Griffin, l’anti-racisme et le retour des années 80

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De plus en plus, j’ai l’impression de revivre sur les îles britanniques ce que la France a vécu dans les années 1980. Les premières fois que je pensais cela, je me critiquais en me disant cela était dû à une mauvaise compréhension des choses et des paroles. Qu’il était impossible que la France ait été en avance de 20 ans sur l’Angleterre, et pourtant.

Pourtant, aujourd’hui, les journaux parlent d’un événement qui s’est passé hier soir, et ce sont les journalistes anglais eux-mêmes qui rappellent que la France a connu la même chose en 1984. Pour la première fois, le leader d’un parti d’extrême-droite, le BNP (British National Party) était invité dans la grande émission politique de la BBC. En signe de protestation, de nombreux Londoniens sont allés manifester devant les locaux de la télévision. De nombreuses personnalités dénoncent le fait que la BBC donne une telle visibilité, et une sorte de crédibilité à quelqu’un que l’on décrit dans la presse généraliste, ainsi que dans les blogs, comme « raciste » et « fasciste ».

Le Pen chez les Anglais

Tous les journaux anglais rappellent le cas de Jean-Marie Le Pen, invité à L’Heure de vérité en 1984, et combien cette émission a été déterminante dans la montée en flèche du Front national. Dans le reportage du Guardian, Le Pen critique les manifestants, dont il dit qu’ils se font « une idée très restrictive de la démocratie ».  

Les autres fois où j’ai eu cette sensation de revivre les années 80 concernent effectivement la question des étrangers et du racisme. Le thème est très à la mode, et on n’a pas peur, en Angleterre, d’appeler un festival : Love Music Hate Racism. Tous ces thèmes un peu cul-cul et larmoyants, comme la tolérance, l’antiracisme, le métissage, le multiculturalisme, sont ici omniprésents, comme ils l’étaient dans la France d’SOS Racisme et de Touche pas à mon pote, de Jack Lang et de Jean-Jacques Goldmann. Nous assistions avec effroi à la montée en puissance de Le Pen (que, pour ma part, je détestais tellement que j’étais prêt à le tuer pour sauver l’honnneur de la patrie!), de la même manière que nos amis anglais assistent, impuissants, à la popularité grandissante de Nick Griffin.

Le « décalage migratoire » et le décalage économique du Royaume-Uni

Ce n’est pas pour rien que j’ai traité de ce sujet plusieurs fois depuis que je vis au Royaume-Uni. C’est une vraie question, pour le voyageur actuel, que la place des étrangers dans nos pays. J’avais expliqué quel était, à mes yeux, leur statut dans un pays anglo-saxon par comparaison avec leur statut en France. J’avouais qu’à titre personnel je préférais être un étranger en terre anglo-saxonne, mais j’avais clairement stipulé (enfin, j’avais lancé l’idée) que les choses deviendraient moins roses en temps de crise économique et sociale. Les remous autour de Nick Griffin me donnent peut-être un peu raison.

A la question provocatrice que j’avais posée en septembre 2008, « Les Britanniques sont-ils plus racistes que nous ?« , il faut évidemment répondre que non. Pourquoi les Britanniques seraient-ils plus racistes ? Simplement il faut se demander : pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi Le Pen en 1984, et Griffin en 2009 ? Je vois un élément de réponse dans la situation des années 1970, et dans le décalage des moments de crise entre nos deux pays.

L’immigration africaine devint massive, en France, dans les années 1970, et c’est en 1972 que Le Pen créa le Front National. Il a fallu attendre plus de dix ans, et une longue crise économique, pour que le « parti anti-étrangers » trouve un véritable ancrage dans la population française. Or, à cette époque, les étrangers n’émigraient pas au Royaume-Uni car c’était un pays en grande difficulté économique dans les années 1970, comme chacun sait. Les îles britanniques ne sont devenues une destination favorite des pauvres que depuis les années 1990. Nous y avons débarqué par milliers pour trouver un emploi et pour nous amuser, et c’est maintenant que la population britannique la moins favorisée se sent vraiment étouffée, mal à l’aise, effrayée devant un avenir incertain, et scandalisée par une idéologie médiatique bien pensante où elle se sent méprisée, incomprise et menacée.

