Réveil au bord du Rhin

Nuit passée dans la voiture mais sans mon épouse qui dort dans la cellule que son employeur lui offre pour trois nuits. Je me suis borné à la conduire.

Pendant que mon épouse vaque à ses obligations professionnelles, je visite la region de Bonn. J’ai trouvé un emplacement idéal pour camper au calme. Dans un quartier résidentiel, pas à Bonn même mais de l’autre côté du Rhin. Près d’une boulangerie qui ouvre à 6 heures du matin et qui jouit de très bonnes appréciations sur internet.

Réveil à l’aube. Dormi comme un bébé. Marché quelques minutes le long du fleuve mythique. Uriné dans l’eau courante. Un chien promené par une joggeuse m’a vu et n’a pas bronché.

Pris des petits pains dans la très jolie boulangerie qui mérite ses appréciations, un café à emporter. Me suis sustenté dans la voiture. Ai rejoint Bonn à pied. Sanglot en regardant le Rhin.

La police nous espionne

Quand les policiers ont quitté mon logement, j’ai repensé à leur comportement et j’avoue avoir ressenti de la perplexité. Qu’étaient-ils vraiment venus faire chez nous ?

Dans notre voiture à la vitre brisée, un exemplaire du coran est toujours mis à disposition, par habitude, cela fait partie de notre environnement. Or, la veille, j’avais remarqué que quelqu’un avait visité ma voiture, des papiers étaient en désordre et la boîte à gants étaient ouverte. Mais je ne m’inquiétais pas car il n’y a rien à voler dans ce véhicule.

La personne en question a dû courir au poste de police : il y a dans notre bonne commune un groupe d’islamistes étrangers. Leur voiture est française, leur immatriculation est française, leur coran est français et une vitre est brisée. Protégez-nous grands dieux ! Et s’ils cachaient des bombes ?

Pendant que je faisais ma déposition sur la table de ma salle à manger, je trouvais que la policière regardait un peu trop lourdement dans mon appartement. Je pensais : est-ce tant le bazar que ça ? Juge-t-elle mes performances d’homme au foyer ?

En fait elle était en mission. Elle espionnait, elle contrôlait la population. Elle investigait l’intérieur de ces nouveaux venus pour rédiger un rapport sur notre degré de dangerosité.

Après leur départ je me suis mis à leur place pour imaginer ce qu’il avaient pu penser.

On sonne, c’est un barbu quinquagénaire qui nous ouvre, il est peut-être franco-arabe, c’est sans doute un Français d’origine berbère ou d’Asie centrale. Il porte un survêtement mais vu son embonpoint il ne fait pas beaucoup de sport. Trop de couscous et de gazouze. Il ne parle pas allemand mais bon, on ne peut pas lui en vouloir, la plupart de nos immigrés sont infoutus de maîtriser notre doux idiome. Trop complexe pour eux.

Ce monsieur en survète ne montre pas de signe de méfiance, il n’est ni méchant ni menaçant. Nous invite à entrer dans son salon et nous propose un café pour nous amadouer. Il croit peut-être nous charmer en parlant anglais avec un accent ridicule.

Dans son salon, de grands tapis orientaux recouvrent le parquet. Nom de Dieu, des islamistes. On demande une pièce d’identité. Le quinquagénaire s’exécute, il nous donne son passeport. C’est un blanc finalement, né à Lyon, avec des prénoms chrétiens. Un caucasien sans doute converti à l’islam. Attention à la foi des convertis, c’est les pires. N’oublions pas qu’il y a beaucoup de convertis dans les rangs des djihadistes.

Il nous dit que sa femme travaille en lien avec notre armée et que lui ne travaille pas pour accompagner sa femme. Bizarre. À vérifier et à surveiller.

Il nous sourit avec ses dents du bonheur. Il ne porte pas plainte pour la vitre brisée car il croit à un accident. Il prétend ne pas croire à un crime car il a « confiance dans les habitants » de notre commune. C’est l’hôpital qui se fout de la charité. S’il y a un criminel ici, c’est lui, non pas les retraités allemands qui l’environnent.

