Je me faisais une fête d’accueillir le grand écrivain dans mon université. Nous nous étions mis au point, à Paris, pour une série d’interventions. Il était d’accord pour intervenir deux fois, la première pour une conférence classique devant un parterre classiquement obligé d’être là. Et une deuxième fois pour une rencontre plus intime avec quelques étudiants volontaires et nourrissant un véritable intérêt pour la chose littéraire.
C’était un privilège extraordinaire pour moi, d’abord de l’avoir invité lui, puis d’avoir obtenu du consulat une belle marge de manœuvre pour son séjour.
Tout était de bonne augure jusqu’à ce qu’il m’envoie ce mail où il m’annonce qu’il a développé des « troubles fonctionnels qui ne mettent en danger ni [sa] vie ni [sa] santé mentale », mais qui l’obligent à annuler le voyage.
Je passe sur ma déception et sur celle, à venir, de mes étudiants.
Le consulat, pris de court, doit se précipiter pour trouver un autre conférencier, et me demande une liste de noms d’écrivains susceptibles d’intéresser les étudiants chinois. Je prends cela pour un honneur et un privilège. Se mettre à sa table et rêvasser aux auteurs qu’il serait intéressant de faire venir, quel pied. En premier lieu, éliminer les stars médiatiques qui ne prêteraient même aucune attention à l’invitation (Sollers, Houellebecq, Nothomb…) ; en deuxième lieu, écarter ceux qui font paraître un livre lors de cette rentrée littéraire (ce qui exclut Quignard, Forest et quatre cents autres.)
Alors qui ? Avec délectation, j’ai frappé ces quelques noms sur mon courrier destiné au consulat : Pierre Michon, Régis Jauffret, Jacques Réda (qui doit être un peu vieux, je m’avise), et quelques autres. La crème de la crème.
Après quoi, j’apprends sur le blog de Pierre Assouline, http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/09/02/oyez-oyez/#comments, que Pierre Michon va être présent à un festival organisé en son honneur dans le Limousin, autour du 20 septembre. Qu’il y aura de la bonne bouffe, des lectures, des discussions et des invités de marques, parmi lesquels… Jean Rolin !
C’est à n’y rien comprendre. Je le croyais atteint de troubles fonctionnels, Jean Rolin ? Ah, je vois ! Les écrivains français préfèrent picoler tranquille entre eux plutôt que de ramer devant un public de jeunes filles médusées !
Je plaisante, bien sûr, et ce n’est pas drôle. Jean Rolin ne viendra pas, à notre grand dam, et j’espère qu’il se débarrassera bien vite desdits troubles, afin qu’il reprenne la plume et nous enchante comme il l’a fait cet été avec L’explosion de la durite.