    Je me souviens que, quand j’étais enfant et adolescent, je vivais avec une sorte d’oeil sévère posé sur moi. Grâce à lui, je me posais exactement ce genre de questions.

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  21. je vivais avec une sorte d’oeil sévère posé sur moi. Grâce à lui, je me posais exactement ce genre de questions.
    (com de mart | le 17 avril 2009 à 16:39 )

    com/com: comme quoi se mettre le doigt dans l’oeil c’est explorer les voies impénétrables de dieu.

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  22. « com/com: comme quoi se mettre le doigt dans l’oeil c’est explorer les voies impénétrables de dieu.  »
    Ce n’est pas tant que je me mettais le doigt dans l’oeil, c’était plutôt l’oeil qui me montrait du doigt.

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  23. « L’oeil était dans la tombe et regardait Mart.*
    Il ne s’agissait pas de « confesser le non-regret du plaisir », mais pour ceux qui ont déja pratiqué, on sait que l’absolution est inefficace si la contrition n’est pas sincère. Or, s’il est assez facile de regretter une bêtise dont on n’a tiré aucun bénéfice, est-il possible de regretter ce dont on a tiré de la joie ? Confesser un péché jouissif, en soi, c’est quasiment impossible. Quand j’y pense, je me dis que ces histoires de confessionnal, c’était carrément bizarroïde. Et pourtant, il y a en Afrique des tas de gens qui rejoignent le catholicisme et ses bizarreries. (3% de Catholiques en plus par an en Afrique)
    Faut-il y voir un goût raffiné pour le masochisme ? Je crois pas, en tout cas pas l’espèce judéo-chrétienne blanche standard. Une fille m’a dit : « si tu souffres pas, t’es pas un homme ». Tous les rites d’initiation reposent sur la souffrance. Il y avait paraît-il des rituels d’initiation des jeunes, chez les Fangs du Cameroun, auxquels certains ne survivaient pas. Ca n’a rien à voir avec du dolorisme ou de la névrose, plutôt avec un principe de sélection naturelle.
    Je ne crois pas que ce soit une histoire de « sale petit secret » à la Freud. La difficulté, de mon point de vue, c’est de voir si on peut sortir le catholicisme et le notion de « péché » de la culture de la bourgeoisie européenne du xixe siècle dans laquelle nous l’avons connu. C’est un problème théorique mais qui peut avoir son interet pratique.

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  24. « La difficulté, de mon point de vue, c’est de voir si on peut sortir le catholicisme et le notion de “péché” de la culture de la bourgeoisie »
    il m’a souvent semblé que les discours des mystiques sur le péché restaient très vivants quand on oubliait la dimension morale du mot (la loi dictée par l’extérieur) au profit de la loi intérieure de l’être : c’est contre sa propre nature qu’on pèche, contre son intégrité, sa vérité, son épanouissement.
    St Jean, par exemple, on peut très bien le lire et s’en inspirer même sans croire en dieu.
    C’est là un point de vue théorique ayant son application pratique.

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  25. Quelle application pratique ?
    Voici une promesse johannique : « Jésus leur dit encore (aux Pharisiens) : « Je m’en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Où je vais, vous ne pouvez venir » (Jean, 8, 21)
    Je m’en vais. Vous me chercherez mais vous ne me trouverez pas et vous mourrez. C’est pas juste, quand même.

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  26. L’application pratique de st Jean, c’est justement son anti-pharisianisme. Tout l’évangile de Jean diffuse cette idée d’un dieu intérieur auquel il faut s’abandonner, par opposition à l’obéissance à la loi des autres. St Jean, c’est une école de la confiance en soi, de l’indépendance d’esprit, du recentrage autour de soi-même.

