
Je ne me souviens jamais de mes rêves. Ce qui reste, au matin, ce sont des images. Pas des photogrammes, mais des condensés, comme si tout un film se rétrécissait en une seule image dense et informe. Une concentration d’idées, de sensations, accompagnée d’une émotion : joie ou tristesse. Ces images, je les interprète parfois dans les minutes qui suivent. D’autres fois, elles restent là, silencieuses, sourdes et muettes.
Hier matin, l’image m’a parlé d’équilibre. L’idée m’est venue que je devrais être payé à mi-salaire pour travailler à mi-temps, à distance, afin de retourner dans les Cévennes plusieurs jours par mois. Une autre interprétation est arrivée ensuite, plus persistante, plus essentielle. C’est l’image d’un muret et d’une rigole, tout en haut de mon terrain, dans la montagne.
Ce n’est pas un rêve de construction, ni de frontière. Ce n’est pas une ambition de bâtir quelque chose d’imposant, ni même de délimiter ce qui m’appartient. Ce muret, cette rigole, c’est un rêve de protection. Protéger la terre des pluies et des éboulis. Protéger ma vie. Protéger ce qui m’entoure : mon foyer, mon couple, mes amis.
Avec le temps, une transformation s’opère chez le sage précaire. Il ne se rêve plus en voyageur, en jouisseur ni en parasite. Il se fantasme en jardinier bouclier.

五十而
知天
命, À ciquante ans tu deviens raisonnable 🙂
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Merci pour ce commentaire. C’est comme ça que tu traduis cette phrase ? Je pensais que c’était plus abscons et plus métaphysique, genre : « À 50 ans, je compris les desseins du Ciel. » Mais je n’ai pas la même proximité que toi avec Confucius.
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Un muret/ rêve de protection, c’est bien une frontière! La peau-même en est une.
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Ce n’est pas faux, mais je relance ici une vieille idée qui me taraude sur une dichotomie qui m’oppose à certaines personnes sur l’individuation d’une terre. Dans un billet vieux de 10 ans presque, je parlais déjà de mon indifférence vis-à-vis de la délimitation de mon terrain. https://gthouroude.com/2015/08/21/mon-terrain-cevenol-pas-de-frontieres-mais-un-coeur/
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Cette opportune chronométrie montre en effet que ce terrain cévenol a acquis une force symbolique suffisante pour devenir un refuge pour le moins psychique. Le muret dont la fonction prime est la canalisation des eaux de pluie dangereuses pour le sol ne veut pas pour autant marquer la limite, d’autant plus que le Sage précaire entretient volontairement (ou philosophiquement) un flou vis à vis d’icelle. Ceci dit le SP utilise bien le déterminant possessif qui marque fut-elle floue la frontière entre la parcelle ouverte à ses proches et le reste du monde.
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