Un mariage, un enterrement et un anniversaire

Les hasards du calendrier m’ont fait assister à un mariage d’amis deux jours avant l’enterrement d’un de mes cousins.

Autant avouer que je me suis sorti de cette période sensiblement diminué. Ou sensiblement remué. Ou même augmenté, finalement…

Mais si l’on peut trouver un point positif à ces événements funestes, c’est naturellement l’occasion de retrouver des membres de sa famille qu’on n’a pas vus depuis vingt ans.

Quand on a une famille nombreuse, comme c’est mon cas, plus de vingt oncles et tantes, des cousins qui vont finir par atteindre la centaine, des frères et des soeurs qui ont tous des enfants, on ne sait plus où donner de la tête et cela devient impossible de garder contact avec tout le monde. Par ailleurs, mon père, qui est un charmant bonhomme, n’est pas très « famille » et n’a pas aidé à ce que nous fréquentions assidûment ses propres frères et soeurs, leur progéniture et leur maison. (Aurait-il été plus « famille », rien ne dit que nous eussions eu assez de temps pour voir tous ceux qui méritaient d’être connus.)  

Alors quand j’ai appris que ce cousin venait de mourir d’une crise cardiaque, à quarante ans, j’avais beau ne pas avoir de souvenirs nets le concernant, j’ai pris le train pour Tours et me suis retrouvé comme un étranger dans la cathédrale, où une foule nombreuse était venue pleurer cet homme qui semblait avoir été très aimé et avoir beaucoup aimé. Plus tard, l’idée coupable m’a traversé que si demain je devais mourir, jamais mes funérailles ne pourraient remplir une cathédrale. Je suggère dès à présent, si cela devait arriver tantôt, qu’on invite les clochards et les squatters du quartier, pour faire masse.

Ma mère était là et, malgré le fait que ce n’était pas sa famille directe, elle me présenta à mes oncles et tantes que j’avais du mal à reconnaître. Certains se plantaient devant moi et me regardaient en souriant : « C’est vraiment un Thouroude, lui. » Certes. « Il a le front de son père, il a les yeux de je ne sais qui. » C’était plaisant de se savoir appartenir à une famille, de se savoir ressembler à des gens. Depuis mon arrivée à Tours, je voyais à tort des Thouroude partout. Pourtant, ce n’est pas un nom qui renvoie à la Touraine, mais bien à la Normandie, et ce depuis des générations. Mon père était là aussi, débarqué d’un vieux camion : c’était peut-être la dernière fois qu’on le verrait à une réunion familiale, car il m’annonça qu’il venait d’acheter un aller simple pour une île lointaine, dans l’ocean indien.

La messe était longue, ce qui était très bien pour avoir le temps de prendre la mesure de l’événement. La mort d’un proche, même si le proche n’a jamais été très proche, provoque un complexe de sentiments difficile à démêler. On se retrouve à pleurer sans vraiment savoir pourquoi, puisqu’on ne connaissait presque pas l’homme que l’on pleure. On a beau ne pas être très sentimental ni tout à fait conformiste, on est bel et bien uni par les liens mystérieux de la famille.  

Nous finîmes la journée chez les parents du défunt, une jolie maison à double terrasse dans le centre de Tours. J’y ai bu et mangé avec excès, mais sans outrance. J’aurais pu boire, ce jour-là, toutes les bouteilles à moi tout seul, je n’aurais pas atteint le stade de l’ivresse. J’ai renoué, par quelques conversations, avec quelques cousine, cousins, tantes et oncle. Des enfants passaient en trombe par moments, une bande d’enfants joyeux qui avaient fait un travail de deuil au préalable. Des enfants de mes propres cousins, on appelle ça comment ? Petits cousins ? Demi neveux ? Les enfants chantèrent en choeur, nous applaudîmes. Mes oncles et tantes répondirent par l’éternel Mi cyclo vidam, en canon s’il vous plaît.

Mi cyclo vidam rouli rouli rou
Mi clo clo vidam vidam froum froum
Tchoumga tchoumga biz biz birette
Ta ka ta ka fao
fao fao fao
Boum boum boum

Une chanson que je suis toujours très surpris d’entendre chantée par d’autres gens que mon père, mes frères et soeur et moi. Mon père m’a demandé des conseils à propos des blogs car il aimerait peut-être en monter un, intitulé Aller simple. Un cousin voulut échanger ses coordonnées avec lui. Mon père lui donna un petit bout de papier, sur lequel traînait déjà un numéro de téléphone, dit au revoir à tout le monde et partit vers d’autres aventures. Le bout de papier resta dans la main de mon cousin. « Faut pas lui en vouloir, il est un peu sauvage. »

Je rentrai en train à Paris avec ma mère. Chez un de ses frères à elle, nous nous enfilâmes une autre bouteille de rouge. Le lendemain, c’était l’anniversaire de ma mère. J’étais heureux de pouvoir le fêter en lui offrant un livre sur les voyageuses du XIXe siècle, avant de prendre l’avion pour l’Irlande.

10 commentaires sur “Un mariage, un enterrement et un anniversaire

  1. Cher cousin,

    Soit assuré que le jour de tes funérailles, foule il y aura, tout comme pour chaque décès de cette belle famille. Ton article m’a fait plaisir, même si ce n’était pas le but; car il m’a rappelé que je suis un maillon de la chaine Thouroude.

    Au plaisir de te rencontrer un jour.
    Famillement.
    Cousin.

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  2. Faites pas la tete, « ton pere », c’est sympa « charmant bonhomme ». Si mon fils pouvait dire ca de moi dans trente ans, j’en serais pleinement satisfait. J’aurai le sentiment du devoir accompli. Felicitations, donc.

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  3. J’auraie bien aimaie allez a l’enterrment de grégory lemarchal .
    Je l’adorer c’eter mon chouchou de la star academy est ma maman aussi .
    Nous t’aimons trés fort tu était notre petit ange .

    Gros bisous greg sandrine et amelisia

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  4. Grégory lemarchal je l’aime bien ma maman aussi t’aime bien .
    Ont’adorer et on écoute tous le temps tes musiques .
    J’aime bien c’est > .
    J’éspere que ton troisiéme albums soi aussi magnifique que les deux premiers .

    amelisia

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  5. RIEN A VOIR. JE N’AVANCE PLUS SUR MON BLOG de textes sur NANKIN, je devrais y retourner pour pouvoir continuer a écrire sur cette étrange city chinoise, mais j’ai perdu la flamme du voyage, et surtout j’ai la flemme d’écrire. Heureusement , il ‘ya la photo (en noir et blanc…et toujours sur NANKIN) encore une bonne centaine a numeriser et mettre en ligne (?), ou en faire un bouquin

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