Jours de suspens en Arabie saoudite

Boisson à l’hibiscus, version premium des cafés de Riyad

Je vis ma dernière mission avec le ministère en Arabie saoudite. Cela fait une semaine que j’ai rendu mon badge et mon ordinateur portable, une semaine que j’ai reçu mon visa de sortie définitive du territoire saoudien, et une semaine que je ne sais pas que faire.

J’attends mon argent et mon billet d’avion. J’étais un consultant auprès de sa majesté le président de l’autorité des musées, diffusant la sagesse précaire aux plus hautes sphères culturelles du Royaume, et il était temps que je reconfigure ma collaboration avec le monde muséal et universitaire d’Arabie saoudite.

Nous nous sommes très bien entendus mais je ne peux plus me permettre de me rendre si souvent dans le Golfe persique. Je dois me recentrer sur un triangle qui est suffisamment étendu : la France, l’Allemagne et la Tunisie.

En attendant, je meuble mes journées vides en m’obligeant à faire un peu de sport. Mais les pompes que je m’astreins à faire sont moins là pour me muscler que pour évacuer la tension intérieure qui monte en moi. La solitude et l’incertitude de mon départ, mêlées à des attaques guerrières qui atteignent l’aéroport où j’irai prendre l’avion, m’oppressent un peu.

Alors je mange trop et mal. Je grossis et je rêve de maladies dont je me crois atteint. Mes nuits ne sont pas belles alors la journée je me venge en marchant des heures et en faisant des centaines de pompes. Je ne peux plus faire de vélo car j’ai démonté ma bicyclette pour l’empaqueter et l’emporter avec moi à Munich. Et quand je marche, mes pauses et mes relais sont des cafés où je m’empoisonne avec des boissons sucrées et de la gastronomie de réconfort.

Marche, pompes, abdominaux et assouplissements.

Chocolat, hamburgers, frites, capuccino et jus de carcadet.

La sagesse précaire est suspendue entre ces deux extrêmes.

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