Trop bon, trop con

Une lectrice a judicieusement commenté le billet précédent : ceux qui n’élèvent pas la voix ont tendance à être « trop bons, trop cons ».

Le sage précaire n’a jamais utilisé cette expression populaire. Non qu’il ne se soit senti parfois le dindon de la farce, le bouffon de la soirée (trop con), mais il ne s’est jamais perçu comme « trop bon ». Ni même comme bon, n’ayons pas peur des mots. La plupart du temps, le sage précaire essaie de ne pas être trop mauvais ou méchant, c’est à peu près l’étendue de son devoir moral.

Les rares fois où le sage précaire a pu se dire : « ici j’ai fait montre de bonté », ça n’a jamais ouvert la porte à une avanie. Je n’ai jamais eu qu’à me réjouir d’avoir été bon.

Mais là je pose la question : fermer sa gueule devant des cons qui, en plus d’être cons, sont en position de supériorité hiérarchique, est-ce être bon ? Dans mon petit théâtre des vertus, je place malheureusement à un rang élevé le courage de dire ses quatre vérités à un chef.

Tout figure d’autorité mérite le respect, a priori. Mais elle doit mériter son statut, et quand elle faillit, une voix me dit que je ne peux pas laisser passer ça, que je dois lui dire son fait. En faisant cela, je scie la branche sur laquelle je suis assis, mais je commets un acte bon, du point de vue de la morale de la conviction.

Alors, par un tour des choses bien mystérieux, celui qui ne sait pas fermer sa gueule se trouve être aussi bien « trop bon, trop con ». C’est en apprenant à se taire, à opiner, qu’il sera à sa façon en situation de transgression vis-à-vis de ses propres valeurs.

2 commentaires sur “Trop bon, trop con

  1. Parmi les détenteurs d’autorité statutaire, tu as quelques petits malins qui pensent que c’est bien mieux de jouir du pouvoir sans chercher à s’en montrer digne. Donc ils se conduisent en mauvais chefs, parce qu’un bon chef est au service de ses troupes

    http://laprecaritedusage.blog.lemonde.fr/2010/10/05/theorie-du-chef-le-sage-precaire-en-nambikwara/

    et qu’ils ne souhaitent pas exercer un tel dévouement. Je pense qu’il vaut vivre avec, sans leur accorder trop de poids.

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