Vendredi noir à Garmisch, où je suis devenu fiévreux

Garmisch, novembre 2025

Quand on vit à Munich, on vit dans une région qui s’appelle la Bavière. Et qui dit Bavière dit Alpes bavaroises. Et qui dit Alpes dit neiges, froid, frimas et glaçons.

Nous sommes allés dans les Alpes bavaroises pour un weekend en amoureux, et devinez ce qu’on y a vu ?

Un chemin qui s’appelle Philosophenweg.

Le chemin des philosophes.

On ne pouvait pas ne pas l’emprunter consciencieusement.

Chacun de nos pas était compté.

Au préalable, nous fîmes quelques emplettes dans une boutique munichoise spécialisée dans des articles de montagne. C’était le « Black Friday », ne me demandez pas ce que c’est, grâce à quoi nos chaussures de marche coûtèrent bien moins cher que ce qu’elles coûtent à tous les blaireaux qui font leurs emplettes en dehors du Black Friday.

Friday signifie vendredi en anglais. Black se traduit par noir. Il s’agissait donc d’un « vendredi noir ». Je suppose que le but de cette opération anglophone était de commémorer un jour sombre de type attentat, crack boursier ou catastrophe naturelle. D’où la réduction des prix pour des articles de montagne de type souliers de randonnée. Nul doute que la Bavière cherchait ainsi à inciter les Munichois à s’équiper plus sérieusement en prévision de leurs week-ends à la montagne : munissez-vous d’un équipement sportif digne de ce nom pour éviter les catastrophes climatiques et les avalanches dont on célèbre la mémoire en ce vendredi noir.

D’ailleurs j’y songe, ce jour où nous fîmes ces emplettes était un vendredi. Pas plus sombre que d’habitude, mais un vendredi. C’est peut-être pour ça que la vendeuse nous parlait de Black Friday ! Les pièces du Puzzle commencent à se mettre en place.

La nuit, dans l’hôtel de Garmisch, nous avons oublié de fermer la porte-fenêtre de notre chambre. Nous avions tiré les rideaux sans y prêter attention.

La nuit noire du Black Friday s’est avérée perfide. Je suis tombé malade d’une fièvre pure qui m’a cloué au lit pendant deux jours.

Vers la source du Rhône

Je ne voulais traîner autour du lac Léman sans aller voir le Rhône, le fleuve qui m’a vu naître, avant qu’il ne se jette dans le lac.

De l’autre côté du lac, il faut rouler en direction des montagnes. La nuit est tombée depuis longtemps, et je roule en écoutant la radio. Je ne vois pas les montagnes autour de moi, et je me dis que je m’arrêterai quand je serai fatigué.

Je m’arrête sur un parking, et quand je sors de la voiture, le froid me saisit : j’ai changé de paysage, mes frissons me le disent. Le froid est plus sec, je suis clairement en montagne, à la différence du froid de Genève, qui reste très métropolitain, au fond.

J’entends un bruit d’eau. Je vais voir, en espérant que c’est le Rhône qui coule comme un torrent. Je ne suis pas déçu mais ce n’est pas le Rhône. C’est une cascade.

 Je me réveille le matin environné des Alpes. C’est un enchantement qui me renvoie à mon adolescence. A cette époque, je tenais les hautes montagnes comme l’idéal de tout paysage. Rien n’était plus désirable que d’aller dans les montagnes. Le Massif central me paraissait trop petit, trop bas, pas assez accidenté. J’ai changé, depuis, je me suis assagi et j’ai appris à apprécier les vieilles montagnes des Cévennes.

Le Rhône a cette belle couleur turquoise des cours d’eau bien froids, qui sortent tout juste de leur glaciers.

Mais le lit du Rhône est un peu décevant pour le touriste. Rectiligne, creusé et maîtrisé comme un canal, il n’offre pas les sensations de sauvagerie qu’on aime percevoir quand on ne fait que passer.

 

Les mots du grand Ramuz me reviennent en mémoire. Les montagnes n’ont rien d’éternel, mais sont des vagues de terres, qui s’élèvent et qui retombent. Elles sont dans leur phase descendante aujourd’hui, et si j’étais un être aussi vieux que Dieu, je les verrais retomber aussi lourdement qu’une série de raz de marée. 

Les Alpes, ce n’est rien d’autre qu’une tempête interminable, au beau milieu de l’Europe.