La « Bataille du Bogside » et le début des Troubles

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Il y a quarante ans exactement, l’Irlande du nord connaissait ses grandes émeutes, à Derry puis à Belfast, qui ont fait de cette province un pays en guerre civile.

On appelle cela la « Bataille du Bogside ». Bogside, c’est le nom du fameux quartier catholique de Derry qui s’est transformé en caserne, en quartier général et en champs de bataille pendant quelques jours en août 1969.Hier, je n’ai trouvé qu’un journal qui commémorait l’événement en première page, le Belfast Telegraph daté du 14 août. Le principal titre de une n’était pourtant pas consacré au quarantième anniversaire des émeutes, mais à la blessure d’un bébé à la suite de l’aggression d’un homme par deux femmes munies d’un club de golf. Il est vrai que l’actualité a ses urgences et ses priorités.Il s’agit pourtant d’un événement considérable pour l’histoire contemporaine du Royaume-Uni et de l’Irlande. La violence et les tensions étaient déjà palpables depuis des mois, mais l’histoire a choisi ces trois jours de bataille, les 12, 13 et 14 août 1969, pour désigner le commencement des Troubles. Les catholiques avaient créé un mouvement dit de « droits civiques », plus ou moins inspiré du Civil rights movement noir américain, destiné à leur garantir de meilleures conditions de vie. De nombreuses raisons présidèrent à la flambée des violences, mais d’après Matthew McCreary, du Belfast Telegraph, c’est le défilé d’une organisation protestante, les Apprentice Boys, prévu aux abords du quartier catholique, qui a mis le feu aux poudres. Les forces de l’ordre furent très vite dépassées, et la violence s’est disséminée dans plusieurs villes d’Irlande du nord, pour aboutir à des scènes invraisemblables de tueries, d’explosions et de vengeances sans fin.Je note qu’on procédait déjà à cette étrange pratique de déloger des habitants. A Belfast, par exemple, plus de mille familles catholiques ont été chassées de leur maison manu militari en août 1969. On retrouve aujourd’hui cette pratique dans les actes racistes commis en direction des Roms et des Polonais, comme je l’ai rapporté en juin dernier.Gerry Adams, le charismatique leader du Sinn Fein, le parti républicain, écrit ses « Souvenirs de 69 » sur son blog. Il avait 21 ans et était déjà un militant très actif. Il raconte la situation de Belfast à cette époque et la manière dont les républicains se sont organisés pour prendre eux aussi part aux événements, et combien tout s’est transformé en « zone de guerre » : « Within a remarkably short space of time, the streets off the Falls Road, and the Falls itself, had been turned into a war zone ». Le 15 août au matin, il découvre, ou il apprend, que « six personne sont mortes, cinq catholiques et une protestante. »Dans un style lyrique, Gerry Adams décrit le paysage de fumée et de désolation qui a marqué la fin de son jeune âge : « A pall of smoke rose over the Falls. The old familiar streetscape was shattered. The environment that I grew up in was gone. »Incidemment, il me semble que ces affrontements de 1969 sont essentiels en ceci que l’opposition communautaire prend alors un nouveau tour. On passe de la revendication pour des droits civiques à la lutte armée pour la réunification de l’Irlande. Ce n’est pas du tout la même chose, et on mesure combien un gouvernement plus souple et plus visionnaire dans les années soixante aurait pu éviter de désastres.Les émeutes ont pris fin avec l’arrivée de contingents de l’armée britannique, qui ont contenu le quartier des émeutiers à Derry, plutôt que de continuer l’affrontement. L’armée de la république d’Irlande, elle, se déployait le long de la frontière, et les unionistes craignaient une invasion militaire de l’Irlande pour accomplir la réunification de l’île par la force. Edward Longwill, spécialiste de questions de sécurité dans Belfast Telegraph, assure qu’il s’agit là d’une guerre d’image et de propagande. En embarrassant les Britanniques et en diabolisant les unionistes, les Irlandais ont clairement gagné cette guerre de la communication.Ces événements sont aussi l’occasion d’une grande libération d’énergie créatrice dans l’activisme politique. En effet, les Irlandais vont utiliser les murs de leurs quartiers pour s’exprimer, pour se raconter, s’intimider ou se mobiliser. A côté des violences réelles, les Irlandais ont aussi investi le terrain symbolique pour entrer dans une lutte des images très complexe et très subtile.

5 commentaires sur “La « Bataille du Bogside » et le début des Troubles

  1. Aujourd’hui j’ai pensé à vous comme quelqu’un de connu lorsque j’ai lu un long reportage sur l’Irlande au « O Globo », un jounal de Rio.
    Um abraço,

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  2. le titre: Ex-eldorado europeu, Irlanda entra em colapso
    En fait, le reportage parle des effets de la crise économique en Irlande.

    La toundra me paraît aussi lointaine…

    abraços,
    Telma

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  3. Salut,
    J’ai découvert ce blog avec une vidéo sur la résistance catholique sur daylimotion. Vous êtes papiste et prêt à prendre le maquis? En même temps je lis que vous habitez dans un quartier protestant. C’est à y perdre son latin.

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  4. Ah? Non, je ne connais pas cette vidéo qui n’est certes pas la mienne, car moi, je ne parlerais pas de résistance catholique. Pouvez-vous mettre un lien? Tout cela me paraît mystérieux, une vidéo qui parle de mon blog…

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