Le savoir nuit-il à la sensibilité ? HLP Lettres Philosophie Bac 2023

Photo de cottonbro studio sur Pexels.com, générée quand j’ai saisi les mots « savoir et sensibilité » dans le moteur de recherche.

Cette question est le libellé du sujet de l’essai philosophique tombé hier lundi 20 mars lors de l’épreuve du baccalauréat dite « Humanités, Littérature & Philosophie » (HLP).

L’un des chapitres de ce cours d’HLP portait justement sur « Les expressions de la sensibilité » et mon copain Ben, professeur de philo plénipotentiaire, avait partagé avec moi des documents pédagogiques qui m’ont permis de faire ce cours alors que je ne savais rien de la nouvelle mouture du bac et de ses inénarrables réformes. Par ailleurs, dans le cours de philosophie en tronc commun, des notions du programme permettaient aussi de traiter un tel sujet : non seulement l’inconscient, l’art, le langage, mais aussi la raison, la vérité, voire la technique. Nos élèves étaient donc armés.

Le savoir nuit-il à la sensibilité ?

On peut déceler un double paradoxe dans la question. D’abord, dans l’histoire de la pensée, c’est plutôt le contraire que l’on avance : la sensibilité nuirait à la recherche de la vérité. Que ce soit Platon qui arrache le philosophe du monde sensible pour accéder au monde intelligible, ou Descartes qui se méfie de ses sens quand il part à l’assaut d’une connaissance indubitable.

Les élèves cultivés auront discerné qu’au XIXe siècle, un tournant opéré d’abord par le romantisme puis par certaines formes de vitalisme, a renversé la perspective et considéré l’intellectuel comme un être faible et plein de ressentiment à l’égard du corps. L’une des illustrations de cette dualité peut être lue au XXe siècle dans le roman de N. Kazantzakis, Alexis Zorba, dont le narrateur est un doctorant qui étudie l’oeuvre poétique de Mallarmé, si je ne m’abuse, et qui se décrit comme exagérément cérébral, tandis que Zorba jouit de la vie d’une manière plus sage, car plus vitale, plus sensible, plus corporelle.

J’avoue que j’ai été sensible moi-même à ce genre de pensée. J’ai longtemps hésité avant de me lancer dans une thèse de doctorat parce que l’acquisition du style d’écriture savante exigé par l’université me faisait peur. Je craignais que devenir savant m’assèche le cerveau et me rende incapable de produire les petits poèmes en prose en quoi consiste l’œuvre du sage précaire.

Le deuxième paradoxe du sujet se trouve dans le texte d’Octave Mirbeau présenté en première partie de l’examen. La narratrice, femme de chambre, fait la lecture à un jeune esthète bourgeois malade de la tuberculose. Grâce à cette relation ancillaire, la femme de chambre découvre la poésie, le monde de l’esthétique, et se découvre elle-même comme sujet d’une sensibilité appréciée. Cela changera sa vie. Le garçon lui explique que la beauté de la poésie est inaccessible aux « savants », du fait qu’ils ont « trop d’orgueil ». D’où la question pour l’essai philosophique : le savoir nuit-il à la sensibilité ?

Le paradoxe concernant ce texte est évident. Loin d’être une nuisance, le savoir est au coeur de la sensibilité des personnages. Le jeune homme apprécie une poésie très intellectuelle pour son temps, Mirbeau cite les noms de Baudelaire et Maeterlinck. Pour un roman de la Belle époque, ce sont des références ultra modernes et raffinées. Il fallait être un savant pour connaître et apprécier les poètes symboliques au tournant du XXe siècle. De plus, la femme de chambre ne savait pas qu’elle possédait une sensibilité. L’état de son savoir ne lui permettait pas de se rendre compte qu’il existât une chose qu’on appelle « beauté », et qu’elle fût elle-même capable de se délecter d’une oeuvre poétique. C’est le jeune homme qui lui enseigne ce qu’est la poésie, et qui lui apprend qu’elle-même dit parfois des choses belles et sensibles.

