Peut-on oublier « Bloody Sunday » ?

Je n’ai jamais été un fan du groupe U2, mais cette chanson a bercé mon enfance et une partie de mon adolescence, bien avant que je ne songe même à aller en Irlande. Cette chanson était surtout remarquable pour son « rif », les quelques notes d’arpège du début. A mon époque, tous les jeunes s’entraînaient à la guitare avec ces quelques notes. Et puis en ces jours d’actualité, où la tuerie du « dimanche sanglant » de 1972 revient sur le devant de la scène, cette chanson est incontournable. Elle a pourtant été produite plus de dix ans après les faits (1983), mais c’est le propre de la variété de capturer des émotions et d’accompagner des événements qu’elle n’a pas connus. On reparle du Bloody Sunday à la faveur d’une commission d’enquête qui avait pour but de faire la lumière sur la mort de treize catholiques de Derry, tués par les forces armées britanniques. La hiérarchie militaire prétendait que les militants avaient ouvert le feu et que l’armée n’avait fait que se défendre. Officiellement, aujourd’hui, la commission reconnaît que les hommes n’étaient pas armés. Le gouvernement a donc reconnu hier qu’ils étaient innocents, et le premier ministre David Cameron a déclaré que l’armée britannique avait failli, et a présenté ses excuses. bloody_sunday_mural_bogside_2004_smc.1276768459.jpg Ce jour-là, donc, 30 janvier 1972, les catholiques de Derry manifestent au nom des « civil rights », inspirés en cela des mouvements américains, et se font charger par les forces de l’ordre. Comme le montre la carte interactive qu’a mise au point le très bon site du Guardian, les manifestants furent tués alors qu’ils étaient en plein repli, loin, très loin, de présenter une quelconque menace pour l’ordre et la sécurité du pays. Visiter Derry, aujourd’hui encore, c’est se souvenir de ces actions fondamentales. La ville est comme un chant aux luttes du passé, et une incarnation de l’Irlande du nord dans son ensemble. J’aime Belfast, mais Derry représente l’histoire de la province d’une manière plus poignante, plus radicale et plus imaginative. Cette fresque murale, avec l’homme à la calvitie qui marche en se courbant, un mouchoir blanc à la main, est l’image stéréotypique du Bloody Sunday. Tirée d’images filmées par la BBC, elle montre le prêtre Edward Daly qui escortait un groupe de manifestants pour porter à l’hôpital un jeune homme abattu. Ils arriveront trop tard, l’homme mourut et le prêtre lui donna l’extrême onction (c’est comme ça qu’on dit ?) sur le trottoir. Sur les images d’archives de la BBC (voir la première vidéo ci-dessu), le mouchoir est maculé de sang. les peintres de la fresque ont préféré transférer le sang, du mouchoir, à une bannière blanche, piétinée, sur laquelle sont écrits ces mots : « CIVIL RIGHTS ». Ce prêtre est, par la suite, devenu évêque de Derry. A la retraite aujourd’hui, il jouit d’un prestige et d’une aura inégalables. Hier soir, à la télévision, l’ancien premier ministre nord irlandais, Peter Robinson, déclarait que le dossier était clos et qu’il fallait maintenant cesser de parler de cela pour que la nation (la nation nord irlandaise, s’entend) avance ensemble. Aujourd’hui, jeudi 17 juin 2010, les lycéens français qui planchent sur le bac de philosophie, peuvent réfléchir sur le sujet suivant : « Faut-il oublier le passé pour se donner à l’avenir ? » Peter Robinson répondrait par l’affirmative.

8 commentaires sur “Peut-on oublier « Bloody Sunday » ?

  1. Si les bacheliers prennent ce sujet, ils feraient mieux de parler de l’Algerie et des Francais d’orogine algerienne.
    Je note une grande difference entre la fresque du billet et les images de la bbc sur la video. Manipulation, quand tu nous tiens.

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  2. La différence entre le « Mural » et la vidéo n’est pas tout à fait de la manipulation, à mon avis. C’est une condensation de plusieurs éléments en une seule image pour raconter l’histoire générale du dimanche « sanglant ».

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  3. Ah ? Merci Sunday-je-sais-tout. Peut-être que le jeune Irlandais avait encore un souffle de vie…
    Ou alors il était déjà mort, et alors le prêtre lui a rendu… les derniers rituels. Les ultimes recommandations. Que sais-je ?

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  4. « Ils arriveront trop tard, l’homme mourut et le prêtre lui donna l’extrême onction (c’est comme ça qu’on dit ?) sur le trottoir. » Mélange des temps pour le style, mais c’est quand même bien confus et niveau véracité des faits, il va falloir mener l’enquête. Je ne sais pas si tu auras la moyenne au bac avec tout ça.

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  5. Je n’ai jamais entendu cette musique. Mais j’aime beaucoup tout ce qui a un rapport avec l’histoire. Donc je pense que je vais beaucoup aimer cette musique aussi. Les gens qui évoquent l’histoire sont pour moi ceux qui nous apprennent à ne pas reproduire les erreurs du passé.

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