14 commentaires sur “Griffin, l’anti-racisme et le retour des années 80

  1. Et toi, ne penses-tu pas aussi que ces manifestants ont « une idée très restrictive de la démocratie », ou aurais-tu été d’avis que les media anglais continuent à censurer le BNP ?

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  2. Le sujet Le Pen (et Griffin) me met toujours mal à l’aise, car il y a deux registres qui se mêlent sans cesse. Le premier, c’est l’antipathie naturelle de l’humaniste pour le non humaniste. Ca, c’est consensuel, on est tous d’accord pour dire que Le Pen n’est pas cool. Le second, c’est une donnée humaine qu’on aimerait peut-être ignorer, mais qui résistera toujours à tous les bons sentiments : une population donnée ne peut absorber qu’une certaine dose d’étranger sans générer de xénophobie. Qu’on le veuille ou non, c’est comme ça. Le Pen se fait le porte parole de cet incompressible humain, et cela lui donne sa légitimité.
    On peut honnir Le Pen ou Griffin, mais pas ignorer le phénomène dont ils sont le symptôme. Mais là, on entre dans un de ces tabous de l’époque où il est impossible de penser sereinement.

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  3. Je veux dire cette arrivee comme ca de l’extreme droite, dans un parti ..mais ce n’est pas nouveau… avec les hooligans, les skin heads tout ca, franchement…bof,

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  4. Je suis d’accord avec toi Mart, et je crois justement avoir montré cela dans mon billet. Le truc, c’est que Griffin semble être un assez piètre orateur, et en plus, il insiste sur des questions de races, il parle des Blancs, des Noirs, comme si la couleur de la peau importait, et cela ne devrait pas le porter bien loin. Le Pen, lui, a réussi à attirer tout un électorat non raciste mais nationaliste tout simplement. Griffin essaie, en disant que Churchill serait aujourd’hui membre de son parti.
    De toute façon, le système britannique est protégé par ses élections à un tour, qui favorise la bi-polarité, et tend à écraser les partis alternatifs. Il est surtout protégé par une population largement libérale et modérée.

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  5. Oui, François, c’est vrai qu’il y avait les Skinnheads. Mais ils étaient obscurs, ils voulaient incarner le mal, ils savaient qu’ils l’incarnaient, et en cela ils prolongeaient l’idéal punk et dandy : déplaire, vivre dans l’instant, se foutre de tout, provoquer l’apocalypse, prétendre aimer précisément ce que les gens détestent le plus, c’est-à-dire la beaufitude. Les Skinheads étaient anti-étrangers mais anti tout le reste aussi.
    Ils n’étaient qu’un furoncle, une réaction devant une petite immigration sans problème. Lors de déplacements massifs de populations, la réaction est moins localisée, elle est plus générale et elle porte des partis identitaires plus larges et plus présentables.

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  6. C’est marrant, j’ai eu une discussion intéressante à ce sujet il n’y a pas longtemps avec un ancien militaire des troupes de marine. Les skins anglais écoutaient de la musique jamaïcaine, le ska, et donc une musique d’origine noire (le groupe Madness, par exemple, avec ses rythmes pré-reggae). C’était un mouvement de prolos pas plus facho qu’autre chose, à l’origine. Après, ça s’est scindé en deux : les néo-nazis et les redskins, les « skins rouges », qui se distinguaient des fachos uniquement par la couleur de leurs lacets de chaussure et de leur « Bomber ». Sinon, ils avaient les mêmes battes de base-ball.

    Je me rappelle que quand j’étais plus jeune, j’ai eu traîné avec des bandes, dans l’Ouest, où il y avait à la fois des skins et des punks, qui se torchaient de concert avec une belle fraternité. On buvait des « calimucho », mélange interessant de blanc ou de rouge et de coca. La recette est la suivante : prenez un litre de blanc consigné, buvez-en au goulot, autant que possible, puis, quand vous avez repris haleine, complètez avec le cola de base. Il y a un petit gout de cinzano rosso et ça crèe une ivresse très particulière. Ca se boit à température, entre amis, sur une pelouse interdite dans un jardin public.

