Pierres blanches et roses

 

J’ai remarqué de superbes pierres blanches et resplendissantes sur le terrain. Il y a longtemps, je les mettais négligemment sur un côté et, chose à noter, je mettais les lampes à recharge solaire dessus. Comme si elles avaient un pouvoir de magnétisation, ou d’optimisation des rayons solaires…

Depuis, j’en vois de plus en plus, sur les chemins que j’emprunte, et je les aime de plus de plus.

Je me demande pourquoi personne, dans la région, n’a eu l’idée d’en faire quoi que ce soit. Pas une construction, pas une sculpture ni aucun monument. On en voit pourtant des centaines, sur le mont Aigoual comme sur le terrain, et elles ne sont utilisées que pour monter des murets, indistinctement mélangées aux roches grises de schiste. Dans un pays aussi religieux, il est étonnant que des catholiques n’en aient pas fait une chapelle, ne serait-ce que pour influencer le petit peuple de l’aspect supérieur de leur religion, pour leur inspirer des idées magiques et surnaturelles.

Tous les matins, assez tôt, je pars dans la montagne, au dessus du terrain, pour faire une récolte. J’en remplis un sac à dos, que je vide sur mon jardin suspendu, près du four. Petit à petit, je substitue les anciennes pierres grises qui délimitaient les petits jardinets, par ces nouvelles pierres qui donnent une lumière particulière.

Une quantité considérable de pierres magnifiques, marbrées, scintillantes au soleil, jonche la montagne. Il doit y avoir une couche géologique qui traverse le terrain et qui ménage, entre deux couches de schiste, une bande de minéral blanc et rose.

Il m’a fallu dix mois pour y prêter attention, et maintenant que mon jardin suspendu commence à être recouvert de ces pierres blanches, je me prends de passion pour elles. Elles sont maintenant aussi importantes que les fleurs, et d’ailleurs bien plus durables.

Je possède maintenant une collection qui commence à avoir franchement de la gueule. L’accumulation de cette minéralogie inattendue est d’une beauté étrange. Leur blancheur incongrue donne une impression de magie.

Je descends au village pour rendre une visite de voisinage à mon amie Véro. Elle me montre un vieux livre de géologie pour m’aider à trouver l’origine et le nom de ces pierres qui me fascinent dans les montagnes. Ce n’est pas du quartz ni du karst, si j’en crois ce que j’ai vu sur internet. En revanche, le vieux livre semble nous indiquer une piste solide. Il doit s’agir d’une sorte de feldspath, une roche recouvert de cristaux. Mais, selon les auteurs, ce sont des cristaux qui n’ont pas d’orientation privilégiée : « Les constituants majeurs sont des minéraux silicaux-alumineux de couleur blanche ou rose[1]. »

Voilà un mystère éclairci, à mon avis. Autant que je peux en juger, cette information est satisfaisante.


 

[1] Claude Bousquet et Gabriel Vignard, Découverte géologique en Languedoc méditerranéen, éditions du BRGM, 1980, p. 62.

3 commentaires sur “Pierres blanches et roses

  1. Salut,

    Vos « trouvailles » s’expliquent par l’histoire géologique originale des Cévennes : un « manteau » de schiste « percé » en deux endroits par une remontée de granit d’origine souterraine, qui forment aujourd’hui le mont Aigoual et le mont Lozère (deux « îlots » de granit dans une « mer » de schiste).

    Au contact entre le schiste et ces remontées souterraines très puissantes, et notamment sous l’effet de la pression, toute une séries de phénomènes géologiques originaux se sont produits, qui sont à l’origine des sources géothermales chaudes et des filons métallifères que l’on trouve sur tout le pourtour de l’Aigoual et du Lozère (plomb, argent, zinc… et même de l’or !).

    Ces filons ont été exploités depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine. Les dernières mines métallifères des Cévennes ont fermé dans les années 1970-1990.

    Il ne faut pas confondre cette histoire avec celle de la houille du bassin d’Alès (c’est une autre histoire…), de même qu’avec celle des fameux « gaz de schiste » qui seraient aussi présents dans le sous-sol de la région (il ne s’agit pas du même schiste: celui qui affleure dans les Cévennes ne contient pas d’hydrocarbures ; le schiste susceptible d’en contenir est en réalité appelé « shale » par les géologues et il se situent en grande profondeur. Seuls les francophones d’Europe parlent d’ailleurs de « gaz de schiste », les anglo-saxons et les Québécois parlent de « gaz de schale »).

    Voili. 😉

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