Hérodote, le vrai père du récit de voyage

 788px-herodotus_world_map-fr_svg.1253363531.pngLe monde d’Hérodote

Il n’est pas exactement le premier. Avant lui, on connaît la Périégèse d’Hécatée de Milet (qui a inspiré Hérodote), et surtout le Périple d’Hannon de Ctésias de Cnide, écrit en langue punique au VIe siècle avant J.-C., et qui serait le tout premier récit de voyage. Il faut se méfier de ces informations.

Mais c’est Hérodote, grand voyageur grec du Ve siècle avant J.-C., qui fixe la plupart des formes de ce que nous appelons un récit de voyage.

La provocation de cette affirmation ne doit pas nous faire oublier qu’Hérodote a longtemps eu la réputation d’être un historien, et de s’occuper surtout des tenants et des aboutissants de la guerre qui a vu s’affronter Grecs et Perses (Les guerres médiques). Réputation d’historien due aussi aux traductions anciennes de son grand livre. Pendant des siècles on l’a traduit Histoires, et ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale qu’un nouveau courant d’hellénistes l’a traduit par Enquêtes. Car le mot même d’ « histoire », au sens classique, ne dénote pas seulement une recherche de vérité sur le passé, mais aussi une exploration géographique afin de vérifier, d’aller voir sur place et de témoigner. L’idée que l’espace et le temps sont intrinsèquement liés est une histoire aussi longue que la plus longue des routes.

Hérodote a énormément voyagé, on ne sait pas encore exactement pourquoi. Pour faire du commerce ? Pour faire des repérages payés par sa famille, son clan ou sa patrie ? Il connaît mieux le monde que quiconque à son époque, et se propose de témoigner de ses explorations et de ses recherches. La première phrase est à cet égard cruciale :

Hérodote d’Halicarnasse présente ici les résultats de son enquête, afin que le temps n’abolisse pas les travaux des hommes et que les grands exploits accomplis soit par les Grecs soit par les Barbares, ne tombent pas dans l’oubli. (Traduction d’André Barguet, Folio).

Il se présente en son nom propre et propose un pacte au lecteur ou à l’auditeur, un pacte de référentialité : je dis ce que je sais, ce que j’ai vu et je cite mes sources. Il dit en substance : je suis allé moi-même dans ces contrées, j’ai vu et j’ai enquêté, et voici ce que je peux en dire. Ceci est essentiel puisqu’il rompt avec les récits épiques de la tradition homérique et remplace les grands héros et les dieux par un homme simple, vivant, limité, curieux et observateur.

Autre attitude révolutionnaire : il met sur un pied d’égalité les Grecs et les étrangers (qu’en grec on appelle « barbares », sans connotation xénophobe chez Hérodote). Je reviendrai sur ce point, qui fait de lui un auteur quasi ethnologue. Jacques Lacarrière de lui : « Dix siècles avant eux, il était moins raciste qu’un conquistador espagnol et moins borné qu’un jésuite de la Renaissance. »

Sur les deux tomes que les éditions « Folio classique » mettent à disposition du public, le premier est entièrement consacré à une description du monde, des pays, des peuples. Il rapporte des coutumes, des croyances, et décrit d’incroyables monuments. C’est du récit de voyage pur et simple, et non de l’histoire, ni tout à fait de la géographie ; c’est le récit de ce qu’un homme a pu voir et analyser. Il captive son auditoire en parlant au plus près de ce qu’il ignore, « à la pointe de son savoir » (Deleuze). Là où il n’a pas pu aller, trop au nord ou trop à l’ouest, il avoue qu’il ne peut que rapporter ce qu’en disent les gens les plus proches. Il y a donc chez Hérodote, comme chez tous les grands auteurs de voyage, une double exigence de scrupule face au réel et d’enchantement par le style.

Il captive son auditoire car il écrivait pour être lu à haute voix. Il faut imaginer les Grecs, à l’ombre des portiques, écouter avec passion ces récits de voyageurs qui leur racontaient comment on vivait ailleurs. Il faut imaginer leur surprise, leur fascination au récit des moeurs et des paysages étranges. Il était rare, à l’époque de savoir de qui on était environné. La lecture d’Hérodote est donc d’abord quelque chose de dramatique, de poétique, tout en étant documentaire. C’est le récit du réel qui crée le sentiment esthétique de l’auditoire, mais c’est le sentiment esthétique qui est visé à part égale avec la recherche de la vérité. Hérodote pourrait tout à fait avoir sa place dans un spectacle vivant, des metteurs en scène devraient s’intéresser à son texte car il est conçu, à certains moments, pour faire dresser les cheveux sur la tête.

6 commentaires sur “Hérodote, le vrai père du récit de voyage

  1. Euh, l’anonyme c’est moi, j’ai fait une erreur de frappe. Je ne sais si c’est inconscient ou non , mais le plus interessant pour moi en tout cas dans cet article c’est l’allusion a Jacques Lacarriere. J’ai toujours aime cet ecrivain.Je n’ai lu que  »le voyage en Grece » et encore en extrait dans des anthologies et surtout ses traductions , et toujours par bribes et mal c`’est vrai pour des partiels, pas completement creuse son oeuvre, je me rend compte que c’est vraiment bien dommage.Pourtant, son oeuvre d’ecrivains voyageurs et de traducteur, Il est pourtant mons consisdere que Bouvier et pourtant cet ecrivain m’attire la sympathie. C’est superficiel comme point de vue. Pour ceux qui ont eu la chance de suivre des etudes a Paris comme votre serviteur , il n’etait pas rare de le croiser parfois dans le quartier cheri des etudiants en lettres et philo : le quartier latin bien sur. Je me souviens l’avoir croise en pleine conversation passionnee avec Michel Chaillou a la terrasse d’un cafe , celu qui fait face a la Sorbonne et l’ancienne libraireie PUF aujourd’hui remplace par un magazin de mode pourri ; je me souviens bien , cela ne fait pas si longtemps pourtant,mais voir en chair et en os un type si passionne et un un ecrivant de cet agabit a la sortie d’un cours de litterature comparee sur Zweig, Bernanos et Sabato fait parti de ces petits plaisirs de l’existence typiquement parisienne (ou les  »peoples » litteraires sont legions) que l’on n’oublie guere. Amis litteraires un peu paparazzi et midinette comme moi, promenez vous un jour dans ces quartiers (6e;5eme;8eme, jardin du luxembourg, jardin des plantes, Mouffetard – ou Pennac s’y ballade souvent, prend u cafe en vous disant bonjour la tete dans le nuages les gens le reconnaissent mais le laissent tranquille, cet homme inpsire le respect, c’est fou da’illeurs cet arret de l’hysterie soudaine devant l’ecrivain meditant en marche arpentant les boulevards en pensant a sa prochaine oeuvre :;j’avais deja croise Sollers aussi et j’en ai deja parle dans un com de ce blog, lui c’est different, c’est un fou de guerre litteraire, toujours en lutte pour le gout…) ; c’etait le com d’un petit routard du paname litteraire. Je me souviens aussi de Derrida avec son enorme cartable noir en bandouliere Boulevard Raspail a deux pas de l’alliance Francaise de Paris, a L’ehss et sa conference  »La bete et le souverain » que j’avais suivi avec assuidite. On l’attendait aux portes de ‘ecole , il sirotit son cafe peinard. Ca n’ ‘rien a voir avec Herodote mais si en fait.

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