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  7. Ce matin, deux jours apres le programme sur BBC, le guardian fait encore la premiere page sur Griffin, avec une grande photo. Ca veut dire quoi? Ca veut dire que le BNP fait vendre des journaux, maintenant. Les programmes TV savent qui inviter pour faire monter l’audience. Merci de dire qu’on est liberale et modere, mais je crois que l’Angleterre va changer maintenant, et j’ai peur.

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  8. Je n’ai jamais réussi à prendre au sérieux le danger représenté par Le Pen et ses divers équivalents italiens, suédois ou luxembourgeois. Ce sont des phénomènes de protestation qui font croire que, mais les forces anti-fascistes sont bien trop puissantes pour qu’il se passe quoi que ce soit.
    En revanche, le climat moral que le lepénisme fait apparaître, c-à-d l’antifachisme militant à la BHL, je le trouve suffoquant. Regardez le lynchage dont a fait l’objet Benoît Hamon parce qu’il a fait l’erreur de parler dans le sillage de Marine : peu importe ce qu’il dit, s’il le dit après Marine c’est forcément un facho.
    Des tas de thèmes de réflexion intéressants deviennent interdit et c’est toute la vie intellectuelle d’un pays qui décline.

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  9. Moi je prenais au sérieux le danger de Le Pen quand j’étais adolescent, parce que je n’avais aucune expérience et que j’étais sous l’influence de médias qui montraient son aspect diabolique. Et puis dans la région lyonnaise, dans la campagne déshéritée de nord dauphiné, je dois dire que le racisme était très prégnant. Culturellement, sur le plan des discours, des paroles entendues, c’était très violent les années 80.

    Oui, Fran, j’ai remarqué cela aussi. Encore ce matin, dimanche, trois jours après l’émission, le leader de l’extrême droite continue d’occuper certaines « une ». C’est une vraie vague médiatique, qu’il sera intéressant de voir évoluer -ou non – en vague électorale.
    Nous lisons dans le Monde d’aujourd’hui que le Royaume-Uni continue sa récession économique à la différende des autres grands pays. Si ça se confirme, Griffin ne peut que prospérer. Mais sans rien à craindre, vraiment.

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  10.  »On buvait des “calimucho”, mélange interessant de blanc ou de rouge et de coca. La recette est la suivante : prenez un litre de blanc consigné, buvez-en au goulot, autant que possible, puis, quand vous avez repris haleine, complètez avec le cola de base. »

    Ah le calimucho…ca alors !! la boisson espagnole de ma premiere cuite.Ca fait des annees que j’ai pas entendu parler de ce truc super sensass. Sejour linguistique en espagne (ah cette blague…, le pretexte pour se bourrer, se barrer oui !) a Salamanca, aout 1993.Je traine pas avec des skins mais avec un drole de type d’origine suisse en cours avec moi toujours accompagne de minettes italiennes qui connait la ville comme sa poche, une sorte d’anar bon chic mauvais genre d’une vingtaine d’annee, un Duris avant l’heure de l’auberge espagnole qui me fait decouvrir tous les pubs, bars, discotheques de la ville undergournds et chebrans en moins d’une semaine, me fait ecouter du Fishbones, un groue super que plus personne n’ecoute se traine dans les bodegas les plus chelous de la region, parle aux clodos jusqu’a 6 heures de mat,va se recoucher (avec une italienne de preference) et a 19hoo petante le lendemain,il remet ca ; la tete dans le cul pour reciter en classe les verbes irreguliers du preterit en espgnol au petit matin -si ca se trouve il y’est encore et continue cette vie de ouf geniale !!. Oleee !
    Euh par contre , le calimucho moi, c’etait avec du gros rouge vin de table espagnol bien pourri dans un gobelet en plastique geant pas mal et beaucoup de coca. Bweuarafff !resultat garanti.C’est ca l ‘espagne aussi, celle de la movida et post movida. Enfin eux, ils ont eu Franco pendant trente ans et on est pas pret de voir un Griffin ou un equivalent avant un bout de temps, a mon avis.Viva Espana !

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  11. coucou tout le monde je suis en 6 ème et je fait un exposé sur l’Espagne et enfaite je me pose une question dans les année 80 es que les gens buvée dans les puis ou au robiné ? es que vous pourrié m’aider ?

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