Mon colocataire indien est parti

Il n’avait pas payé son loyer au début du mois d’octobre. Je lui en faisais la demande, mais il traînait des pieds, disait qu’il n’avait plus de boulot et concluait, invariablement, par : « Je vais voir ce que je peux faire. »

Moi je lui répondais dans un franc sourire : « Yes! You try your best! »

Il y a quelques jours, il vient me voir et m’annonce qu’il s’en va, et qu’il n’est pas nécessaire d’attendre qu’il paie son loyer. Soit, je garderai la caution.

Il allait partir le lendemain même de cette annonce. Il prétendit que c’était une décision soudaine.

Spécialiste en réflexologie et en médecines de toutes sortes, il était à Belfast pour passer un master de business. Mais, ce beau diplôme en poche, il ne trouvait que des emplois extrêmement subalternes, dans des centres d’appels principalement.

Il pense qu’en Inde, il a plus de chance de mettre à profit au moins l’une de ses deux compétences. Par ailleurs, j’ai cru comprendre qu’il avait une femme et deux enfants, au pays. Si cela est exact, on ne sait jamais, il a peut-être le désir de revoir ce petit monde, qui lui est peut-être attaché, en retour, par des fibres inconnues de la science économique et de la réflexologie.

En partant, il a pris soin de laisser un gros bordel dans la chambre. Et une odeur de renfermé, dont je commence à me demander si elle n’a pas quelque chose de quintessentiellement asiatique, tant elle me rappelle le départ de mon colocataire chinois, dont certains sur ce blog se souviennent plus que d’autres.

3 commentaires sur “Mon colocataire indien est parti

  1. Un pot de départ ? Non pas de pot de départ, ce n’est pas le genre de la maison. Je n’arrive même pas à célébrer l’obtention de son master à mon Pakistanais. Nous sommes trop busy, nous les travailleurs immigrés, vous ne vous en rendez pas compte, vous les Parisiens.

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  2. C’est dingue, le pouvoir de réminiscence des odeurs. En lisant les derniers mots de ton article, si j’essaie de retrouver cette odeur qui habitait la chambre de haut, je retrouve instantanément le paysage vu de la lucarne en face de la porte de cette chambre, au-dessus de l’escalier : toits, fumées, lumières de Belfast et au-delà, la ligne de crète ; et, aussitôt après, par association, Derry vu du sommet du centre commercial, la couleur des briques, la rue devant Queen’s, la sublime bibliothèque universitaire avec ses baies vitrées, le froid humide dans Donegall Road, etc. C’est magique.

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