
Je suis particulièrement ému de voir cette exposition, car tous les artistes présentés sont maliens, membres d’un collectif d’artistes qui s’appelle Yamaro. Cela me touche profondément, parce que le Mali connaît, depuis les années 1980-1990, une véritable renaissance culturelle, notamment à travers une génération de photographes talentueux qui ont su faire entendre leur voix et faire reconnaître leur regard.

Ce qui m’émeut aussi, c’est la comparaison avec d’autres contextes. Je pense notamment au Moyen-Orient, et en particulier à l’Arabie Saoudite, où l’art populaire a souvent été documenté pour la première fois par des photographes occidentaux. Cela m’a frappé lorsque je me suis intéressé à la peinture murale Qat al-Aseeri, dans les montagnes du sud de l’Arabie. En cherchant à savoir qui avait été le premier à la photographier et à la faire connaître, j’ai découvert qu’il s’agissait de Thierry Mauger. Je n’en revenais pas. Pourquoi n’existait-il pas de documentation locale, de photographes saoudiens ayant capté cela plus tôt ?
On m’a alors répondu, simplement : c’est une question de moyens. Dans les années 1960-1970, l’Arabie Saoudite était encore un pays en développement ; les gens n’avaient pas forcément les ressources pour acquérir cette technologie et produire ce type de documentation.
Et c’est précisément pour cela que ce que je vois aujourd’hui au Mali me semble si important. Depuis quarante ans, malgré les défis économiques, un écosystème photographique local s’est structuré, affirmé, et parvient aujourd’hui à proposer une vision puissante, cohérente, profondément enracinée. Cette capacité à produire une photographie de qualité mérite d’être soulignée et célébrée.
Je crois que la photographie est un genre qui connaît un essor rapide et puissant dans toute l’Afrique.
Au Congo, il faut mentionner Robert Nzaou, qui a commencé à exposer en Europe et aux Etats-Unis : https://www.robertnzaou.com/
J’avais moi-même beaucoup aimé les photos d’Abdoulaye Barry, au Tchad : https://rapports-tchadiens.over-blog.com/article-pecheurs-de-nuit-102984473.html
Barry a exposé au musée du Quai Branly : https://www.quaibranly.fr/fr/collections/toutes-les-collections/la-photographie-au-musee/le-prix-pour-la-photographie/abdoulaye-barry
L’ennui (si c’en est un), c’est que la production de tous ces photographes est un peu hors-sol, elle n’a pas vraiment de public local, et les photographes évoluent dans un milieu d’expatriés, soutenus par les Instituts français et autres institutions étrangères pour lesquelles la promotion d’artistes africains est un « engagement », ce qui dit beaucoup sur sa sincérité. Cependant même si leur pratique reste marginale, au moins elle permet l’expression, avec une grande vérité, d’une subjectivité africaine non stéréotypée, loin du déversoir à haine des réseaux sociaux, ce qui n’a pas de prix, tant la possibilité d’exprimer sereinement et souverainement ce qui se vit en Afrique est rare. C’est pourquoi les photos de Barry, en particulier, m’avaient profondément ému, à l’époque. J’ai même acheté une ou deux photos de Nzaou, très cher, radin comme je suis, c’est dire.
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Très juste, d’ailleurs cette problématique d’un art peu consommé par les habitants de Bamako est abordée dans l’exposition « Merci maman ». C’est un problème que toutes les sociétés connaissent quand elles se développent. On ouvre des musées pour l’édification des masses mais qui les visite ? Les touristes principalement, et une petite partie de la bourgeoisie locale. Je suis d’avis qu’on n’abandonne pas et que les profs de philo continuent d’acheter des œuvres d’art. Tu es devenu un vrai collectionneur Ben, entre tes calligraphies chinoises et tes photos africaines.
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