C’est ce que Bergson explique à la même époque que ce roman de Mirbeau, à propos de l’émotion ressentie devant des oeuvres d’art modernes. Pour apprécier une oeuvre nouvelle, encore faut-il pouvoir y prêter « attention ». Or l’attention est, selon Bergson, « la jonction entre la perception et des états anciens ». S’il y a trop de différence entre ce que j’ai l’habitude d’apprécier et la perception d’une chose nouvelle, la « jonction » ne se fait pas et je manque la rencontre avec l’oeuvre. La sensibilité ne peut donc pas se vivre de manière indépendante du savoir. Pour reprendre les mots de Bergson, la « concentration » est

une coalescence entre le souvenir et la perception. Si la distance est trop grande entre ce qu’on perçoit et ce qu’on connaît déjà, la coalescence ne peut pas se faire et l’attention en réalité ne se fixe pas.

Henri Bergson, Conférence de 1904.

Le savoir défini comme une culture acquise et méditée est donc une condition de possibilité de toute expression, même imparfaite et lacunaire, de la sensibilité. En revanche, on connaît des individus qui utilisent des éléments de connaissance de manière à empêcher et à travestir l’expression et l’épanouissement de la sensibilité. C’est le cas notamment des mauvais poètes et des auteurs industriels qui se servent de clichés pour exprimer des sentiments stéréotypés. Les exemples abondent mais celui que j’aimerais utiliser vient d’un texte qui m’a été envoyé par Ben en novembre dernier. Il s’agit des Salons de Denis Diderot, dans lequel on peut lire une extraordinaire parenthèse qui pourrait constituer un ouvrage autonome autour d’une exposition du peintre Joseph Vernet ; ce texte est connu sous le nom de  » Promenade Vernet » :

deux poëtes ont quelquefois fait deux mêmes vers sur un même sujet

Denis Diderot, Salon de 1767.

Le philosophe ne blâme pas les deux poètes qui pourtant, visiblement, ne sont pas d’une grande originalité. Ce qu’il avance, au contraire, c’est que les sensations sont trop nombreuses et subtiles pour trouver leur juste expression dans un idiome vernaculaire :

C’est qu’il n’y a dans la même pensée rendue par les mêmes expressions, dans les deux vers faits sur un même sujet, qu’une identité de phénomène apparente ; et c’est la pauvreté de la langue qui occasionne cette apparence d’identité. 

Diderot.

Diderot nous invite à une réflexion sur le langage pour expliquer les difficultés que nous rencontrons à exprimer adéquatement notre sensibilité. Or le langage est une partie intégrante de notre « savoir » et de notre culture. La langue serait trop « pauvre » parce qu’elle a été créée pour des motifs sociaux et pratiques. Nous parlons pour communiquer des idées compréhensibles par tous, en vue d’actions collectives. Les langues naturelles ne sont pas apparues pour faire de la poésie, et encore moins pour trouver des expressions précises à toutes les variations de notre âme.

De ce point de vue, on pourrait dire que ce n’est pas le savoir en tant que tel qui limite la sensibilité, mais la structure de la langue elle-même. La question peut donc évoluer en se demandant s’il est possible d’acquérir des modes linguistiques qui permettent de donner à la langue une capacité d’approcher l’idiosyncrasie de notre moi. Cette langue nouvelle, plus proche de la sensibilité, à la fois singulière et communicable, n’est-ce pas ce qu’on appelle la littérature ?

Il y aurait mille choses à dire pour répondre à cette question. Ce qui me plaît dans ce genre de sujet, c’est qu’ils peuvent être abordés à plusieurs niveaux de compréhension, et traités par lancers, comme une fusée à plusieurs étages.

Mes élèves passent les épreuves anticipées du baccalauréat 2023

Ne me demandez pas pour quelles raisons, ni qui a eu cette idée : les bacheliers passent cette semaine les épreuves les plus importantes de leur baccalauréat, avant de retourner en classe fin mars et de préparer pour juin les dernières épreuves du même diplôme.

Les professeurs de philosophie sont vent debout contre cette réforme du lycée car, disent-ils, les élèves n’auront plus aucune motivation en avril, mai et juin. Le sage précaire répond à cela que la motivation n’était pas la caractéristique principale des jeunes Français avant le mois de mars.