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  27. A goupillon, c’est assis sur une goupille. On se relève, ça dégoupille, et hop! ça pète.
    La malédiction des Pharisiens est répètée deux fois : « Vous me chercherez et ne me trouverez pas ; et où je suis, vous ne pouvez pas venir. » (4, 34); “Jésus leur dit encore (aux Pharisiens) : “Je m’en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Où je vais, vous ne pouvez venir” (Jean, 8, 21). C’est bizarre qu’une sentence aussi stupéfiante soit aussi peu connue. Ce qui est bizarre, c’est qu’on puisse chercher sans que soit donnée la trouvaille. Ca nous précarise à mort la prière.
    La sentence s’adresse en effet aux Pharisiens. Un Pharisien, c’est un partisan de la stricte observance de la Loi de Moïse. Au contraire, Jésus sauve la femme adultère qui aurait dû être lapidée d’après la loi (celui qui n’a jamais péché, qu’il jette la première pierre…), il guérit un aveugle le jour du Sabbat alors qu’on ne doit rien faire ce jour-là. Il y a bien une opposition entre la loi et la vérité. La vérité, c’est de recevoir la Lumière. (« Je suis la lumière du monde »…) En ce sens, c’est seulement en soi qu’on trouve la vraie morale, pas dans une loi extérieure. C’est ici qu’on a l’impression de retrouver le truc du dieu intérieur, cette lumière de la « confiance en soi ».
    « N’est-il pas écrit dans votre Loi », dit en effet le Christ aux Pharisiens, « J’ai dit : vous êtes des dieux « ? Elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu est adressée » (Jn 5, 34-35) Mais alors, c’est bien dans la loi des Pharisiens (« votre Loi ») que nous sommes à nous-même notre dieu intérieur. On ne sort pas du Pharisianisme avec « cette idée d’un dieu intérieur auquel il faut s’abandonner ». Au contraire, c’est parce que nous croyons qu’elle vient de nous-même que nous érigeons l’obéissance à la Loi comme ce à quoi il « faut » s’abandonner. A qui veut-on faire croire que l’obéissance à une loi intérieure serait une forme de liberté ? Qu’elle soit hétéronome ou autonome n’y change finalement rien.
    Personne ne prend le Pharisianisme au sérieux, on dit toujours : ouais, ouais, les Pharisiens, les Chefs des prêtres, … en ricanant. Mais, on le voit bien, en ce sens, nous sommes tous des Pharisiens, « fils du Diable, votre père dont vous voulez accomplir les désirs » (Jn, 8, 44).
    Nous chercherons sans trouver et nous mourrons dans notre péché. La voilà, la triste vérité.

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  28. « A goupillon, c’est assis sur une goupille. On se relève, ça dégoupille, et hop! ça pète. »
    (com de ben le 19 avril 2009 à 12:42 )

    com/com: alors on devrait dire à grenadon, car la goupille n’est que la capsule de la grenade.

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  29. « On ne sort pas du Pharisianisme avec “cette idée d’un dieu intérieur auquel il faut s’abandonner”. Au contraire, c’est parce que nous croyons qu’elle vient de nous-même que nous érigeons l’obéissance à la Loi comme ce à quoi il “faut” s’abandonner. A qui veut-on faire croire que l’obéissance à une loi intérieure serait une forme de liberté ? Qu’elle soit hétéronome ou autonome n’y change finalement rien. »

    Là, je te suspecte de mauvaise foi.
    Ca n’a rien à voir, une loi intérieure et une loi extérieure. Si tu ne penses que ça revient au même, c’est parce que tu as une conception trop étroite de ce qu’est la loi. La loi intérieure n’est pas quelque chose de gravé dans le marbre pour l’éternité, comme tu sembles le sous-entendre, ce n’est pas quelque chose de raide. C’est l’inverse, une chose souple, actualisée en permanence, dictée par la vérité de l’instant et du lieu. C’est le geste juste au moment où il a lieu. Et seul celui qui fait le geste sait si ce geste est juste ou non. Un artiste idéal suit en permanence sa loi intérieure. Un artiste réel ne fait qu’essayer, et quand il ne s’entend plus il compense avec de la technique, du savoir-faire, qui est déjà loi extérieure.
    Un imitateur ne suit que la loi extérieure. En cela, il est l’antithèse du créateur.
    Le Pharisien, c’est l’imitateur, le copieur, le scolaire.
    L’homme inspiré par dieu, le dieu intérieur, est création, invention, nouveauté.
    St Jean, les mystiques en général, se sont toujours opposé à la loi, au pape, au vatican. Comme le créateur s’oppose toujours à l’académique, au dogme.
    En fait, non seulement loi intérieure et extérieure ne sont pas une même chose, comme le dit, mais elles sont les antinomies parfaites.