Des cartons jonchent le sol de l’appartement. Trop petits pour un trafic d’armes ou de drogue, mais suffisants pour confectionner des bombes. D’ailleurs, il y a une couscoussière. À surveiller. Sur le canapé du salon, des livres pour enfants en allemand et un gros dictionnaire bilingue français-allemand.

Nous quittons les lieux après quinze ou vingt minutes. Nous informons le concierge de l’immeuble et lui demandons de garder l’œil ouvert.

Élections législatives en Bavière

Le 8 octobre dernier, les Bavarois étaient appelés aux urnes pour élire leurs représentants au parlement de cet État fédéral.

Résultats : la droite l’emporte haut la main et reste au sommet de la Bavière comme elle l’est depuis 60 ans. Les verts et l’extrême-droite font une percée, et la gauche est inaudible.

Le mode de scrutin est assez difficile à suivre. Les gens votent deux fois, mais les deux fois comptent pour le même député. Il y a une sorte de scrutin uninominal et un scrutin à la proportionnelle, et l’un pondère l’autre. Pour ceux qui ne sont pas convaincus par mes explications, voici les paroles diaphanes d’une encyopédie en ligne :

Dans le cas où un parti obtient plus de mandats au scrutin uninominal que la proportionnelle ne lui en attribue, il conserve ces mandats supplémentaires et la taille du Landtag est augmentée par des mandats complémentaires distribués aux autres partis pour rétablir une composition proportionnelle au total des voix.

Wikipedia, article « Élections régionales de 2023 en Bavière ».

Si vous ne trouvez pas cela assez intelligible, n’accusez pas La Précarité du sage, qui n’y peut mais. N’accusez personne, d’ailleurs, les Bavarois ne sont pas responsables de votre niveau d’intelligence politique.

Le soir et le matin

Le malaise des internationaux en Allemagne

Les journalistes allemands rapportent que de plus en plus d’experts venus d’ailleurs font leurs bagages et retournent d’où ils viennent. Que ce soit des scientifiques allemands voulant renouer avec leurs racines ou des chauffeurs de taxi mexicains, ils se heurtent à des conditions de vie et de travail inacceptables en comparaison de ce qu’ils ont connu ailleurs.

Les journaux s’inquiètent de cet état de fait car l’économie allemande, même en récession, a un besoin vital de main d’oeuvre étrangère, à tous les niveaux de la vie active. Des ingénieurs jusqu’aux aides soignantes, le pays vit sous perfusion de l’immigration.

On pourrait croire que ce serait plus facile pour les Allemands qui, comme le sage précaire, se sont expatriés et voudraient revenir dans la mère-patrie. Hélas, c’est tout aussi dur pour eux et ils préfèrent renoncer. Der Spiegel, le célèbre hebdomadaire d’actualité, rappelle que depuis vingt ans, il y a chaque année plus d’Allemands qui partent que d’Allemands qui reviennent.

Pourtant, autant que je puisse en juger, la qualité de vie en Bavière est excellente. On mange bien, les villes sont riches de biens culturels et artistiques qui remplissent avantageusement les journées, on y circule à vélo, les transports publics sont efficaces…

La Précarité du sage va encore devoir mouiller la chemise pour découvrir le fin mot de l’histoire.

À Munich en juin

À Munich, les gens sont calmes et souriants, ils font des efforts pour se montrer polis et gentils. Ils semblent nous dire : voyez comme nous sommes devenus sympas et décontractés, aimez-nous quoi.

À Munich, les musées sont grandioses mais les oeuvres sont exposées de manière un peu scolaire. Quand les conservateurs veulent faire preuve d’originalité, comme dans la Pinacothèque moderne en ce moment, c’est un peu lourdaud : ils classent des oeuvres non plus selon leur chronologie mais selon un point commun qu’elles partagent. Une salle d’autoportraits, une salle peintures où il y a une forêt, une salle de peintures où l’on voit un zizi, etc.

Alte Pinacothek, Munich

À Munich, les cafés sont cool comme en Amérique. Les restaurants turcs se sont embourgeoisés et l’on y dîne pour pour 66 euros à deux (pourboire compris).

À Munich les hôtels sont si chers qu’on ne peut loger qu’une nuit avec le coût d’une semaine dans une chambre d’hôtel de Montpellier.

Librairie française de Munich, trouvée par hasard au sortir du restaurant turc Ali Bey.