Car vous devez savoir que la philosophie se trouve dans une position rare et même unique du point de vue scolaire : les bacheliers ont tous une épreuve obligatoire de philosophie de 4 heures en juin, mais en plus, les élèves qui ont choisi tel ou tel enseignement de spécialité doivent passer une épreuve dite « de spécialité philosophique », en mars.

À titre personnel, je me réjouis de ce calendrier baroque. Mes élèves ont donc deux séances de réflexion philosophique solennelles et officielles. À cela s’ajoutent les deux sessions de « bac blanc » qui préparent les élèves à plancher sur table dans les conditions de l’examen. Il est de très bon aloi que les élèves aient deux rendez-vous importants, un au deuxième tiers, l’autre à la fin de l’année scolaire. Cela ne peut qu’être profitable pour une discipline dans laquelle on ne progresse que lorsqu’on la pratique.

Je suis dans l’obligation d’exprimer mon tendre désaccord avec mes chers collègues professeurs de philosophie. Ces derniers protestent contre cette folie de faire passer le bac en mars, et demandent que les élèves puissent « préparer » tranquillement leur épreuve jusqu’en mai ou juin. Le sage précaire dit la chose suivante : on n’est jamais prêt. La seule manière de se préparer dans la vie est de se jeter à l’eau.

En avril, mes élèves me reviendront et nous pourrons travailler, sans doute dans le chahut, pour faire des ajustements, pour préciser les consignes de méthodes, et rendre ces futurs étudiants encore plus performants en juin.

Les enseignements de spécialités au lycée

Vous ne le savez peut-être pas mais les élèves de terminale vont passer la semaine prochaine les épreuves anticipées du baccalauréat. On appelle cela les épreuves de « spécialité ».

Depuis la réforme du premier mandat du président Macron, les élèves doivent choisir, en plus des disciplines obligatoires comme la philosophie, le sport et l’anglais, deux enseignements spécifiques dans lesquels ils devraient pouvoir s’épanouir. Ce sont les EDS, « Enseignement de Spécialité ». On y trouve des sciences, des lettres et des arts.

Les spécialités les plus prisées sont sans surprise les mathématiques, l’économie, la physique-chimie, la biologie (SVT), et l’histoire-géographie. Celle que j’enseigne au lycée s’appelle « Humanités, Littérature & Philosophie » (HLP). Nous l’enseignons à deux, un enseignant de lettres et un de philosophie, à raison de 6 heures par semaine, auxquelles s’ajoutent les 4 heures de philosophie obligatoires pour toutes les terminales. Naturellement, peu d’élèves choisissent cette spécialité car ils n’ont jamais fait de philosophie auparavant ; de plus, ceux qui aiment le français ne voient pas forcément de débouché professionnel dans une formation qu’ils jugent excessivement littéraire.

À titre personnel, j’aime enseigner cela car je suis passionné de littérature, mais je note deux effets pervers dans ce nouveau système.

  1. La philosophie est en passe de devenir une discipline accessoire dans le parcours des élèves. Beaucoup d’entre eux pensent qu’elle ne sert à rien et cette nouvelle organisation, qui met l’accent sur des spécialités, leur confirme qu’ils n’ont pas d’efforts particuliers à fournir pour réussir leur baccalauréat.
  2. En l’associant avec la littérature, les élites qui nous gouvernent rendent la philosophie inaudible à tous les esprits plutôt tournés vers les mathématiques, les sciences et les sciences sociales.

Le dernier texte que j’ai fait expliquer à une de mes classes était signé Karl Marx ; il traitait de la place que prend la religion dans une organisation sociale et politique. C’est un texte qui aurait pu avoir sa place dans des enseignements d’histoire, de sciences économique et sociale, ou de science politique.

Faire de la philosophie une discipline strictement littéraire est une grave erreur car cela la range dans un ghetto, l’ampute de ses membres scientifiques et logiques. Cela contribue à la marginaliser.

L’intelligence artificielle a écrit ma dissertation de philosophie

La question n’est pas de savoir si les capacités de l’intelligence artificielle sont impressionnantes ou pas, si cette technologie est bonne ou pas. Oui, c’est impressionnant, oui c’est utilisable. Il n’y a pas lieu de rejeter les innovations, puisque de toute manière, nous y viendrons tous. Les gens se sont suffisamment ridiculisés en vaines arguties dédaigneuses sur les téléphones portables, l’internet, les ordinateurs, les blogs, les encyclopédies en ligne et les réseaux sociaux, avant d’y sombrer corps et âme.

