Des histoires de docteurs

Je reprends une voiture et monte à nouveau sur le causse de Blandas, mais cette fois pour aller chez mon frère JB, près de Pézenas. Il nous invite chez lui pour célébrer noël, et nous traite comme des rois. Nous sommes logés à l’hôtel, près de son cabinet médical, ce qui est d’un luxe invraisemblable pour un sage précaire. J’apprécie à sa juste valeur de pouvoir faire une sieste dans ma chambre, d’y être seul, et d’y avoir une télévision !

Je profite encore de la qualité de médecin de mon frère pour m’immiscer chez un dentiste qui, par faveur pour son collègue, accepte de me prendre le 24 au matin. Son assistance, en prenant mes coordonnées, me racontent des choses horribles sur les arracheurs de dents d’autrefois. Je la supplie d’arrêter ; elle a l’air surprise : « Pourquoi, vous n’êtes pas docteur ? »  J’ai le réflexe de lui répondre non, pas du tout, bien au contraire, puis je me souviens de mon diplôme récent. « Enfin, je suis docteur, mais pas en médecine. Ces blagues de médecins, moi, ne me font pas rire du tout. »

Son mari me charcute une molaire pendant plus d’une heure, une heure pendant laquelle je me pose des questions : à quoi rêvent les dentistes, tout le jour penchés sur des cavités et des caries qu’il faut creuser et explorer ? Rêvent-ils de crevasses, de montagnes, de spéléologies et de crêtes ? Plus tard, mon frère me dira qu’il s’agit-là de questions idiotes. Qu’on pourrait aussi se demander à quoi rêvent les gynécologues. Eh bien, dis-je, peut-être bien de spéléologie aussi…

Peut-être que la spéléologie est le dénominateur commun de l’onirisme doctoral ?

L’assistante du dentiste – son épouse – se tient près de moi et pose ses mains sur mon épaule et mon bras, ce qui me réconforte beaucoup. Je trouve cette attitude très professionnelle de sa part. Ils me donnent rendez-vous pour un autre charcutage début février. Ce sera l’occasion de rendre une nouvelle visite à mon frère.

A partir de ce moment-là, mes journées sont rythmées par les répercussions douloureuses de ce soin dentaire. Car si le dentiste vous guérit, son action  est traumatisante pour l’ensemble de nerfs, de gencives et d’os qui constitue notre système dentaire. Il faut donc plusieurs jours pour que la douleur se résorbe Je dois faire alterner des prises d’Ibuprofène et de Paracétamol, trois fois pour chaque médicament. Cela fait six occasions dans la journée de calmer la douleur. Alors je calcule mes journées par rapport à ces six plages de bien-être, six moments paradisiaques. Une prise au lever et une au coucher, car souffrir à ces deux moments-là est intolérable. Le reste de la journée doit se partager entre les quatre autres ingestions de médicaments, et c’est un savant calcul, un jeu de cache-cache avec son propre corps.

Il faut ruser avec la douleur, et supporter quelques minutes de plus à chaque fois, en se disant que le répit sera peut-être plus long, et qu’il vaut mieux ne pas gâcher ses munitions trop rapidement.

Puis il arrive que la douleur s’apaise et qu’on se sente enfin à peu près, et provisoirement, guéri.

4 commentaires sur “Des histoires de docteurs

  1. Les médecins aiment promener les profanes. Ayant fait la cour à une doctoresse (en médecine), ce qu’elle a trouvé de mieux comme divertissement le jour où elle m’a admis chez elle, ce fut de regarder ensemble une vidéo de formation permanente sur la chirurgie de restauration de la fertilité chez les femmes (elle est gynécologue, probablement en retraite aujourd’hui). Plus tard elle m’accorda ses faveurs, parce que j’étais revenu.

    Quant à la douleur, que j’ai goûtée un petit nombre de fois (des dégâts spontanés à l’intérieur), il ne faut la souhaiter à personne. Ca rend idiot et égocentrique, et on n’est pas content de soi-même quand c’est passé. J’ai cru comprendre pourquoi il arrive aux infirmières de succomber à la tentation d' »abréger la souffrance », comme on dit.

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  2. Gentil Précaire,une des bizarrerie de mon père était de nous demander comme ça à brûle-pourpoint,parfois en plein déjeuner alors que nous n’étions que de pauvre hêre de cinq ans,,  » Leblésmouti? Labiscouti? » et nous devions répondre,  »Oui, leblésmou, labiscou. »
    Quelle belle fin d’année dans le froid et la neige ;
    By.

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