Claude Iverné dans un taxi saoudien

Quel bonheur de travailler sur des œuvres d’art, des récits et des théories.

Je n’en reviens toujours pas que l’on puisse être privilégié au point de s’occuper d’images, de mots, de recherches et de visions.

Je rejoignais des amis au restaurant et devais leur rendre ces publications du photographe Claude Iverné. Avant de me séparer de ces livres, je les ai lus et feuilletés une dernière fois.

Iverné est un grand voyageur et un excellent connaisseur du Soudan. Il est en train de coopérer avec les musées d’Arabie Saoudite donc l’avenir dira s’il documentera le royaume avec la même profondeur que le pays africain.

Il m’a raconté comment, au milieu du chemin de la vie, il a tout quitté, la mode, les paillettes et Paris, pour aller dans un des pays les déshérités du monde et s’y installer durablement.

Depuis son retour en France, Iverné a créé des structures de recherche, d’archives et de publication, afin de faire plus de lumière sur le Soudan.

Et la lumière, un coup d’œil sur les images que je partage ici suffit pour se convaincre qu’il s’y connaît.

Photographes maliens

Exposition « Merci Maman », Munich, juin 2025

Je suis particulièrement ému de voir cette exposition, car tous les artistes présentés sont maliens, membres d’un collectif d’artistes qui s’appelle Yamaro. Cela me touche profondément, parce que le Mali connaît, depuis les années 1980-1990, une véritable renaissance culturelle, notamment à travers une génération de photographes talentueux qui ont su faire entendre leur voix et faire reconnaître leur regard.

Ce qui m’émeut aussi, c’est la comparaison avec d’autres contextes. Je pense notamment au Moyen-Orient, et en particulier à l’Arabie Saoudite, où l’art populaire a souvent été documenté pour la première fois par des photographes occidentaux. Cela m’a frappé lorsque je me suis intéressé à la peinture murale Qat al-Aseeri, dans les montagnes du sud de l’Arabie. En cherchant à savoir qui avait été le premier à la photographier et à la faire connaître, j’ai découvert qu’il s’agissait de Thierry Mauger. Je n’en revenais pas. Pourquoi n’existait-il pas de documentation locale, de photographes saoudiens ayant capté cela plus tôt ?

On m’a alors répondu, simplement : c’est une question de moyens. Dans les années 1960-1970, l’Arabie Saoudite était encore un pays en développement ; les gens n’avaient pas forcément les ressources pour acquérir cette technologie et produire ce type de documentation.

Et c’est précisément pour cela que ce que je vois aujourd’hui au Mali me semble si important. Depuis quarante ans, malgré les défis économiques, un écosystème photographique local s’est structuré, affirmé, et parvient aujourd’hui à proposer une vision puissante, cohérente, profondément enracinée. Cette capacité à produire une photographie de qualité mérite d’être soulignée et célébrée.