
Le cœur de cette histoire d’amour devenue célèbre entre François Mitterrand et Anne Pingeot n’est pas le moment où la femme cède, ni celui de la rupture, ni celui de la reconquête ou de l’enfant, mais c’est le moment où Anne écrit quelques mots sur une enveloppe pour exprimer le bonheur que lui apporte sa relation avec cet homme.
Cela me bouleverse car ce n’est pas une qualité partagée universellement que de savoir trouver les mots pour le bonheur. Les gens sont souvent plus inspirés par la tristesse et la mélancolie. Le chagrin d’amour a produit plus de poèmes que la joie de vivre.
La jeune femme vit ces petits voyages dans la cambrousse franchouillarde avec un monsieur qui pourrait être son père. Ils visitent des églises et des musées, ce n’est pas très croustillant. Mais dans ces virées discrètes, une intensité naît entre les deux, faite de mots, d’images et de rêveries. Cela seul suffit à remplir deux existences et à apporter ce qui est si important : le sentiment de vivre, la sensation forte d’être en connexion intime avec quelqu’un qui nous emporte. Avant d’appeler cela amour, il faut savoir reconnaître la joie, cette sensation de déborder de bonheur.
Étudiante en art, de retour d’une de ces virées, Anne se sent tellement bien qu’elle écrit ces mots :
Je suis profondément heureuse.
Moment merveilleux de ma vie qui
émerge enfin de l’inconscience.
Me souvenir de ce bonheur
qui est grand
solide
bon
Jeunes gens qui vous sentez seuls, n’écoutez pas ces affreux masculinistes qui vous abreuvent de conseils délétères sur la séduction et les relations homme/femme. Ce que vous devez essayer de faire, ce n’est pas de séduire, de conquérir ni d’impressionner. Votre plus grand souhait est d’être en tout point généreux avec la femme qui vous plaît. N’ayez pas peur d’être pris pour un gentil, au contraire, soyez fort gentil, soyez généreux de votre argent si vous en avez, de votre temps, de votre talent, de votre capacité d’écoute. Donnez beaucoup. Donnez ce que vous avez de mieux, pour celle qui mérite tant. Votre seul but devrait de la rendre heureuse. Après, si vous réussissez, peut-être vous aimera-t-elle.
Car ce que Mitterrand a fait de mieux dans cette histoire, c’est de rendre heureux une femme quelque temps.
L’art de la séduction, c’est la force tranquille.
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La force tranquille, c’est 1981, alors qu’en 1964, Mitterrand n’est pas conquérant, ni fort ni tranquille. C’est un homme inquiet, transi par l’amour qu’il ressent, qui a peur mais qui n’a plus rien à perdre. Il se donne à fond et se met à nu, comme il est d’usage dans le moments cruciaux de nos histoires d’amour.
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… et la force vient ensuite.
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Exactement.
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