Les questions que je me pose sont les suivantes. Dans quelle mesure Chat GPT, le plus récent truc en Intelligence Artificielle, peut écrire une dissertation de philosophie ? Quelles en sont les limites ? Comment un étudiant peut utiliser cette fonctionnalité de manière productive ?

Soit le sujet suivant, que j’ai donné à une classe de terminale : « La technique nous éloigne-t-elle de la nature ? ». Voici ce que propose Chat GPT en introduction : « La question de savoir si la technique nous éloigne de la nature est un sujet de débat depuis des siècles. » Soit, le début n’est pas fou mais on ne va pas râler tout de suite.

La suite pose quelques problèmes :

D’un côté, certains considèrent que la technologie nous permet de mieux comprendre et de mieux apprécier la nature en nous offrant de nouveaux moyens de la découvrir. D’un autre côté, d’autres affirment que la technologie a un impact négatif sur la nature en causant des dommages irréparables à l’environnement.

Chat GPT

En tant que correcteur, je ne suis pas satisfait de lire « certains » et « d’autres ». Dans ce cas, j’écris dans la marge : « Qui ? ». Cette façon d’écrire est paresseuse et surtout ne témoigne pas d’une réflexion originale. La personne qui écrit de cette manière limite son travail à un exposé d’histoire des idées. Ce n’est pas ce qu’on demande en philosophie, et j’avais demandé explicitement à l’intelligence artificielle une dissertation de philosophie.

La suite développe un peu les deux idées proposées en introduction, sans vraiment de réflexion originale. La conclusion se veut équilibrée et synthétique : « Il est donc important de trouver un équilibre entre l’utilisation de la technologie pour protéger la nature et la nécessité de préserver notre lien avec elle. » Cela ne vaudrait pas une bonne appréciation de la part d’un professeur mais cela peut limiter les dégâts pour des élèves qui présentent des difficultés pour s’exprimer à l’écrit.

Quand je demande à Chat GPT de me trouver une référence d’Aristote sur ce sujet, l’intelligence artificielle me sort un premier paragraphe correct puis un paragraphe qui me paraît incorrect :

Aristote encourage une utilisation modérée de la technique, qui respecte les limites naturelles et qui vise à améliorer la qualité de vie de l’homme sans nuire à la nature.

Chat GPT

Ah bon ? Où a-t-il dit cela, le bon Aristote ? Dans la Grèce antique, avait-on conscience que l’homme et la technique polluaient la terre ? Y avait-il seulement cette idée de « nuire à la nature », prise dans ce sens de préoccupation environnementale ?

Le pire vient quand je demande une référence à Descartes : un premier paragraphe correct puis deux paragraphes qui répètent mot pour mot ce qui était généré sur Aristote. Même opération avec Heidegger. Au final, l’application répète la même idée qui se veut équilibrée et suffisante : il convient d’encourager « une utilisation modérée et responsable de la technique, qui respecte les limites naturelles et préserve notre lien avec la nature. »

En conclusion, l’intelligence artificielle est un super jouet, mais est loin de pouvoir travailler à notre place. Son principal problème, à mes yeux, consiste à fondre toutes les pensées dans un ensemble modéré et consensuel. Là où on attend d’un étudiant qu’il comprenne et approfondisse des problématiques, Chat GPT va plutôt le diriger vers une agrégation et une confluence généralisée.

Comment la laïcité est kidnappée par les identitaires

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La laïcité, au XIXe siècle, était une valeur républicaine qui avait pour but de créer un espace public séparé des pouvoirs religieux. Fondée sur la philosophie du XVIIIe siècle, la laïcité devait garantir une vie politique émancipée de l’influence du pape, des évêques et des curés.

Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable.

Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières, 1784.

En France, les religions minoritaires soutenaient à fond la laïcité car cette dernière était exclusivement dirigée contre le contrôle qu’exerçait l’église catholique. Les protestants et les juifs ont toujours été de fervents laïcards.

