Heurs et malheurs de la marchande

J’attends mon frère à la supérette du village. C’est là que je fais de menues courses et que je bois un café, quand j’ai besoin de recharger mon téléphone ou mon ordinateur portable. A pied, c’est à vingt minutes du terrain, cela fait une bonne promenade matinale sur un beau chemin de grande randonnée, caladé au moyen-âge.

La charmante marchande a les larmes aux yeux, elle vient de perdre sa mère. L’enterrement a déjà eu lieu, je ne pourrai pas y assister, et la vieille dame repose au cimetière du village. Très beau cimetière au demeurant. Je n’ai pas les mots pour soulager la peine de la gentille marchande, alors je la paie de mes course et lui commande un café. Sa manière de me rendre la monnaie est plus lente et plus humaine – si c’est possible – que d’habitude. C’est dans de tels petits gestes quotidiens, que l’on dit les grandes choses, les peines et les complicités discrètes.

Sur la terrasse, je passe quelques heures à travailler sur un article pour une revue anglaise très prestigieuse. J’essaie de gomer le ton polémique que j’aime prendre quand je parle de trucs théoriques.

Je demande à la marchande où je peux acheter de la viande de sanglier, sachant que la chasse est ouverte. Elle veut m’en donner car son mari est chasseur et aura sa part tôt ou tard, mais elle se demande comment faire pour me prévenir quand elle en aura. Je lui donne mon numéro de mobile, en lui donnant, au passage mon prénom, celui de mon frère et notre nom de famille. Cela me plaît qu’elle nous connaisse mieux, cela améliore les relations et fluidifie l’intégration au pays.

Quand mon frère passe me prendre, elle peut enfin l’apostropher par son prénom. Depuis le temps qu’ils se connaissent! Cela fait des années qu’elle vend le miel de mon frère et elle ne savait pas son nom. C’est la première fois qu’elle nous voit ensemble et je sens que ça lui fait plaisir. Ils parlent de leurs enfants respectifs, elle est mère de trois enfants déjà adultes, mais elle n’est « pas encore grand-mère ».

De parler d’enfants avec deux braves gaillards (enfin, un gaillard, moi je ne suis ni vraiment brave, ni père de famille), cela redonne de la joie à la marchande. Elle nous souhaite le bonjour en nous appelant « les frangins », et n’hésite plus à me toucher le bras quand elle m’adresse la parole, ou à me taper dans le dos pour me dire : « Eh oui, je ne suis plus toute jeune. »

C’est indéniable, une certaine familiarité se crée entre nous.

2 commentaires sur “Heurs et malheurs de la marchande

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