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  30. « En fait, non seulement loi intérieure et extérieure ne sont pas une même chose, comme le dit, mais elles sont les antinomies parfaites.  »
    je voulais écrire « En fait, non seulement loi intérieure et extérieure ne sont pas une même chose, comme TU le dit, mais elles sont les antinomies parfaites. »

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  31. Ca devient compliqué, mais on pourrait distinguer deux choses : l’intériorisation de la Loi, qui érige comme un dieu intérieur celui qui légifère et se soumet à cette même loi : c’est la définition classique de l’autonomie, et la spontanéité de celui qui agit conformément à sa nature : »C’est le geste juste au moment où il a lieu. Et seul celui qui fait le geste sait si ce geste est juste ou non. »

    Mais la spontanéité ne définit aucune loi parce qu’elle est de l’ordre de la nécessité (ton geste est défini par la nécessité de ta propre nature) tandis que l’autonomie est de l’ordre de l’obligation (tu pourrais te soustraire à tes obligations mais tu les acceptes librement). Or, il n’y a pas de loi morale là où il n’y a pas de choix. Il peut y avoir de la « justesse » dans la spontanéité, au sens du « geste juste », mais pas de « justice » au sens d’une application d’une loi préalablerment établie. Un geste spontané peut être maladroit ou déplacé, mais il ne peut être injuste. Du point de vue de la spontanéité, il n’y a ni bien, ni mal. Si la spontanéité nous épargne donc la pharisianisme, elle ne permet pas, semble-t-il, de définir une catégorie du « péché ».

    Maintenant, y a-t-il du péché donc en-dehors d’une loi morale ? Je pense que oui. Dans la spontanéité, il n’y en a pas, et on n »y trouve pas non plus de précarité, si celle-ci implique une instabilité, une sorte de fragilité ou d’hésitation, la perte du geste naturel. Ni nécessité naturelle, ni obligation morale, l’éthique du sage précaire reste donc à définir. Laissons-lui ce devoir. Si la précarité naît de la perte des repères stables que seraient la loi morale ou la naturalité du geste, alors elle ne peut ressembler, semble-t-il, qu’à une errance dans le noir ou à une chute dans le vide.
    « Notre vie est un voyage, sous un ciel ou rien ne luit », comme chantaient les gardes suisses cités par Céline. Moi, j’aime bien les trucs tragiques, un peu, bordel.

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  32. Bien dit! Clap-clap-clap! Y’a pas un coin en Angleterre où on peut monter sur une pierre pour haranguer la foule? Speach corneur ou un truc dans le genre? Je suis certain qu’il y a là matière au prêche. ça en a la densité,avec anges et gargouilles en sus. Le sermon sur le blog! Ce que c’est tout de même que les écoles chrétiennes.

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  33. Merci pour le lien pharigot libere MJ ca m’interpelle a donf…en plus il y’a un article sur le Qumram qui peut interesser une personne de ma connaissance plonge dans cette histoire de manuscrits retrouves etc…mais pour continuer avec Fa-guo , Fan fan et autres Phariboles il y’a Pharaon aussi bien entendu : et voila le pere Francoue et ses delires pre-Caire qui revient au galop…Quand au kom de Ben , je sens que c’est profondement intelligent et perspicace mais je n’ai pas tout saisi encore…penser ca prend du temps…ce que je vais prendre…hasta luego.

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  34. « on pourrait distinguer deux choses : l’intériorisation de la Loi, qui érige comme un dieu intérieur celui qui légifère et se soumet à cette même loi, (…) et la spontanéité de celui qui agit conformément à sa nature »

    Tu as tord de réduire la loi intérieure à ces deux options extrêmes, l’obéissance si intériorisée qu’elle en devient aveugle/absolue/servile d’une part, la spontanéïté de l’autre.

    La loi intérieure n’a rien à voir avec l’obéissance servile, et encore moins avec la spontanéïté : elle a à voir avec 1) l’autonomie (ce qui la distingue radicalement de la première) et 2) la pensée et l’expérience personnelle, ce qui la distingue radicalement de la seconde.

    Tu dis : « il n’y a pas de morale dans la loi intérieure », mais c’est l’inverse : il n’y en a QUE dans la loi intérieure. C’est lorsque que quelqu’un qui obéit comme un mouton à la loi extérieure qu’il n’y a plus de morale.

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  35. Finalement, ça se lit bien, et d’ailleurs, l’intériorisation de la Loi ne me paraît pas devoir être ‘aveugle/absolue/servile’. et je crois que la justesse d’une loi intérieure doit se ressentir dans les tripes; apprendre à sentir avec son bas ventre si nos comportements sont alignés, droits, verticaux, en un mot : justes. ou non.

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