Depuis les années 2000, le terme de laïcité revient très fort sur la scène intellectuelle alors même que les gens désertent les églises, que le catholicisme français n’est plus que l’ombre de lui-même.

Le petit réseau de privilégiés « Conférence Olivain » a organisé une journée d’étude à Science Po l’année dernière sur le thème « S’emparer de la laïcité ». Guillaume Renée, président de la « Branche Jeune », prit la parole pour ouvrir le colloque. Diplômé de Science-Po, élève de l’ENS, chef de projet au ministère de l’intérieur, M. Renée en connaît un rayon sur la laïcité, sinon il n’aurait pas suivi ce brillant parcours ! Il explique ainsi pourquoi il était urgent de réfléchir sur la laïcité en ces années 2020 :

D’une part, la laïcité est un thème d’une actualité permanente. Une actualité parfois effroyable. L’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, le 16 octobre 2020, nous le rappelle.

Guillaume Renée, « Conférence Olivain »

Voilà ce que nos élites ont fait de notre laïcité.

Avant, le risque dont il fallait se prémunir, c’était une église surpuissante qui pesait sur les consciences. Aujourd’hui on brandit la laïcité pour se protéger de meurtriers isolés.

En 1905, la laïcité servait à nous protéger d’une classe dirigeante, riche, privilégiée, conservatrice et même réactionnaire. Maintenant, l’élite nouvelle la porte en bandoulière pour incriminer des personnes marginalisées, pauvres et précaires.

En 1905, la république devait se défaire de l’influence d’une église organisée et hiérarchisée. Depuis les années 2000, l’élite veut nous faire croire que le danger vient de musulmans incultes qui ne prêchent dans aucune mosquée, qui ne comprennent rien à leur propre religion.

En 1905, le danger qu’il fallait éviter, c’était la scission du peuple français car toutes les personnes concernées, catholiques ou libre-penseurs, étaient français. Cent ans plus tard, les coups de boutoir dans la laïcité viendraient d’étrangers, sans-papiers, clandestins. Les assassins crient « Allah Akbar » avec la même conviction que l’immigré italien cria « Vive l’Anarchie » lors de l’attentat qui coûta la vie au président de la république Sadi Carnot dans les années 1890.

Que l’on compare une seconde les attentats de la troisième république et ceux qui sont commis par les imbéciles depuis 2015 : à l’époque ils ne se bornaient pas à tuer des innocents dans la rue ou des dessinateurs dans un immeuble. Ils lançaient des bombes dans l’assemblée nationale et ils tuaient des chefs d’État. Les institutions de la république pouvaient sentir le danger.

Quand la France connut cette vague d’attentats dits « anarchistes », au XIXe siècle, cela donna lieu aux fameuses « lois scélérates » dénoncées par Jean Jaurès qui n’était pas, lui, ni anarchiste ni terroriste. En revanche, quand le même pays chercha à se protéger contre un vrai système de pensée et de contrôle comme l’église, il a dû inventer plus qu’une loi : la laïcité définissait un nouveau cadre de pensée pour organiser la société indépendamment des décisions de l’église.

La France a connu de nouvelles vagues d’attentats dits « islamistes », un siècle plus tard. Une poignée de Français, quelques Tchétchènes, des illuminés tunisiens, des pauvres abrutis sans âme et sans argent. Nos élites ont peur, ou veulent que nous ayons peur. Alors elles pointent du doigt les vêtements portés par les femmes, rappellent en boucle les attentats et dégainent le terme de laïcité.

Cela ne vous paraît pas évident qu’aujourd’hui le mot de laïcité n’est pas à sa place ? Que nos élites l’ont sciemment perverti ? Qu’il est devenu la façon de pouvoir être raciste sans le dire ouvertement ?

La Pluralité des Mondes. Le livre de ma jeunesse enfin paru

Mon livre de théorie et d’histoire littéraire est enfin paru. Cela fait de nombreuses années que je prépare cet événement. Rappelez-vous, quand vous lisiez mon blog chinois, que j’annonçais vouloir conquérir le monde avec une thèse sur la littérature de voyage. J’en ai bien sûr beaucoup rabattu mais j’ai fini par faire une thèse. Quelques années plus tard, après avoir écrit de nouveaux chapitres, voilà donc l’objet de toutes mes attentions.