Un petit quartier protestant

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Qui chantera le Village ? Qui se fera le poète de ce petit quartier infâme, à l’ouest de Belfast, mais moins à l’ouest que la célèbre et catholique Falls Road ? Des poètes de cette dernière, il y en a à foison. Mais qui chantera le Village ? Comment chanter un quartier infâme, voilà une question de poétique et de théorie littéraire : Céline le savait bien, lui et son célèbre Chanter Meudon. Car ici, dans le Village, l’héroïsme a quelque chose de crasseux, d’illégitime, de brutal et de profondément, très profondément déplaisant.

Je dis « ici », car c’est là que je vis. Moi, poète précaire, j’invoque les muses pour qu’elles me donnent du nerf. Chantons Donegall Avenue, chantons Boucher road! Célébrons French Park et ses grandes peintures protestantes! Chantons la peur qui nous prend quand nous sortons un appareil photo. Chantons la peur, chantons le froid, chantons les fresques et l’effroi.

L’héroïsme est déplaisant ici car il ne peut même pas déguiser sa violence sous des discours plus ou moins nobles. A la différence d’un républicain qui peut venir parader devant des étrangers en leur disant qu’il a fait de la prison pour la juste cause qui l’anime, le para-militaire issu du Village ne peut que dire : « Je sais que vous ne m’aimez pas, et je vous emmerde. » Son rêve à lui, c’est que l’Irlande reste coupée en deux, et que l’Irlande du nord soit « le dernier bastion du protestantisme en Europe » pour reprendre les mots du grand leader unionniste Ian Paisley, qui vient de prendre sa retraite.

Petit quartier engoncé entre la ligne de chemin de fer et l’autoroute dite Westlink, mais aussi entre la zone industrielle Broadway et le stade de football Windsor Park, le Village présente au moins l’avantage d’être clairement délimité. Quand on y est, on sait qu’on y est. Des drapeaux du Royaume-Uni flottent, des fanions bleus blancs rouge égaient difficilement des rangées de maisons ouvrières en brique ocre. Point d’arbres, point de pubs et point de lieux de sociabilité en dehors des lieux de cultes et de mystérieux centres pour femmes. Point de bibliothèques locales, point de cinéma, mais des enfants qui jouent au football dans les rues.

Chanter le Village, voilà toute l’affaire. 

10 commentaires sur “Un petit quartier protestant

  1. Presque pas d’arbres, en effet, en tout cas aucun arbre dans les rues d’habitations. Pourquoi cette question Cochonfucius ?
    La disposition des photos, Protester, n’est pas de mon fait, mais c’est joli comme ça, alors je laisse.

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  2. Tu me coupes l’herbe sous le pied, j’avais justemet envie de parler encore de ton quartier. Je sais pas pourquoi, mais je me rends compte que le préfère les murals unionistes aux murals républicains, ça correspond mieux à mon esthetique.

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